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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

370 - ZOOM BILLE

Textes



Le monde est plein de signes que nous ne savons plus lire, de messages gravés sur l'écorce des vieux mélèzes ou dessinés par le vol d'un oiseau de proie. Je marche dans la forêt comme on entre dans une église de verdure, avec un respect mêlé de crainte. Chaque ombre peut cacher un dieu ou une bête, chaque source murmure un nom que j'ai oublié mais que mon sang reconnaît. La nature n'est pas silencieuse, elle parle une langue de sève et de résine, une langue que seuls les poètes et les enfants entendent encore dans le secret de leur cœur. Il faut se laisser envahir par cette sauvagerie, accepter que l'herbe pousse à travers nos pensées et que le vent emporte nos soucis comme des feuilles mortes pour retrouver enfin notre propre visage, nu et véritable. https://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-direct-avec/3436034-corinna-bille.html




J'aime les maisons de bois noirci par le soleil, les cuisines qui sentent le café et le pain chaud, les chambres où l'on entend le craquement du parquet comme un soupir de fatigue. La vie domestique possède sa propre poésie, faite de gestes millénaires et de soins attentifs. Éplucher une pomme, dresser une table, bercer un enfant, ce sont des rituels de paix contre le désordre du monde extérieur. Il y a dans l'immobilité des objets familiers une force rassurante, une présence qui nous aide à traverser les jours sombres. Je voudrais que mes récits aient cette densité de la vie quotidienne, cette odeur de linge propre et de bois brûlé qui fait que l'on se sent chez soi, n'importe où sur la terre, pourvu qu'il y ait un feu et un ami. https://www.letemps.ch/culture/corinna-bille-la-magicienne-du-valais




L'enfance est une patrie que l'on ne quitte jamais tout à fait, un réservoir de merveilles et de terreurs où nous puisons nos rêves d'adultes. Je me souviens de l'odeur de la poussière dans le grenier, des cachettes sous les buissons, de la peur délicieuse des orages qui faisaient trembler les vitres. Être enfant, c'est voir le monde pour la première fois, chaque matin, avec un émerveillement qui ignore l'habitude. C'est croire que les animaux nous parlent et que les fées dorment dans la corolle des fleurs. Cette innocence n'est pas une ignorance, c'est une sagesse supérieure qui perçoit l'unité de toutes choses. En écrivant, je cherche à retrouver ce regard premier, à franchir à nouveau le miroir pour rejoindre la petite fille que j'étais et qui continue de courir dans les vergers de ma mémoire. https://www.viceversa-litterature.ch/author/3784




L'écriture est pour moi un acte de magie, une façon de transformer la douleur en beauté et l'absence en présence. Quand je trace des mots sur le papier, je crée un espace où le temps n'a plus prise, où les morts peuvent revenir s'asseoir à notre table et où les amours perdues retrouvent leur éclat de cristal. C'est un travail solitaire et exigeant, une plongée dans les eaux profondes de l'inconscient pour en ramener des perles étranges et des coraux sanglants. Je n'invente rien, je ne fais que traduire ce que les rêves me dictent la nuit, ce que les visages croisés dans la rue me confient sans le savoir. Le livre est un objet sacré, un talisman que l'on offre au lecteur pour l'aider à supporter la brièveté de son existence et la dureté de son destin. https://www.crefeco.org/display.php?fr/Revue28/15.html




La passion est un incendie qui nous dévore et nous illumine tout à la fois. Entre Maurice et moi, il y a eu cette tension constante, ce besoin de fusion et cette nécessité de solitude. Nous étions deux arbres plantés sur la même colline, partageant le même ciel mais gardant chacun nos propres racines. L'amour n'est pas un repos, c'est une aventure périlleuse, un combat de chaque instant pour ne pas se perdre dans l'autre tout en se donnant entièrement. Nos lettres sont les traces de ce dialogue enflammé, les témoins d'une alliance qui dépassait nos propres personnes pour rejoindre le mystère de la création. Aimer, c'est accepter d'être vulnérable, de laisser l'autre entrer dans notre sanctuaire secret et d'y apporter sa propre lumière, même si elle risque de tout brûler. https://www.fondation-bille-chappaz.ch/corinna-bille/



Présentation de l'auteur


Corinna Bille, de son vrai nom Stéphanie Bille, née en 1912 à Lausanne et morte en 1979 à Sierre, est une écrivaine suisse de premier plan, célèbre pour ses nouvelles et ses romans habités par une atmosphère de réalisme magique. Fille du peintre Edmond Bille, elle a passé la majeure partie de sa vie en Valais, dont elle a exploré les paysages et les mythes avec une sensibilité singulière. Son œuvre est marquée par une profonde communion avec la nature, une exploration des passions féminines et une fascination pour l'enfance et le merveilleux. Lauréate du prestigieux Prix Goncourt de la nouvelle en 1975 pour La Demoiselle sauvage, elle a su créer un univers littéraire où la sensualité se mêle au sacré, faisant d'elle l'une des voix les plus originales de la littérature francophone.



Bibliographie


Théoda, Porrentruy, 1944. Le Sabot de Vénus, Rencontre, 1952. La Demoiselle sauvage, Gallimard, 1974. Cent petites histoires cruelles, Gallimard, 1973. Deux passions, Gallimard, 1979. Soleil de nuit, (posthume), 1980.