Le dépôt
178 - ZOOM BILLY COLLINS
Billy Collins, né le 22 mars 1941 à New York, est l’un des poètes américains contemporains les plus lus et les plus appréciés. Il grandit à Queens, écrit son premier poème à 12 ans, puis étudie la littérature et obtient un doctorat en poésie romantique. Professeur d’anglais à Lehman College pendant plus de 40 ans, il devient Poète lauréat des États-Unis (2001–2003) puis Poète lauréat de l’État de New York (2004–2006). Son style, à la fois accessible, drôle et profond, explore le quotidien avec une attention particulière aux détails et aux émotions universelles. Collins est célèbre pour son ton conversational, son humour subtil et sa capacité à transformer des moments banals en réflexions poétiques mémorables. Il a publié de nombreux recueils, dont "Sailing Alone Around the Room", "The Art of Drowning", "Nine Horses", et "Aimless Love". Son projet "Poetry 180" a popularisé la poésie dans les lycées américains. Il est aussi un invité régulier des médias, notamment sur NPR et "A Prairie Home Companion"poetryfoundation..
Forgetfulness (extrait de The Trouble with Poetry, 2005)
Le nom de l’auteur est le premier à s’envoler, puis le titre, puis le poème, puis la ligne que tu voulais tant retenir, puis la première ligne, puis la dernière, puis le poème entier.
Le poème que tu as aimé, le poème que tu as recopié dans ton carnet, le poème que tu as offert à un ami, le poème que tu as appris par cœur, le poème que tu as murmuré à ton oreiller, le poème qui t’a fait pleurer, le poème qui t’a fait rire, le poème qui t’a fait te sentir moins seul, le poème qui t’a fait te sentir vivant, tout cela s’efface.
Mais parfois, sans raison, une ligne te revient, comme un oiseau qui se pose sur ton épaule, et tu te souviens, non pas du poème, mais de toi en train de le lire, jeune, assis à ta table, la lumière du matin sur la page, et le monde entier devant toi.
https://www.poetryfoundation.org/poets/billy-collins
The Lanyard (extrait de Sailing Alone Around the Room, 2001)
L’autre jour, je suis tombé sur une photo de moi à six ans, assis à une table, un crayon à la main, la langue sortie, en train de fabriquer un porte-clés en laine pour ma mère, un cadeau pour la fête des mères.
Je me souviens du kit : un petit morceau de carton, deux brins de laine rouge et blanche, et des instructions incompréhensibles.
Ma mère l’a porté au cou pendant des années, ce porte-clés, jusqu’à ce que les fils s’effilochent, jusqu’à ce que le carton se plie, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un souvenir de mon amour, un symbole de tout ce que je lui devais.
Et maintenant, des décennies plus tard, je me demande si elle savait, en le portant, en l’accrochant à son sac, en le rangeant dans un tiroir, que ce bout de laine rouge et blanche était tout ce que je pouvais lui offrir en échange de sa vie.
https://www.poemhunter.com/billy-collins/poems/
Introduction to Poetry (extrait de The Apple That Astonished Paris, 1988)
Je leur demande de prendre un poème et de le tenir à la lumière comme une diapositive.
Ou de le mettre à leur oreille et d’écouter.
Mais tout ce qu’ils veulent, c’est lui attacher une corde et le torturer jusqu’à ce qu’il avoue.
Ils veulent savoir ce que ça veut dire. Ils veulent le réduire à un seul sens, à une morale, à un message.
Mais je veux leur dire : ne battez pas le poème, ne le forcez pas à parler.
Laissez-le respirer, laissez-le vous surprendre, laissez-le vous emmener là où il veut aller.
https://www.poetryfoundation.org/poets/billy-collins
The Names (poème écrit pour le 11 septembre 2002)
Aujourd’hui, nous disons ces noms, ces noms qui sont tout ce qui reste de ceux qui sont partis.
Nous les disons pour nous souvenir, pour honorer, pour pleurer, pour dire que leur vie comptait.
Nous les disons parce que le silence serait une seconde mort, parce que l’oubli serait une trahison.
Nous les disons pour que le monde sache que nous n’avons pas oublié, que nous ne oublierons jamais.
Nous les disons pour que leurs enfants, leurs parents, leurs amis, sachent qu’ils ne sont pas seuls.
Nous les disons pour que l’Amérique se souvienne de ce jour, de cette perte, de cette douleur.
Nous les disons pour que le futur sache ce qui s’est passé ici, pour que l’histoire ne se répète pas.
https://en.wikipedia.org/wiki/Billy_Collins
Nightclub (extrait de Picnic, Lightning, 1998)
Nous sommes tous si fous, nous dansons, nous rions, nous buvons, nous parlons trop fort.
Nous croyons que la nuit ne finira jamais, que la musique ne s’arrêtera jamais, que nous sommes jeunes pour toujours.
Mais la nuit finit, la musique s’arrête, et nous rentrons chez nous, seuls ou à deux, avec le goût du vin et des cigarettes, avec le souvenir d’un slow, d’un regard, d’un sourire.
Et dans le taxi, dans le métro, en marchant sous les réverbères, nous nous demandons si nous avons été beaux, si nous avons été heureux, si nous avons été aimés.
https://poetryarchive.org/poet/billy-collins/
Billy Collins a publié plus d’une douzaine de recueils, souvent best-sellers, et a reçu de nombreux prix, dont le Mark Twain Award pour la poésie humoristique. Son œuvre, traduite dans le monde entier, est célébrée pour sa clarté, son humanité et sa capacité à toucher un large public. Il continue d’enseigner, de donner des lectures et de participer à des projets pour démocratiser la poésie.
Bibliographie sélective : Poésie : Pokerface (1977), The Art of Drowning (1995), Picnic, Lightning (1998), Sailing Alone Around the Room (2001), Nine Horses (2002), The Trouble with Poetry (2005), Ballistics (2008), Aimless Love (2013), The Rain in Portugal (2016), Whale Day (2020), Dog Show (2025). Anthologies : Poetry 180 (2003), 180 More (2005), Bright Wings (2010).
https://www.poetryfoundation.org/poets/billy-collins https://en.wikipedia.org/wiki/Billy_Collins https://poets.org/poet/billy-collins