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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

343 - ZOOM ARIOSTE

L'Arioste (Ludovico Ariosto, 1474-1533), le poète de la Renaissance italienne qui a porté le genre chevaleresque à son apogée avec une ironie et une liberté créatrice inégalées.


Textes



Roland furieux (Chant I, vers 1-4) : L'ouverture « Les dames, les chevaliers, les armes, les amours, les courtoisies, les audacieuses entreprises, je les chante, du temps où les Maures traversèrent la mer d'Afrique, et firent tant de mal en France, en suivant les colères et les fureurs juvéniles d'Agramant leur roi, qui se vantait de venger la mort de Trojan sur le roi Charles, l'empereur romain. Je dirai de Roland, en même temps, une chose qui n'a jamais été dite en prose ni en rime : que par amour il devint furieux et mat, lui qui auparavant était tenu pour un homme si sage. » https://fr.wikisource.org/wiki/Roland_furieux/Chant_I



Roland furieux (Chant XXIII, vers 129-133) : La découverte de la trahison « Roland tourne les yeux partout, et voit gravés sur tous les arbres les noms d'Angélique et de Médor. [...] Ce sont autant de pointes, ce sont autant de rasoirs avec lesquels l'Amour lui coupe et lui déchire le cœur. Il cherche par cent moyens de ne pas croire à ce qu'il voit ; il essaie de se persuader que c'est une autre Angélique qui a écrit ces noms. Mais plus il cherche à s'abuser, plus la vérité l'oppresse. Enfin, la douleur est si forte qu'il n'a plus de voix pour crier, ni de larmes pour pleurer. » https://fr.wikisource.org/wiki/Roland_furieux/Chant_XXIII



Roland furieux (Chant XXXIV, vers 73-75) : Astolphe sur la Lune « Toute chose que l'on perd sur terre, ou par notre faute, ou par le temps, ou par le sort, se retrouve là-bas, sur la Lune. Ce ne sont pas des royaumes ou des richesses, sur lesquels la roue de Fortune n'a point de pouvoir, mais des choses que l'homme ne peut retenir : les vœux non tenus, les prières vaines, les larmes des amants, le temps perdu au jeu, et les projets inutiles que l'on n'achève jamais. Là, Astolphe vit un immense tas de ce que personne ne croit avoir en trop, et que plusieurs demandent à Dieu : je veux dire le bon sens. » https://fr.wikisource.org/wiki/Roland_furieux/Chant_XXXIV



Satire I (À son frère Galasso) « Tu veux savoir, Galasso, comment je vis ici à la cour ? Si je suis content de mon sort ou si je regrette ma liberté ? Apprends que le service des grands est une cage dorée. On y mange dans l'argent, mais on y perd son âme. Je préfère ma petite maison de Ferrare, mes quelques livres et mon jardin, à toutes les pompes de Rome ou de Florence. Le poète est comme l'oiseau : il chante mal s'il n'est pas libre de voler où bon lui semble, loin des révérences et des mensonges des courtisans. » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62125178 (Traduction historique des Satires)



Roland furieux (Chant XLVI, vers 1-2) : La fin du voyage « Si mes calculs ne me trompent pas, je vois déjà la côte, et je suis près du port. J'entends le bruit des applaudissements et les cris de joie qui montent du rivage. Je vois les dames et les nobles cavaliers qui m'attendent pour me féliciter d'avoir achevé ce long voyage sur la mer de ma poésie. Mon livre touche à sa fin, et ma barque fatiguée va enfin trouver le repos après tant de tempêtes et de détours à travers le monde de l'imaginaire. » https://fr.wikisource.org/wiki/Roland_furieux/Chant_XLVI



Présentation


L'Arioste est le maître de l'entrelacement (entrelacement), une technique narrative qui consiste à mener de front des dizaines d'intrigues différentes, les interrompant au moment le plus haletant pour passer à une autre. Son œuvre phare, le Roland furieux (Orlando furioso), est la suite du Roland amoureux de Boiardo, mais il y insuffle une dimension nouvelle : l'ironie humaniste.

Contrairement aux poètes médiévaux, l'Arioste ne croit plus aux vertus absolues de la chevalerie. Il regarde ses héros avec une distance amusée, soulignant la fragilité de la raison humaine (incarnée par la folie de Roland ou le voyage d'Astolphe sur la lune pour récupérer le bon sens perdu). Son style est d'une fluidité parfaite, utilisant l'ottava rima (huitain de vers endécasyllabes) pour créer un rythme à la fois élégant et dynamique. Il a transformé l'épopée en un labyrinthe enchanté où le désir et l'illusion sont les véritables moteurs de l'action.


Bibliographie