Le dépôt
142 - ZOOM DALLAS
I. Alphabet de feu (Alphabet de feu)
Le monde est un livre de soufre
Où chaque mot est une plaie
J'écris avec le sang de l'ombre
Sur les murs de ma propre prison.
A est l'aveugle qui regarde le soleil
B est le bruit du cœur qui se brise
C est le cri de l'ange foudroyé.
Mon alphabet n'a pas de paix
Il n'a que des griffes et des étoiles.
II. L'Absent
Tu n'es plus là et pourtant la chambre est pleine
De ton silence qui pèse comme une pierre.
Je marche dans tes pas qui ne sont plus
Je respire l'air que tu as rejeté.
L'absence est un vêtement trop lourd
Une peau de plomb que je ne peux ôter.
Le miroir me rend un visage qui t'attend
Mais la porte est scellée par le sel de la nuit.
III. Éclats de nuit
Le temps est un diamant qui griffe ma joue
La nuit est un cristal où se fige mon sang.
J'ai perdu les clés de la demeure humaine
Je n'habite plus que le vent et la poussière.
Mes mains sont devenues des racines de fer
Mes yeux des fenêtres ouvertes sur l'abîme.
Tout ce que j'aime se transforme en pierre
Sous le regard glacé de l'éternité.
IV. La Traversée
Il faut traverser le fleuve de cendre
Sans regarder derrière soi les jardins en flammes.
Il faut marcher sur le fil de la douleur
Jusqu'au point où le cri devient musique.
Je sens la terre se dérober sous mes pieds
Je sens le ciel descendre comme un linceul.
La lumière n'est plus une promesse
C'est un incendie qui nous dévore avant de nous libérer.
V. Testament de lumière
Ne pleurez pas sur la cendre froide
Le feu a enfin trouvé son repos.
Je me fonds dans le blanc de la page
Je disparais dans l'éclat du silence.
Il n'y a plus de douleur, plus de peur
Il n'y a que le grand voyage vers l'oubli.
Je laisse au monde mes mots de verre
Pour que le vent les emporte vers le matin.
Présentation
Gilberte Dallas n'écrit pas pour plaire, mais pour survivre à l'insoutenable.
- Le Surréalisme Tragique : Contrairement au surréalisme ludique, sa poésie est une quête alchimique où le langage doit transformer la souffrance en éclat.
- Le Miroir de Duprey : Son œuvre est indissociable de celle de son mari. Ils formaient un couple d'« élus du noir », cherchant tous deux la vérité dans la négation du monde social.
- La Voix de l'Urgence : Ses vers sont courts, hachés, comme une respiration qui manque. Elle est la poétesse de l'instant ultime.
Liens Sources et Bibliographie
L'œuvre de Gilberte Dallas est extrêmement rare. Ses textes ont été majoritairement sauvés par les amis du couple et publiés de façon posthume.
1. Édition de référence :
- Gilberte Dallas, Alphabet de feu, Éditions du Soleil Noir, 1961. C'est le recueil posthume fondamental.
- Lien source (Notice BNF) : Gilberte Dallas - Alphabet de feu (Soleil Noir)
2. Anthologies et Ressources Numériques :
- Le Printemps des Poètes : Quelques extraits et une biographie précise.
- Lien vers la fiche Gilberte Dallas
- La Revue des Ressources : Propose des articles croisés sur le couple Duprey-Dallas.
- Lien vers la Revue des Ressources
- Éditions de la Différence / Gallimard : Ses textes sont parfois cités dans les annexes des Œuvres complètes de Jean-Pierre Duprey.
- Lien source Gallimard (Duprey/Dallas)