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353 - ZOOM POUCHKINE
Alexandre Pouchkine (1799-1837)
le « Soleil de la poésie russe », celui qui a créé la langue littéraire moderne et incarné l'âme de son peuple.
Textes
Eugène Onéguine (Chapitre I, Strophe 1) : L'ouverture « "Mon oncle, homme aux principes fermes, / Quand il se vit vraiment malade, / Força pour lui tous les égards, / Et ne put rien trouver de mieux. / Son exemple est pour d'autres une leçon ; / Mais, mon Dieu, quel ennui mortel / Que d'être auprès d'un moribond, / Sans s'en aller d'un seul pas ! / Quelle perfidie d'amuser / Un homme à demi-mort, / De lui arranger ses oreillers, / De lui porter tristement ses remèdes, / En soupirant et en pensant : / Quand donc le diable t'emportera-t-il !" » https://fr.wikisource.org/wiki/Eugène_Onéguine/Chapitre_I
Le Cavalier de Bronze (Prologue - Ode à Saint-Pétersbourg) « Je t'aime, œuvre de Pierre, je t'aime, / Ton aspect sévère et gracieux, / Le cours majestueux de la Néva, / Le granit qui borde ses rives, / Le dessin de tes grilles de fer, / Tes nuits transparentes, tes ombres / Sans éclat, quand, dans ma chambre, / J'écris, je lis sans lampe, / Et que dorment les masses désertes / Des rues claires, et que l'aiguille / De l'Amirauté luit d'un éclat si pur. » https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Cavalier_de_bronze
Je vous ai aimée (Ya vas lyubil) « Je vous ai aimée ; cet amour, peut-être, / Dans mon âme n'est pas tout à fait éteint ; / Mais qu'il ne vous trouble plus désormais ; / Je ne veux vous attrister par rien. / Je vous ai aimée en silence, sans espoir, / Tantôt par la timidité, tantôt par la jalousie tourmenté ; / Je vous ai aimée si sincèrement, si tendrement, / Que Dieu veuille qu'un autre vous aime ainsi. » https://www.poeticous.com/pushkin/i-loved-you?locale=fr
Exegi Monumentum (Je me suis élevé un monument) « Je me suis élevé un monument que n’a pas fait la main de l’homme ; / Le peuple n’y perdra point le chemin de l’herbe ; / Il a dressé sa tête insoumise plus haut / Que la colonne d’Alexandre. / Non, je ne mourrai pas tout entier : mon âme en ma lyre sacrée / Survivra à ma cendre et fuira la décomposition ; / Et je serai glorieux tant que dans le monde subalterne / Vivra un seul poète. » https://fr.wikisource.org/wiki/Je_me_suis_élevé_un_monument
Le Prophète « Tourmenté par une soif spirituelle, / Dans un désert sombre je me traînais, / Et un séraphin à six ailes / À la croisée des chemins m'apparut. / [...] Il fendit ma poitrine avec un glaive, / Et mon cœur palpitant il en arracha, / Et un charbon ardent de flamme / Dans ma poitrine béante il enfonça. / [...] "Lève-toi, prophète, et vois, et entends, / Emplis-toi de ma volonté, / Et, parcourant les mers et les terres, / Par le Verbe brûle le cœur des hommes." » https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Prophète_(Pouchkine
Présentation
Alexandre Pouchkine est pour la Russie ce que Dante est pour l'Italie ou Shakespeare pour l'Angleterre. Issu d'une vieille noblesse mais aussi fier de ses origines africaines (par son arrière-grand-père Abraham Hanibal), il a libéré la poésie russe des lourdeurs du slavon d'église pour lui donner la fluidité et le naturel du langage parlé.
Son œuvre est une synthèse parfaite :
- Le Romantisme et le Réalisme : S'il commence par des poèmes byroniens, il invente avec Eugène Onéguine le "roman en vers", une forme inédite mêlant ironie, satire sociale et profondeur lyrique.
- La "Strophe pouchkinienne" : Il a créé pour Onéguine une structure fixe de 14 vers (proche du sonnet mais avec un schéma de rimes unique) qui permet une souplesse narrative extraordinaire.
- L'Identité Nationale : À travers ses contes en vers et ses tragédies (Boris Godounov), il a puisé dans le folklore et l'histoire pour forger le mythe russe.
Sa mort en duel, pour l'honneur de sa femme, a figé son image de héros romantique et de martyr de la liberté face à l'autocratie du tsar Nicolas Ier.
Bibliographie
- Pouchkine, Alexandre. Eugène Onéguine. Traduction d'André Markowicz, Éditions Actes Sud, 2005 (Une traduction qui respecte la strophe originale). https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/eugene-oneguine
- Pouchkine, Alexandre. Œuvres complètes. Éditions Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1973. https://www.la-pleiade.fr/Le-Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/Oeuvres-completes65
- Troyat, Henri. Pouchkine. Éditions Fayard, 1946 (Une biographie romancée mais très documentée). https://www.fayard.fr/
- Nabokov, Vladimir. Commentaires sur Eugène Onéguine. (Étude monumentale sur la technique poétique de Pouchkine). https://www.gallimard.fr/