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294 - ZOOM PÉTRONE
Zoom sur Pétrone (Rome Antique)
textes
Le festin de Trimalcion (Extrait du Satyricon)
« Hélas ! que nous sommes peu de chose, nous autres pauvres humains ! Nous ne sommes tous que de la poussière. C’est ainsi que nous serons quand l’Orcus nous aura ravis. Vivons donc, tant qu'il nous est permis d'être bien. » Pendant qu’il parlait ainsi, un esclave apporta un squelette d’argent, si bien articulé que ses jointures et ses vertèbres mobiles se prêtaient à tous les mouvements. On le jeta plusieurs fois sur la table, et comme les ressorts lui faisaient prendre diverses attitudes, Trimalcion s’écria : « Voilà ce que nous serons tous. Profitons du jour ! »
https://fr.wikisource.org/wiki/Satyricon/Traduction_Levaillant/Chapitre_34
L'amour éphémère (Fragments poétiques)
« La passion nous brûle, et puis elle s'éteint. Ce que nous avons aimé hier, aujourd'hui nous fatigue. Nos cœurs sont des navires sans ancres sur une mer de désirs. On croit tenir le bonheur, on ne tient qu'un peu d'écume. Ô nuit, toi qui as vu nos baisers, garde-en le secret, car demain, nous serons déjà des étrangers l'un pour l'autre. »
https://www.poetes.com/petrone/index.php
Sur la fragilité des choses (Extrait du Satyricon)
« Tout ce que nous possédons est précaire. Le sort se joue de nos projets les plus graves. Regardez ces navires chargés d'or : une vague suffit à les engloutir. Regardez ces palais de marbre : la flamme ou le temps les ronge. Rien ne nous appartient vraiment, sinon l'instant où nous respirons, et encore, cet instant nous est volé par le suivant. »
https://remacle.org/bloodwolf/erotiques/petrone/satyre.htm
Poème sur le sommeil
« Sommeil, frère de la Mort, qui apaises les soucis, toi qui viens sur des ailes légères visiter le pauvre comme le roi, fais que je m'oublie un instant dans tes bras d'ombre. Que les images du rêve remplacent la dureté du jour, et que mon âme, libre de sa prison de chair, aille errer là où le temps n'a plus de prise. »
https://www.leshommessansepaules.com/auteur-P_TRONE-533-1-1-0-1.html
La chute de Troie (Poème inséré dans le récit)
« Déjà les flammes léchaient les tours superbes d'Ilion. Le cri des vaincus montait vers un ciel sourd. L'orgueil des rois n'était plus qu'une poignée de cendres. C'est ainsi que finissent les mondes : dans le bruit et la fureur, avant que le silence ne reprenne ses droits sur la terre muette. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Satyricon/Traduction_Levaillant/Chapitre_89
présentation
Pétrone (v. 27 - 66 apr. J.-C.) est un auteur romain dont l'identité est souvent associée à Titus Petronius Niger, courtisan de Néron. Il est l'auteur du Satyricon, œuvre inclassable qui est l'un des premiers "romans" de l'histoire. Ce texte, dont il ne nous reste que des fragments, est un mélange de prose satirique et de pièces de vers.
Pétrone peint avec une ironie mordante la société romaine de son temps, ses excès, sa vulgarité (incarnée par le riche affranchi Trimalcion) et sa décadence. Mais derrière le rire et la provocation, perce une mélancolie profonde sur la vanité de l'existence et l'omniprésence de la mort. Son style est d'une souplesse incroyable, passant de la langue populaire des rues de Rome à une poésie lyrique d'une grande noblesse.
bibliographie
- Pétrone, Le Satyricon, traduction d'Alfred Ernout, Les Belles Lettres, collection Budé, 1922.
- Pétrone, Satyricon, traduction de Louis de Langle, Garnier, 1923.
- Veyne, Paul, La société romaine, Seuil, 1991 (pour le contexte historique du Satyricon).
- Grimal, Pierre, L'Amour à Rome, Hachette, 1963.
- Sullivan, J.P., The Satyricon of Petronius: A Literary Study, Indiana University Press, 1968.