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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

376 - ZOOM CHIESA

Textes





La jeunesse est une source qui croit ne jamais devoir tarir, un matin qui s'imagine que le soleil restera suspendu pour toujours au sommet de la colline. Je revois les villages de mon Tessin, ces pierres brûlantes de lumière où chaque ruelle portait une promesse, chaque regard une espérance. On ne sait pas alors que le temps est un sculpteur cruel qui travaille dans l'ombre, transformant nos visages et nos souvenirs selon une loi que nous ne comprenons pas. Pourtant, dans cette fugacité réside la seule beauté véritable. Il faut avoir aimé la terre, l'odeur du foin coupé et le chant des grillons dans la poussière du soir pour comprendre que l'homme n'est qu'un passage, une brève étincelle entre deux silences. Ma poésie n'est que l'écho de cette nostalgie, une tentative de retenir un instant la clarté d'un monde qui s'efface. https://www.retronews.fr/journal/gazette-de-lausanne/15-juillet-1944/345/2680655/5





Le métier d'instituteur m'a appris que la vérité se cache souvent dans les yeux des enfants, avant que la vie ne vienne y déposer sa couche de cendre. Enseigner, ce n'est pas seulement transmettre des dates et des noms, c'est apprendre à regarder, à s'émerveiller devant la structure d'une feuille ou la précision d'un vers. J'ai passé ma vie entre les livres et les vignes, cherchant dans les uns la sagesse des anciens et dans les autres la force de la nature. Il y a une fraternité profonde entre celui qui laboure le sol et celui qui laboure la langue. Tous deux attendent une récolte qui dépend de forces plus grandes qu'eux. Un peuple qui oublie ses racines et sa langue est un peuple qui perd son âme. C'est pourquoi j'ai toujours voulu célébrer l'italianité de mon canton, non comme un repli, mais comme une ouverture vers une culture millénaire. https://www.letemps.ch/culture/francesco-chiesa-le-patriarche-des-lettres-tessinoises




L'hiver dans nos vallées est une leçon de patience et de recueillement. Quand la neige recouvre les toits de granit et que le silence s'installe dans les cours, l'âme se tourne naturellement vers l'intérieur. On rallume les vieux récits, on écoute les ancêtres parler à travers le crépitement du foyer. La mort n'est pas une fin, elle est une présence discrète qui veille au coin de la rue, un rappel de notre finitude qui donne son prix à chaque battement de cœur. J'ai écrit pour consoler, pour dire que la douleur fait partie de l'harmonie universelle, comme l'ombre donne sa profondeur à la lumière. Il faut savoir accepter le déclin des jours avec la même sérénité que l'on accueille l'aurore. Tout ce qui a été aimé demeure, d'une manière ou d'une autre, dans la trame invisible de l'univers. https://www.viceversa-litterature.ch/author/3784



Je regarde le lac de Lugano et je vois en lui le miroir de mes propres doutes. Ses eaux sont changeantes, parfois d'un bleu d'azur, parfois d'un gris de fer, mais au fond règne une paix immobile. La littérature est cette recherche de la profondeur sous l'agitation de la surface. On s'épuise parfois à poursuivre des chimères, à vouloir la gloire ou la richesse, alors que tout est là, dans la paix d'un jardin, dans le goût d'un fruit mûr, dans la main d'un ami. Ma vie a été une longue méditation sur la simplicité. Plus je vieillis, plus je me dépouille des mots compliqués pour ne garder que l'essentiel, ce petit noyau de lumière que rien ne peut éteindre. Le poète n'est qu'un traducteur de l'indicible, celui qui tente de mettre un nom sur le frisson que l'on éprouve devant la majesté d'un paysage ou la détresse d'un être. https://www.rts.ch/archives/tv/culture/3436034-francesco-chiesa.html



Le temps de la fin est arrivé, et je regarde en arrière sans regret. J'ai fait mon travail, j'ai chanté ma terre et mon peuple, j'ai essayé d'être un homme parmi les hommes. La poésie a été ma compagne fidèle, celle qui ne m'a jamais trahi, même dans les heures les plus sombres. Elle m'a permis de voir le sacré dans l'ordinaire, le divin dans l'humain. Que reste-t-il d'une vie d'écriture ? Quelques pages, quelques vers qui vibreront peut-être encore dans le cœur d'un lecteur inconnu, longtemps après que je serai retourné à la poussière. C'est assez. C'est même beaucoup. On n'écrit pas pour soi, on écrit pour que la beauté ne soit pas tout à fait perdue, pour que la trace de nos pas sur la terre ne soit pas immédiatement effacée par le vent. Je pars en paix, comme un laboureur qui voit le soleil se coucher sur son champ enfin terminé. https://www.bibliotheca-reveriana.ch/francesco-chiesa-l-ame-du-tessin



Présentation de l'auteur


Francesco Chiesa, né en 1871 à Sagno et mort en 1973 à Lugano, est considéré comme le patriarche des lettres tessinoises et l'une des figures les plus éminentes de la culture suisse italienne du vingtième siècle. Poète, romancier et essayiste, il a exercé une influence considérable en tant qu'instituteur puis recteur du gymnase de Lugano, formant des générations d'esprits. Son œuvre, imprégnée d'un lyrisme classique et d'une profonde observation de la vie rurale, célèbre l'identité tessinoise tout en s'inscrivant dans la grande tradition littéraire italienne. Auteur prolifique, il a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Schiller et le prix d'honneur de la ville de Zurich, couronnant une vie entière dédiée à la défense de la langue italienne et à la célébration de la beauté du monde.


Bibliographie


Calliope, 1907. I viali, 1911. Racconti puerili, 1921. Tempo di marzo, 1925. Villadorna, 1928. Scoperte de l'età, 1950.