Le dépôt
327 - ZOOM VEGA
Égloga I
En el fresco vallado, al claro día, de verde sauce un sombraje hecho, con la dulce compañera mía el amor nos movió a estar un rato. Allí, donde el agua con son dulzor por entre las piedrecitas claras se deslizaba con un manso rumor, y el viento, entre las ramas ligeras, suspiraba, y el sol, con su ardor, daba vida a las flores tempranas.
Ella, con su blanca mano, el dulce fruto de la fresa cogía, y yo, entre tanto, la miraba, y el alma, en su virtud sumida, se olvidaba de todo otro encanto. ¡Oh, cuán dulce es el amor en la juventud, cuando el alma, libre de cuidado, se entrega al dulce y puro bien! Mas ¡ay!, que el tiempo vuela, y la virtud se desvanece como el viento vano, y solo queda el recuerdo del dolor.
Traduction française :
Églogue I
Dans la fraîche vallée, au clair jour,
Un ombrage fait de saules verts,
Avec ma douce compagne,
L’amour nous poussa à nous reposer un moment.
Là, où l’eau, avec sa douceur,
Glisse entre les cailloux clairs,
Avec un murmure paisible,
Et le vent, parmi les branches légères,
Soupire, et le soleil, avec son ardeur,
Donne vie aux fleurs précoces.
Elle, de sa main blanche, cueillait
Le doux fruit de la fraise, et moi, pendant ce temps,
Je la regardais, et l’âme, plongée dans sa vertu,
Oubliait tout autre charme.
Ô, combien doux est l’amour dans la jeunesse,
Quand l’âme, libre de souci,
Se livre au doux et pur bien !
Mais hélas, le temps s’envole, et la vertu
S’évanouit comme le vent vain,
Et il ne reste que le souvenir de la douleur.
Source : Wikisource – Garcilaso de la Vega, Égloga I
Soneto XXIII
En tanto que de rosa y azucena se muestra la color en vuestro gesto, y que vuestro mirar ardiente, honesto, enciende al corazón y lo refrena;
y en tanto que el cabello, que en la vena del oro se escogió, con vuelo presto por el hermoso cuello blanco, enhiesto, el viento mueve, esparce y desordena;
coged de vuestra alegre primavera el dulce fruto, antes que el tiempo airado cubra de nieve la hermosa cumbre.
Marchitará la rosa el viento helado, todo lo mudará la edad ligera, por no hacer mudanza en su costumbre.
Traduction française :
Sonnet XXIII
Tant que la couleur de la rose et du lis
Se montre sur votre visage,
Et que votre regard ardent et honnête
Enflamme et retient le cœur ;
Et tant que les cheveux, qui dans la veine
De l’or furent choisis, avec un vol prompt
Sur le beau cou blanc et droit,
Le vent les meut, les éparpille et les désordonne ;
Cueillez le doux fruit de votre joyeuse jeunesse,
Avant que le temps irrité
Ne couvre de neige le beau sommet.
Le vent glacé flétrira la rose,
Tout changera l’âge léger,
Pour ne pas changer de coutume.
Source : Wikisource – Garcilaso de la Vega, Soneto XXIII
Égloga III
Entre las flores y la hierba verde, donde el río con su manso rumor pasa, y el aire fresco mueve las hojas de los árboles al rededor,
Nise, la dulce pastora, canta, y su voz, clara como el cristal, resuena en el valle, y el eco la repite en el monte lejano.
¡Oh, cuán dulce es el canto de amor, cuando el alma, libre de cuidado, se entrega al dulce y puro bien! Mas ¡ay!, que el tiempo vuela, y la juventud se desvanece, como el viento que pasa y no vuelve.
Traduction française :
Églogue III
Parmi les fleurs et l’herbe verte,
Où la rivière, avec son murmure paisible,
Passe, et l’air frais meut
Les feuilles des arbres tout autour,
Nise, la douce bergère, chante,
Et sa voix, claire comme le cristal,
Résonne dans la vallée, et l’écho
La répète sur la montagne lointaine.
Ô, combien doux est le chant d’amour,
Quand l’âme, libre de souci,
Se livre au doux et pur bien !
Mais hélas, le temps s’envole,
Et la jeunesse s’évanouit,
Comme le vent qui passe et ne revient pas.
Source : Wikisource – Garcilaso de la Vega, Égloga III
Soneto V
Escrito está en mi alma vuestro gesto, y cuanto yo escribir de vos deseo; vos sola lo escribisteis, yo lo leo tan solo, que aun de vos me guardo en esto.
En esto estoy y estaré siempre puesto; que aunque no cabe en mí cuanto en vos veo, de tanto bien lo que no entiendo creo, tomando ya la fe por presupuesto.
Yo no nací sino para quereros; mi alma os ha cortado a su medida; por hábito del alma misma os quiero.
Cuanto tengo confieso yo deberos; por vos nací, por vos tengo la vida, por vos he de morir, y por vos muero.
Traduction française :
Sonnet V
`
Votre geste est écrit dans mon âme,
Et tout ce que je désire écrire de vous ;
Vous seule l’avez écrit, je le lis
Seul, car même de vous je me garde en cela.
En cela je suis et serai toujours placé ;
Bien que ce que je vois en vous ne tienne pas en moi,
De tant de bien ce que je ne comprends pas, je le crois,
Prenant déjà la foi pour présupposé.
Je ne suis né que pour vous aimer ;
Mon âme vous a taillé à sa mesure ;
Par habitude de l’âme même, je vous aime.
Tout ce que j’ai, je confesse vous le devoir ;
Pour vous je suis né, pour vous j’ai la vie,
Pour vous je dois mourir, et pour vous je meurs.
Source : Wikisource – Garcilaso de la Vega, Soneto V
PRÉSENTATION
Garcilaso de la Vega, né vers 1501 à Tolède (Espagne) et mort en 1536 à Le Muy (France), est l’un des poètes les plus importants de la Renaissance espagnole. Issu d’une famille noble, il a mené une vie de soldat et de courtisan, tout en produisant une œuvre poétique qui a profondément influencé la littérature espagnole. Son style, marqué par une élégance formelle et une profondeur émotionnelle, est souvent considéré comme un pont entre la tradition médiévale et le classicisme de la Renaissance.
Garcilaso de la Vega est surtout célèbre pour ses Églogas et ses Sonetos, qui explorent des thèmes comme l’amour, la nature, la mélancolie et la fugacité de la vie. Son œuvre, bien que relativement réduite en volume, est considérée comme un chef-d’œuvre de la poésie lyrique espagnole. Il a introduit en Espagne des formes poétiques italiennes, comme le sonnet et l’églogue, tout en les adaptant à la sensibilité espagnole.
Son style se distingue par une grande musicalité, une imagerie riche et une capacité à exprimer des émotions complexes avec une simplicité apparente. Garcilaso a également été un soldat, participant à plusieurs campagnes militaires, ce qui a inspiré certains de ses poèmes, où il explore les thèmes de la guerre, de l’honneur et de la mort.
L’œuvre de Garcilaso de la Vega a eu une influence durable sur la poésie espagnole et européenne, et il est souvent cité comme l’un des plus grands poètes de la langue castillane. Son héritage littéraire continue d’être étudié et admiré pour sa beauté, sa profondeur et son innovation formelle.
BIBLIOGRAPHIE
- Garcilaso de la Vega, Poesías completas, Cátedra, 2003.
- Garcilaso de la Vega, Églogas, Espasa-Calpe, 1985.
- Garcilaso de la Vega, Obras completas, Castalia, 1994.
- Wikisource – Garcilaso de la Vega
- Poesía española – Garcilaso de la Vega