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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

100 - ZOOM HUGO

Victor Hugo, l’océan de la littérature française, dont l’œuvre démesurée embrasse tous les siècles, toutes les souffrances et toutes les espérances humaines.


Demain dès l’aube


Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne

Je partirai vois-tu je sais que tu m’attends

J’irai par la forêt j’irai par la montagne

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées

Sans rien voir au dehors sans entendre aucun bruit

Seul inconnu le dos courbé les mains croisées

Triste et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur

Et quand j’arriverai je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Lien source : https://www.poesie-francaise.fr/victor-hugo/poeme-demain-des-l-aube.php



Booz endormi (Extrait)


L’ombre était nuptiale auguste et solennelle

Les anges y volaient sans doute obscurément

Car on voyait passer dans la nuit par moment

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait

Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.

C’était dans un mois gai la saison la plus douce

Les champs avaient aux fleurs ce qu’ils ont de sommet.

Et Booz ne savait point qu’une femme était là

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.

Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth

Les astres émaillaient le ciel profond et sombre

Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre

Brillait à l’occident et Ruth se demandait

Immobile ouvrant l’œil sous ses voiles quel Dieu

Quel moissonneur de l’éternel été

Avait en s’en allant négligemment jeté

Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

Lien source : https://www.poetica.fr/poeme-175/victor-hugo-booz-endormi/



Oceano Nox


Oh combien de marins combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines

Dans ce morne horizon se sont évanouis !

Combien ont disparu dure et triste fortune !

Dans une mer sans fond par une nuit sans lune

Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !

L’ouragan démaillé sur leurs fuyants sillages

A dans un souffle affreux dispersé tous leurs noms.

Et nul ne saura plus dans l’étroite bourgade

Leur fin sombre et terrible en quelque obscure rade

Et leur souvenir mort au fond de nos chansons.

On s’entretient d’eux quelque temps dans les veilles

On se demande encore entre deux oreilles

Sont-ils là ? Ne sont-ils pas là ? Puis on se tait.

Et la mer tout entière à grand bruit se lamente

En secouant ses flots d’écume et d’épouvante

Pendant qu’un vent de mort sur les vagues chantait.


Lien source : https://www.poesie-francaise.fr/victor-hugo/poeme-oceano-nox.php



Melancholia (Extrait sur le travail des enfants)


Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules

Ils vont de l'aube au soir faire éternellement

Dans la même prison le même mouvement.

Accroupis sous les dents d'une machine sombre

Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre

Innocents dans un bagne anges dans un enfer

Ils travaillent. Tout est d'airain tout est de fer.

Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.

Chaque enfant dans sa main porte une pauvre joue.

Hélas au sortir d'un long rêve doré

L'enfant s'éveille un jour et se voit dévoré !


Lien source : https://www.poetes.com/hugo/melan.htm



Ce que dit la bouche d’ombre (Extrait)


L’homme n’est qu’un atome en un monde qui passe

Mais son âme contient toute l’immensité.

Il est le point vivant dans le cercle de l’espace

L’étincelle de Dieu dans la nuit de l’été.

Ne croyez pas que rien soit muet dans la sphère

Tout parle tout a voix tout a sens et raison.

Le caillou sur le bord l’étoile dans l’éther

L’herbe de la prairie et le vent du vallon.

Écoutez la rumeur des mondes qui gravitent

Et le chant des esprits qui volent dans le noir

Tout ce que nous voyons et tout ce qui nous habite

N’est qu’un reflet lointain d’un éternel espoir.

La mort n’est pas le bout mais une porte ouverte

Sur un jour éblouissant dont nous sommes les fruits

Et la terre n’est plus qu’une larme couverte

Par le manteau géant de la divine nuit.

Lien source : https://www.poesie-francaise.fr/victor-hugo/poeme-ce-que-dit-la-bouche-d-ombre.php



Présentation


Victor Hugo est le poète total. Chef de file du romantisme, il a brisé les règles du théâtre classique et libéré l'alexandrin. Son œuvre poétique est une architecture immense qui va de l'intime le plus déchirant (la mort de sa fille Léopoldine) à l'épopée métaphysique explorant l'histoire de l'humanité. Hugo possède une puissance d'image et une maîtrise du verbe qui lui permettent d'être tour à tour lyrique, satirique, visionnaire ou familier. Pour lui, le poète a une mission prophétique : il doit être "l'écho sonore" de son temps, défendre les opprimés et guider les peuples vers la lumière.


Biographie


Victor Hugo naît en 1802 à Besançon. Enfant prodige, il affirme très tôt vouloir être "Chateaubriand ou rien". Sa vie se confond avec l'histoire du dix-neuvième siècle : de la bataille d'Hernani au triomphe des Misérables. Pair de France sous Louis-Philippe, il devient un républicain ardent en 1848. Opposant farouche à Napoléon III qu'il surnomme "le Petit", il s'exile pendant dix-neuf ans dans les îles anglo-normandes de Jersey puis Guernesey. C'est là, face à l'océan, qu'il écrit ses plus grands chefs-d'œuvre. Rentré en triomphe à Paris en 1870, il devient le patriarche de la République. Ses funérailles nationales en 1885 suivies par deux millions de personnes marquent l'apothéose d'un génie devenu un mythe vivant.



Espace bibliographique




Odes et Ballades, publié en 1826. Les Orientales, publié en 1829. Les Feuilles d’automne, publié en 1831. Les Chants du crépuscule, publié en 1835. Les Voix intérieures, publié en 1837. Les Rayons et les Ombres, publié en 1840. Les Châtiments, publié en 1853 (poésie satirique contre le Second Empire). Les Contemplations, publié en 1856 (chef-d'œuvre du lyrisme). La Légende des siècles, publié de 1859 à 1883 (épopée de l'humanité). Les Chansons des rues et des bois, publié en 1865. L’Art d’être grand-père, publié en 1877.