La
page
blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

289 - ZOOM RÛMI

POÈMES




Extrait du Mathnawî (Livre I, distiques 1-20)


Écoute la flûte, qui raconte une histoire, qui se lamente des peines de la séparation : « Depuis qu’on m’a arrachée du roseau, mes plaintes ont fait pleurer hommes et femmes. Je veux un cœur déchiré par la séparation, pour pouvoir lui dire les secrets de l’amour. Celui qui s’est éloigné de son origine cherche sans cesse le temps de son retour. J’ai pleuré devant chaque assemblée, j’ai parlé à ceux qui sont tristes et à ceux qui sont joyeux. Chacun s’est imaginé que je lui parlais, mais nul n’a compris mon secret. Mon secret n’est pas caché par un voile, mais l’œil et l’oreille sont trop faibles pour le percevoir. Le corps n’est pas voilé par le vêtement, mais l’âme est voilée par le corps. La flûte est le confident de l’amour, et l’amour est le feu qui consume tout. L’amour est le feu, et la flûte est le vent, et le vent ne cesse de souffler sur le feu. Depuis que la flûte a été coupée du roseau, elle n’a cessé de gémir et de pleurer. Elle cherche une poitrine déchirée, pour y déverser le récit de son amour. Chacun a interprété ses plaintes à sa manière, mais nul n’a connu le mystère qu’elle renferme.

Source : Wikipédia – Rûmî, Mathnawî fr.wikipedia.org+1





Ode mystique (Dîvân-e Shams-e Tabrîzî, Ghazal 39)


Je t’aime ni avec mon cœur, ni avec mon esprit, Le cœur peut s’arrêter, l’esprit peut oublier. Je t’aime avec mon âme, L’âme jamais ne s’arrête ni n’oublie. Je t’aime avec la respiration de mon âme, Chaque souffle que je prends est un pas vers toi. Je t’aime avec la lumière de mes yeux, Chaque regard que je porte est un miroir de ton visage. Je t’aime avec la voix de mon silence, Chaque mot non dit est un chant pour toi. Je t’aime avec l’écho de mes pas, Chaque chemin que je prends mène à ta porte. Je t’aime avec l’ombre de mon être, Chaque instant que je vis est un hommage à ton existence.

Source : Intentionne – Amour de Rûmî intentionne.com




Rubâi’yât (Quatrain 47)


L’amour est un océan infini, dont les cieux ne sont qu’un flocon d’écume. Sache que ce sont les vagues de l’Amour, qui font tourner la roue des cieux. L’amour n’est ni dans le cœur, ni dans l’esprit, il est l’essence même de la vie. Celui qui n’a pas connu l’amour n’a pas connu la raison de son existence. L’amour est le soleil, et l’âme est la terre, et la terre ne vit que par la lumière du soleil. L’amour est la pluie, et l’âme est le désert, et le désert ne fleurit que par la pluie.

Source : Babelio – Citations de Rûmî babelio.com




Extrait du Mathnawî (Livre II, distiques 100-115)


Le monde est un pont, passe-le, mais n’y bâtis pas ta maison. Celui qui espère une heure de repos dans ce monde est comme l’homme qui construit sa maison sur l’eau. Le monde est une ombre qui passe, ne t’y attache pas comme à une réalité. Le monde est un rêve, et toi, tu es le rêveur, ne prends pas le rêve pour la vérité. Le monde est une caravane qui part, et toi, tu es le voyageur. Ne t’endors pas sur le chemin, car la caravane ne s’arrête pour personne. Le monde est un marché, et toi, tu es le marchand, ne t’attache pas aux marchandises. Le monde est une prison, et toi, tu es le prisonnier, cherche la liberté, ne t’attache pas aux chaînes.

Source : Poèmes.co – Rûmî poemes.co




Ode mystique (Dîvân-e Shams-e Tabrîzî, Ghazal 172)


Cherche-nous dans l’amour, Cherche l’amour en nous. Tantôt je le vénère, Tantôt il me vénère. Les amoureux ne se rencontrent finalement pas quelque part, Ils sont l’un dans l’autre tout au long. L’amour est un miroir, et le visage de l’aimé s’y reflète. L’amour est une lampe, et l’aimé en est la lumière. L’amour est une mer, et l’aimé en est la perle. L’amour est un jardin, et l’aimé en est la rose. L’amour est un ciel, et l’aimé en est la lune.

Source : Intentionne – Amour de Rûmî intentionne.com



PRÉSENTATION


Djalâl ad-Dîn Rûmî, né le 30 septembre 1207 à Balkh (actuel Afghanistan) et mort le 17 décembre 1273 à Konya (actuelle Turquie), est l’un des plus grands poètes mystiques de la littérature persane et universelle. Son nom, qui signifie « majesté de la religion », reflète l’importance de son héritage spirituel et littéraire. Rûmî est surtout connu pour avoir fondé la confrérie des derviches tourneurs et pour son œuvre monumentale, le Mathnawî, souvent qualifié de « Coran en persan » en raison de sa profondeur spirituelle et de son influence dans le soufisme.

Fils d’un théologien et maître soufi réputé, Bahâ od Dîn Walad, Rûmî fuit avec sa famille l’invasion mongole en 1219 et s’installe finalement à Konya, en Anatolie. Sa vie bascule en 1244 lorsqu’il rencontre Shams ed Dîn Tabrîzî, un derviche errant qui devient son maître spirituel et son ami intime. Cette rencontre, à la fois bouleversante et inspirante, marque le début de sa vocation poétique. Après la disparition mystérieuse de Shams, Rûmî exprime son chagrin et son extase mystique à travers une poésie lyrique et didactique, où l’amour divin et la quête de l’union avec Dieu occupent une place centrale.

Son œuvre majeure, le Mathnawî, est un long poème de plus de 25 000 distiques, mêlant contes, fables, références coraniques et réflexions métaphysiques. Rûmî y explore des thèmes universels : l’amour, la séparation, la quête de sens, la transcendance. Il utilise une langue riche en symboles, en métaphores et en répétitions, souvent inspirée par la musique et la danse, pratiques essentielles de sa voie soufie. Le Dîvân-e Shams-e Tabrîzî, recueil de ghazals et de quatrains, est une autre pierre angulaire de son œuvre, où l’amour humain et divin se confondent dans une poésie envoûtante et accessible.

Rûmî a profondément influencé la culture persane, turque et au-delà, devenant l’un des poètes les plus lus et traduits au monde. Sa pensée, centrée sur l’amour comme force de transformation et d’union, continue de résonner bien au-delà des frontières géographiques et temporelles. Il est célébré pour sa capacité à exprimer l’indicible, à rendre tangible l’expérience mystique, et à inviter chaque lecteur à une introspection et à une ouverture du cœur.



BIBLIOGRAPHIE

  • Rûmî, Mathnawî, traduction et présentation par Eva de Vitray-Meyerovitch, Albin Michel.
  • Rûmî, Dîvân-e Shams-e Tabrîzî, traduction par Leili Anvar, Éditions du Seuil.
  • Rûmî, Le Livre du Dedans (Fîhi mâ fîhi), traduction par Eva de Vitray-Meyerovitch, Albin Michel.
  • Rûmî, Odes mystiques, traduction par Claude Farni, Éditions de l’Herne.
  • Leili Anvar, Rûmî, la religion de l’amour, Éditions du Cerf.
  • Annemarie Schimmel, Je suis le vent, toi la particule : La voie soufie de Rûmî, Albin Michel.
  • Wikipédia – Rûmî
  • Biographie de Rûmî – Poèmes.co poemes.co+3