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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

160 - ZOOM HENRI THOMAS

Le Seau à charbon (1940)


La Forêt (extrait) Je me souviens de la forêt, de ses chemins qui montaient et descendaient sans raison, de ses arbres penchés comme des vieillards, de ses clairières où l’on croyait voir des fantômes. C’était un lieu où le temps s’arrêtait, où chaque pas résonnait comme un écho lointain. Les feuilles mortes craquaient sous les pieds, et parfois, un oiseau s’envolait en silence, comme s’il emportait un secret.


[Source : Henri Thomas, Le Seau à charbon, Gallimard, 1940]en.wikipedia.org+1



La Nuit de Londres (1956)


La Tamise (extrait) La nuit était froide, et la Tamise coulait lentement, noire et épaisse, comme un serpent endormi. Les réverbères dessinaient des cercles de lumière sur l’eau, et les ombres des passants s’allongeaient, déformées, le long des quais. Je marchais sans but, écoutant le bruit sourd des vagues contre les pilotis, et parfois, une sirène lointaine déchirait le silence, comme un appel sans réponse.

[Source : Henri Thomas, La Nuit de Londres, Gallimard, 1956]en.wikipedia.org+1



John Perkins (1960) Lettre à un inconnu (extrait)

Je ne sais pas qui vous êtes, mais j’écris quand même. Peut-être est-ce une façon de me parler à moi-même, de donner un sens à ces jours qui s’écoulent sans laisser de trace. Je me souviens de cette chambre à Londres, de la pluie qui frappait les vitres, et de cette étrange certitude que tout était déjà écrit, quelque part, dans un livre que personne ne lirait jamais. [Source : Henri Thomas, John Perkins, Gallimard, 1960]en.wikipedia.org+1



Le Promontoire (1961) La Maison sur la falaise (extrait)

La maison était là, accrochée au bord de la falaise, comme un naufrage immobilisé dans le temps. Les murs, lézardés par le vent et le sel, semblaient respirer au rythme des vagues. À l’intérieur, les pièces étaient vides, mais on devinait encore la présence des anciens habitants, leurs voix étouffées, leurs pas sur le plancher qui craquait. Le feu, dans la cheminée, brûlait sans chaleur, comme un souvenir. [Source : Henri Thomas, Le Promontoire, Gallimard, 1961]universalis.fr+1


Le Goût de l’éternel (1990) Le Jardin (extrait)

Le jardin était abandonné depuis des années, mais les roses poussaient encore, sauvages et tenaces. Leurs pétales, déchirés par le vent, tombaient lentement sur le sol, comme des larmes séchées. Je m’asseyais parfois sur le banc de pierre, et je regardais les nuages passer, indifférents à tout. C’était là, dans ce silence, que je sentais le goût de l’éternel, amer et doux à la fois. [Source : Henri Thomas, Le Goût de l’éternel, Gallimard, 1990]en.wikipedia.org+1



Présentation


Henri Thomas est né en 1912 à Anglemont (Vosges) et mort en 1993 à Paris. Il a publié une quarantaine d’ouvrages, dont des romans, des poèmes, des journaux et des traductions. Après des études à Paris, il se consacre à l’écriture et travaille un temps pour la BBC à Londres. Son œuvre, marquée par une recherche de vérité et une attention au quotidien, explore la solitude, l’exil et la mémoire. Il a reçu le prix Médicis pour "John Perkins" (1960) et le prix Fémina pour "Le Promontoire" (1961). Proche de Jean Paulhan et d’Ernst Jünger, il a traduit plusieurs auteurs allemands et russes. Son style, à la fois classique et original, en fait une figure à part dans la littérature française du XXe siècle.



Bibliographie sélective : Romans : Le Seau à charbon (1940), La Nuit de Londres (1956), John Perkins (1960), Le Promontoire (1961), Le Goût de l’éternel (1990). Poésie : Nul désordre (1950), Signe de vie (1962), Le Migrateur (1983). Journaux et essais : Le Porte-à-faux (1948), Le Tableau d’avancement (1983). Traductions : Œuvres d’Ernst Jünger, Shakespeare, Pouchkine.