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blanche

Le dépôt

PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

369 - ZOOM CHAPPAZ

Textes



La montagne n'est pas un décor, elle est un corps vivant, une bête de pierre et de glace qui respire sous le soleil et gémit sous la tempête. Nous qui habitons ses flancs, nous ne sommes que des parasites tolérés, des fourmis qui s'obstinent à tracer des sentiers sur une peau millénaire. Il faut monter vers les cimes non pour les vaincre, mais pour s'y perdre, pour laisser derrière soi l'agitation des vallées et retrouver la part de silence qui nous fonde. Là-haut, l'air est plus rare mais la pensée est plus vaste. Chaque rocher est un ancêtre, chaque glacier est une mémoire qui fond lentement pour abreuver nos vignes. Il y a une sainteté de l'effort et une pureté du vertige que seul celui qui a marché dans la solitude des hauts lieux peut comprendre. https://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-direct-avec/3436034-maurice-chappaz.html




Le vin est le sang de notre terre, le résumé d'une année de lumière et de peine. Quand on lève son verre face au Rhône, on boit le travail du vigneron qui s'est usé le dos sur les terrasses, on boit la patience du cep qui a cherché sa nourriture dans la caillasse. C'est un dialogue entre l'homme et le sol, une alliance renouvelée à chaque vendange. Le Valais n'est pas seulement une géographie, c'est une passion, une fureur de vivre entre les parois de roche et le ciel trop bleu. Il faut aimer cette terre jusqu'à la douleur, jusqu'à la révolte, car elle ne se donne qu'à ceux qui l'empoignent avec force et respect. Chaque gorgée est une histoire, un chant qui monte des racines pour nous rappeler d'où nous venons. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3324151z



Je vois le monde moderne avancer comme un rouleau compresseur, transformant nos alpages en parkings et nos légendes en slogans publicitaires. On assassine le silence sous prétexte de progrès, on bétonne la poésie pour construire des usines à touristes. Ma colère n'est pas une haine, c'est un cri d'amour pour ce qui disparaît. Je veux être le témoin de la beauté menacée, le gardien des sources que l'on empoisonne. Un pays qui oublie ses bergers et ses poètes pour ne plus écouter que ses banquiers est un pays qui meurt de froid intérieurement. Il nous faut retrouver le sens du sacré, le respect du rythme naturel, sous peine de n'être plus que des ombres errant dans un désert de fer et de verre. https://www.letemps.ch/culture/maurice-chappaz-le-poete-de-la-colere-et-de-la-tendresse




L'amour est un pèlerinage sans fin, une marche vers l'autre à travers des paysages de joie et de désolation. Avec Corinna, nous avons partagé le pain du mot et le sel de la terre. Écrire ensemble, vivre ensemble, c'était la même aventure, le même besoin de transformer chaque instant en éternité. La mort n'est qu'une séparation physique, car l'être aimé continue de parler dans le murmure du vent et le reflet de l'eau. Je continue de lui écrire, de lui raconter les fleurs qui poussent sur sa tombe et les nuages qui passent sur le Catogne. La poésie est le seul lien qui ne rompt jamais, le fil d'or qui relie les vivants et les morts dans une même fraternité de lumière. https://www.viceversa-litterature.ch/author/3784



L'écriture est une labourage, un travail de paysan sur la page blanche. Il faut retourner les mots, les briser, les laisser reposer sous la neige du silence avant d'espérer une récolte. Je ne cherche pas la belle phrase, je cherche la phrase vraie, celle qui a le goût du pain de seigle et l'odeur du mélèze. Un poète doit être un homme de plein vent, quelqu'un qui se laisse traverser par les éléments et qui rend ce qu'il a reçu avec la simplicité d'une source. Ne cherchez pas de mystère compliqué dans mes livres : tout est là, dans la clarté d'un matin de givre ou dans la fatigue d'un soir de moisson. La vie est un miracle quotidien que nous avons le devoir de célébrer avant que l'ombre ne nous recouvre. https://www.crefeco.org/display.php?fr/Revue28/15.html



Présentation de l'auteur


Maurice Chappaz, né en 1916 à Lausanne et mort en 2009 à Martigny, est l'une des figures les plus puissantes et emblématiques de la littérature suisse du XXe siècle. Profondément enraciné dans son Valais d'adoption, il a célébré avec une ferveur lyrique la nature sauvage, le travail de la vigne et la vie des montagnards. Écrivain de la démesure et de la tendresse, il fut aussi un polémiste redoutable, notamment avec son pamphlet Les Maquereaux des cimes, où il dénonçait avec force le saccage de la montagne par le tourisme de masse. Marié à la poétesse Corinna Bille, il a construit une œuvre immense, mêlant poésie, récits de voyage et réflexions métaphysiques, toujours habitée par une quête de sacré et une attention fraternelle à l'humain.



Bibliographie


Le Valais au gosier d'oiseau, 1944. Les Grandes Journées de printemps, 1944. Le Testament du Haut-Rhône, 1953. Le Portrait des Valaisans, 1965. Les Maquereaux des cimes, 1976. Évangile selon Judas, 2001.