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108- ZOOM ARAGON
POÈMES
« Il n’y a pas d’amour heureux » (poème intégral, La Diane française, 1944)
Lien vers le poème complet (PDF)
Rien n’est jamais acquis à l’homme
Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur
Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux
Sa beauté le fuit sa beauté le fuit
Toujours au loin et ailleurs
Ils sont morts ceux qui l’ont cru
Avec leurs mains jointes ils ont fait
Un geste inutile et sans retour
Pour la première fois
« Le Pont de Cé » (extrait, Les Yeux d’Elsa, 1942)
Lien vers le poème complet (Poésie française)
J’ai traversé les ponts de Cé
C’est là que tout a commencé
Une chanson des temps passés
Parle d’un chevalier blessé
D’une rose sur la chaussée
Et d’un corsage délacé
Du château d’un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés
De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée
Et j’ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées
La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées
Et les armes désamorcées
Et les larmes mal effacées
Ô ma France ô ma délaissée
J’ai traversé les ponts de Cé
« Poème à crier dans les ruines » (extrait, Le Crève-Cœur, 1941)
Lien vers le poème complet (Booknode)
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or
Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
C’était au beau milieu de notre tragédie
Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
« Les Yeux d’Elsa » (extrait, 1942)
Lien vers le poème complet (Poésie française)
Tes yeux sont ma conduite éternelle
Et je n’ai plus besoin de voir
Je n’ai plus besoin de comprendre
Je n’ai plus besoin de savoir
Tes yeux sont mes conducteurs
Et je suis seul à les suivre
Seul à savoir qu’ils m’éblouissent
Seul à savoir qu’ils m’enivrent
« Strophes pour se souvenir » ( 1955)
Lien vers le poème complet (Eternels éclairs)
Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
PRÉSENTATION
Vie et œuvre
Louis Aragon (1897–1982) est l’un des plus grands poètes français du XXe siècle. Il a traversé les mouvements Dada et surréaliste avant de s’engager dans la Résistance et le Parti communiste. Son œuvre, marquée par l’amour (notamment pour Elsa Triolet), la guerre, et la quête de sens, mêle lyrisme, engagement politique, et innovation formelle.
Thèmes clés
- L’amour et la mélancolie : Aragon chante l’amour comme une force à la fois sublime et douloureuse, notamment dans Les Yeux d’Elsa et Le Crève-Cœur.
- L’engagement politique : Ses poèmes de la Résistance (La Diane française, Le Musée Grévin) sont des appels à la lutte et à l’espoir.
- La mémoire et l’Histoire : Il explore le passé, la guerre, et la condition humaine, comme dans Strophes pour se souvenir.
- L’innovation poétique : Aragon renouvelle les formes, du sonnet classique au poème en prose, en passant par le vers libre.
Style et influence
Aragon est un maître de la langue, capable de passer du lyrisme le plus pur à l’ironie la plus mordante. Son œuvre, souvent mise en musique (par Léo Ferré, Jean Ferrat, etc.), reste populaire pour sa beauté et son accessibilité. Il influence des générations de poètes et de chanteurs.
BIBLIOGRAPHIE
- Aragon, Louis – Œuvres poétiques complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2007.
- Aragon, Louis – Les Yeux d’Elsa, Gallimard, 1942.
- Aragon, Louis – Le Crève-Cœur, Gallimard, 1941.
- Aragon, Louis – La Diane française, Gallimard, 1944.
- Aragon, Louis – Le Paysan de Paris, Gallimard, 1926.
- Aragon, Louis – Hourra l’Oural, Gallimard, 1934.
- Aragon, Louis – Les Adieux et autres poèmes, Gallimard, 1974.