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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

162 - ZOOM YEATS

William Butler Yeats (1865-1939), figure de proue de la littérature irlandaise et Prix Nobel 1923. Son œuvre est une trajectoire allant du romantisme éthéré, imprégné de légendes celtiques, vers une poésie de la maturité plus dépouillée, politique et métaphysique.



I. Quand tu seras vieille


Quand tu seras bien vieille, au soir, à la chandelle,

Assise près du feu, dévidant et filant,

Tu liras ce livre, et diras en tremblant :

« Yeats chanta mes yeux au temps qu'ils étaient beaux. »

Combien ont aimé tes instants de grâce joyeuse,

Et ta beauté, d'un amour faux ou d'un amour vrai,

Mais un seul homme a aimé en toi l'âme voyageuse,

Et aimé les chagrins de ton visage changeant ;

Et te penchant alors vers les barres du foyer,

Tu diras, un peu triste, comment l'Amour s'en est allé,

Comment il a franchi le sommet des montagnes,

Et caché son visage parmi une foule d'étoiles.


Source : W.B. Yeats, Le Roseau parmi les joncs, Éditions Gallimard



II. L’Île du lac d’Innisfree


Je veux me lever et partir, partir pour Innisfree,

Et là bâtir une petite cabane, faite d'argile et de claies ;

Neuf rangées de haricots j'aurai là, une ruche pour l'abeille,

Et je vivrai seul dans la clairière où bourdonne l'essaim.

Et là j'aurai quelque paix, car la paix tombe goutte à goutte,

Tombant des voiles du matin là où chante le grillon ;

Là minuit n'est qu'un miroitement, et midi une lueur pourpre,

Et le soir est plein de battements d'ailes de linottes.

Je veux me lever et partir, car toujours, nuit et jour,

J'entends l'eau du lac clapotant à voix basse sur le rivage ;

Tandis que je me tiens sur la route, ou sur les trottoirs gris,

Je l'entends au plus profond de mon cœur.


Source : W.B. Yeats, Poèmes, coll. « Poésie/Gallimard »



III. Le Second Avènement


Le cercle s'élargit en tournoyant sans fin,

Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier ;

Tout se désagrège ; le centre ne peut plus tenir ;

L'anarchie pure est lâchée sur le monde,

La marée de sang est lâchée, et partout

La cérémonie de l'innocence est noyée ;

Les meilleurs manquent de toute conviction, tandis que les pires

Sont pleins d'une intensité passionnée.

Sûrement quelque révélation est proche ;

Sûrement le Second Avènement est proche.

Le Second Avènement ! À peine ces mots dits,

Une image immense surgie du Spiritus Mundi

Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert

Une forme au corps de lion et à tête d'homme,

Un regard vide et impitoyable comme le soleil,

Remue ses cuisses lentes, tandis que tout autour

Tournoient les ombres des oiseaux indignés du désert.


Source : W.B. Yeats, Michael Robartes et la Danseuse, Éditions du Seuil



IV. Paques 1916 (Extrait )


Je les ai rencontrés à la fin du jour

Venant avec des visages clairs

Des comptoirs ou des bureaux, parmi les maisons grises du XVIIIe siècle. Je passais avec un signe de tête

Ou des mots polis et futiles,

Ou m'arrêtais un moment et disais

Des mots polis et futiles,

Et pensais avant d'avoir fini

À quelque histoire moqueuse ou anecdote

Pour amuser un compagnon

Autour du feu au club,

Étant certain qu'eux et moi

Vivrions là où on porte l'habit de bouffon :

Tout est changé, changé totalement :

Une beauté terrible est née.

Le cœur de cet homme semblait parfois une étable,

Tant il avait chevauché ses rêves ;

Celui-ci était un homme ivre, orgueilleux,

Il avait fait grand tort

À certains qui me sont proches,

Pourtant je l'inscris dans mon chant ;

Lui aussi a abandonné son rôle

Dans la comédie banale ;

Lui aussi a été transformé à son tour,

Métamorphosé totalement :

Une beauté terrible est née.


Source : W.B. Yeats, La Tour, Éditions de la Différence



La Seconde Venue (1919) En tournant et en tournant dans un tourbillon qui s’élargit, Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier ; Tout se défait ; le centre ne peut tenir ; Une simple anarchie se déchaîne sur le monde, La marée sanglante est lâchée, et partout La cérémonie de l’innocence est noyée ; Les meilleurs manquent de toute conviction, tandis que les pires Sont pleins d’une passion intense.

Certainement, une révélation est proche ; Certainement, la Seconde Venue est proche. La Seconde Venue ! À peine si je l’ai dite Qu’une vision d’horreur me trouble la vue : Quelque part dans le désert du monde, une forme immense, Avec un regard vide et pitoyable comme le soleil, Se déplace lentement ses cuisses, tandis que tout autour Les ombres des indignes oiseaux de proie Tournoient dans l’air sombre et lourdsk.sagepub.com.

https://en.wikipedia.org/wiki/W._B._Yeats


Leda et le Cygne (1923) Un coup soudain : le grand aigle bat des ailes Au-dessus d’elle, les ailes noires battent la nuit, Une faiblesse s’empare de ses cuisses ; elle est prise Dans les plumes noires, et il la serre fort ; Comment peut-elle, prise ainsi, ne pas se sentir fléchir ? Un coup soudain a fait d’elle une mère De l’helmeted et de la violence ; Avant que le mur blanc soit bâti, avant que le feu soit allumé, Agamemnon mort.

Un coup soudain a fait d’elle une mère De l’helmeted et de la violence ; Avant que le mur blanc soit bâti, avant que le feu soit allumé, Agamemnon mort, Et tous ceux qui sont nés pour mourir

https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-butler-yeats/



Parmi les roses scolaires (1893) Je rêvais, les yeux fermés, que dehors, au-delà du mur, Il y avait des jardins de roses, des jardins de roses ; Et mes amis, dans leurs robes de soie, se promenaient là-bas, Et je n’entendais que le murmure de leurs voix.

Mon cœur se souvenait de ses vœux et de ses rêves, Et je me suis levé, et j’ai passé ma tête par la fenêtre, Et j’ai vu les jardins de roses, les jardins de roses ; Mais mes amis étaient partis, et je n’ai vu que des rosesbabelio.com.

https://www.babelio.com/auteur/William-Butler-Yeats/9746



Un homme jeune et vieux (1928) Bien que je sois vieux avec des cheveux blancs, Et que je me penche sur mon bâton, Je suis un jeune homme dans mon cœur, Et je rêve de l’amour.

Bien que je sois laid dans la lumière du jour, Et que je doive me cacher de la vue, Je suis beau dans mes rêves, Car là, je suis toujours jeune.

Bien que je sois faible dans la lumière du jour, Et que je doive me reposer sur mon lit, Je suis fort dans mes rêves, Car là, je suis toujours

https://www.babelio.com/auteur/William-Butler-Yeats/9746


Yeats est né dans une famille artistique : son père, John Butler Yeats, était peintre, et son frère Jack devint un artiste reconnu. Il passe son enfance entre Dublin et Sligo, région qui deviendra le « pays de son cœur » et une source d’inspiration majeure. Après des études à Dublin et à Londres, il s’engage dans le mouvement de renaissance celtique et fonde, avec Lady Gregory et d’autres, l’Abbey Theatre en 1904. Son œuvre poétique, d’abord influencée par le romantisme et le symbolisme, évolue vers un style plus direct et moderne, marqué par son intérêt pour l’occulte, l’histoire irlandaise et les cycles de la civilisation. Yeats a aussi écrit des pièces de théâtre, des essais et des autobiographies. Il a été sénateur de l’État libre d’Irlande de 1922 à 1928, et a reçu le prix Nobel de littérature en 1923. Ses dernières années sont marquées par une intense activité créatrice, malgré des problèmes de santé. Il meurt en 1939 à Roquebrune-Cap-Martin, en France, où il est d’abord enterré avant que ses restes ne soient transférés en Irlande en 1948.


Bibliographie sélective : Poésie : Le Crépuscule celtique (1893), La Rose (1893), Le Vent parmi les roseaux (1899), Responsabilities (1914), Michael Robartes et la Danseuse (1921), La Tour (1928), Derniers Poèmes (1939). Théâtre : La Comtesse Cathleen (1892), Cathleen ni Houlihan (1902), Au Hawk’s Well (1917), Purgatoire (1938). Essais et autobiographie : Enfance et jeunesse resongées (1916), Autobiographies (1938), La Résurrection (1938). Traductions et éditions : Œuvres complètes, Gallimard (traductions de Jean-Yves Masson).

https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Butler_Yeats https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-butler-yeats/ https://en.wikipedia.org/wiki/W._B._Yeats