Le dépôt
149 - ZOOM ROUSSELOT
Jean Rousselot (1913-2004)
Le poète de la "main tendue". Orphelin très tôt, marqué par une enfance de privations, Jean Rousselot a construit une œuvre habitée par la solidarité humaine et une conscience aiguë de la douleur. Sa poésie est directe, rugueuse, mais toujours ouverte sur l'espoir.
I. Fraternité
Je ne suis qu’un homme parmi les hommes
Un peu de boue et beaucoup de ciel
Je porte le poids de tout ce que nous sommes
Le goût du pain et l'amertume du sel.
Mais si ma main rencontre votre main
Si mon regard s'accorde à votre peine
Nous inventerons ensemble un chemin
Où la lumière sera notre seule reine.
Source : Jean Rousselot, Le Sang du ciel, Éditions Seghers
II. La Peur
La peur est un chien qui rôde à la porte
Un vent glacé qui s'insinue sous les draps.
Elle attend que la lampe soit morte
Pour nous serrer de ses longs bras de bois.
Il faut pourtant l'appeler par son nom
La regarder bien en face, dans les yeux,
Pour que le silence devienne un pardon
Et que le noir nous semble un peu moins vieux.
Source : Jean Rousselot, Les Heures, Éditions Albin Michel
III. Écrire
Écrire n'est pas un métier pour les sages
C'est un combat de chaque instant contre le vide.
C'est vouloir fixer sur les visages
L'éclat d'une larme avant qu'elle ne ride.
C'est donner une voix à ceux qui n'en ont plus
Un visage à l'ombre, un corps à l'absence.
C'est ramasser les mots que le monde a exclus
Pour en faire le feu de notre présence.
Source : Jean Rousselot, Poèmes choisis, Éditions Rougerie
IV. La Ville
La ville est une bête qui respire mal
Avec ses poumons de brique et de ciment.
On s'y perd comme dans un rêve de cristal
Où chaque reflet est un déguisement.
Mais au fond des cours, derrière les volets,
Il y a toujours un cœur qui bat la chamade,
Un secret gardé, un amour discret
Qui console la rue de sa longue promenade.
Source : Sélection Jean Rousselot, Le Printemps des Poètes
V. Testament
Je m'en irai comme je suis venu
Avec pour seul bagage un peu de tendresse.
Le reste n'était que du temps superflu
Une poussière d'or sur une vieille détresse.
Gardez de moi cette envie de parler
À l'étranger qui passe, au vent qui se lève.
Le poème est un pont qu'on ne peut écrouler
Entre la vérité et le bord de notre rêve.
Source : Jean Rousselot, La Vie en question, Poésie-Gallimard
Présentation
Jean Rousselot a incarné la continuité de l'esprit de Rochefort.
- Le réalisme spirituel : Sa poésie ne fuit pas la réalité sociale (la pauvreté, la ville, la maladie), mais elle cherche à y instiller une dimension métaphysique.
- L'engagement humain : Grand défenseur des poètes opprimés, il fut président de la Société des Gens de Lettres. Pour lui, le poète a une responsabilité envers la cité.
Bibliographie Jean Rousselot
- Le Sang du ciel (1944), Éditions Seghers.
- La Vie en question, coll. « Poésie/Gallimard ». (L'anthologie idéale pour découvrir son œuvre).
- Jean Rousselot, par André Marissel, collection Poètes d'aujourd'hui, Seghers.