Le dépôt
210 - ZOOM ALBERTI
1. Le Marin à terre (Poème complet - Extrait)
« Si mon père meurt, qu'on m'enterre dans la mer. Je ne veux pas de la terre, je ne veux pas de son poids amer. Mettez-moi dans une barque de cristal, avec des rames de corail et de sel, et laissez-moi dériver vers l'idéal, sous le bleu infini du ciel. Moi qui suis né au bord des vagues, je ne sais vivre que parmi les embruns. La terre est pour moi une prison de vagues, un labyrinthe de chemins et de destins bruns. Ramenez-moi au rivage de mon enfance, là où le vent sent l'iode et la liberté. »
https://www.poetes.com/alberti/marin.php
2. Sur les Anges (Extrait de L'Ange de sable)
« Il y a des anges qui sont des couteaux, d'autres qui sont des cendres froides. Je les ai vus descendre dans les rues de la ville, cherchant une âme à dévorer. L'ange de la colère a des yeux de feu, l'ange de l'oubli a des mains de brouillard. Ils ne viennent pas du ciel, ils viennent de nous, de nos peurs, de nos hontes, de nos désirs perdus. Le monde est plein de ces ombres ailées qui nous empêchent de voir la lumière du jour. »
3. Le poète dit la vérité (Extrait de De un momento a otro)
« J'ai vu les mains de mon peuple se lever contre les murs de l'injustice. J'ai vu les visages des mineurs et des paysans illuminés par la flamme de l'espoir. Ma poésie n'est plus un jeu de mots, elle est un cri de combat, une arme de fer. Je ne chante plus la mer et les coquillages, je chante la liberté qui marche dans la boue. Écoutez ma voix, car elle est la vôtre, elle est le vent qui annonce la tempête. »
https://www.anti-k.org/2016/11/02/poeme-rafael-alberti/
4. Retours du vivant lointain (Extrait sur l'exil)
« Je reviens vers toi, Espagne, par le chemin du rêve, puisque les chemins de la terre me sont fermés. Je revois tes oliviers d'argent, tes plaines de feu, tes cités de pierre où j'ai laissé mon cœur. L'exil est une blessure qui ne guérit jamais, un hiver permanent au milieu de l'été. Mais mon esprit ne connaît pas de frontières, il s'envole chaque nuit vers tes rivages aimés. »
https://www.persee.fr/doc/hispa_0018-2176_1955_num_57_3_3449
5. À la peinture (Extrait du poème dédié à la couleur)
« Bleu : le ciel qui descend sur les yeux du peintre. Rouge : le sang de la terre, la passion du couchant. Jaune : l'or du blé, le rire du soleil levant. Vert : l'espérance qui dort dans la forêt profonde. Noir : l'abîme du monde, le repos du néant. Couleurs, vous êtes mes sœurs, mes amantes, mes guides. Grâce à vous, la toile devient un monde vivant, une fenêtre ouverte sur l'infini de l'âme. »
Présentation
Rafael Alberti (1902-1999) est sans doute le poète le plus polyvalent de la Génération de 27. Né au Puerto de Santa María, son œuvre restera marquée par la présence obsédante de la mer et de la lumière gaditane (Le Marin à terre). Peintre autant que poète, il utilise les mots comme des pigments. Son parcours l'a mené du néo-popularisme raffiné au surréalisme angoissé (Sur les anges), puis à un engagement politique total lors de la Guerre Civile. Contraint à un long exil de 38 ans (en Argentine puis en Italie), il est revenu triomphalement en Espagne en 1977, incarnant la réconciliation et la mémoire vivante de l'âge d'argent des lettres espagnoles.
Bibliographie
- Alberti, Rafael, Sur les anges, trad. par Claude Esteban, Gallimard, coll. « Poésie », 1986.
- Alberti, Rafael, Le Marin à terre, trad. par Bernard Sesé, Éditions de la Différence, 1991.
- Alberti, Rafael, À la peinture, trad. par Jean-Claude Masson, Gallimard, 1996.
- Alberti, Rafael, La Fugue d'un vivant lointain (Mémoires), Belfond, 1991.