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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

352 ZOOM MAIAKOVSKI

Vladimir Maïakovski (1893-1930), le « poète-vates » de la Révolution russe, dont la voix de stentor et les vers en escalier ont brisé les cadres de la poésie traditionnelle.



Textes



Le Nuage en pantalon (Prologue et Partie I) « Votre pensée, / rêvant sur votre cerveau ramolli, / comme un laquais boursouflé sur un canapé gras, / je m’en vais la taquiner avec un lambeau de mon cœur, / sanglant et insolent à souhait. / [...] Je n'ai pas un seul cheveu blanc dans l'âme, / et il n'y a pas en elle de tendresse sénile ! / Ayant ébranlé le monde par la puissance de ma voix, / je marche — beau, / âgé de vingt-deux ans. / [...] Vous croyez que c’est le délire du paludisme ? / C’est arrivé. / C’est arrivé à Odessa. / "Je viendrai à quatre heures", avait dit Maria. / Huit heures. / Neuf heures. / Dix heures. » https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Nuage_en_pantalon




La Flûte des vertèbres (Extrait) « Pour vous tous, / qui avez plu, / qui plaisez, / dont l'effigie est gravée dans la grotte des âmes, / je lève, comme un verre rempli de vin de fête, / mon crâne chargé de poèmes. / [...] Aujourd'hui je vais jouer de la flûte. / Sur ma propre colonne vertébrale. » https://www.poeticous.com/mayakovsky/the-backbone-flute?locale=fr



À pleine voix (Premier prélude au poème, 1930) « Ma poésie à moi, / par son labeur, / brisera la carcasse des années, / et elle apparaîtra / pondérale, / rugueuse, / visible, / comme de nos jours / est apparu l'aqueduc / construit par les esclaves de Rome. / [...] Je ne veux pas de vos louanges de bronze, / je ne veux pas que vous me couvriez de marbre. / Nous nous arrangerons entre nous, pour la gloire, / nous qui sommes du même sang. » https://www.marxists.org/francais/maïakovski/index.htm




Ordre n°2 à l'armée des arts « À vous ! / qui avez encore les fesses intactes / sur les chaises académiques, / je vous dis : / la rue est nos pinceaux, / les places nos palettes. / Le livre du temps, / aux pages de fer, / n'a pas été écrit pour les bibliothèques. / [...] Travaillez ! / Ne faites pas de l'art, / faites de la vie ! » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3321556m (Traduction historique)



L'Incident arrivé à Vladimir Maïakovski dans sa villa d'été « Un été, / il y avait une chaleur de soixante soleils. / Le soleil descendait, / incendiait les champs. / [...] Je criai au soleil : / "Hé ! / descends un peu, / viens prendre le thé avec moi !" / [...] Briller toujours, / briller partout, / jusqu'au fond des derniers jours, / briller — / et rien d'autre ! / Voilà mon slogan / et celui du soleil ! » https://www.poeticous.com/mayakovsky/an-extraordinary-adventure?locale=fr



Présentation


Maïakovski est le géant du Futurisme russe. Son œuvre est un cri permanent contre le passé, la bourgeoisie et la tiédeur des sentiments. Pour lui, la poésie doit sortir des livres pour descendre dans la rue, se faire slogan, affiche (les célèbres fenêtres de la ROSTA) ou cri de guerre.

Sa grande innovation formelle est le vers en escalier (lestnitsa). En brisant la ligne poétique, il impose un rythme haché, une scansion qui souligne chaque mot comme un coup de marteau, adaptée à la lecture publique dans les stades ou les usines.

Cependant, derrière le poète officiel de la Révolution se cache une âme tourmentée par un amour absolu et destructeur pour Lili Brik. Sa fin tragique (suicide en 1930) témoigne de l'impossibilité de réconcilier l'individu lyrique avec les exigences de plus en plus bureaucratiques de l'État soviétique. Il reste le symbole du "poète qui s'est marché sur la gorge" pour servir une cause, tout en restant l'un des plus grands inventeurs de formes du XXe siècle.



Bibliographie