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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

304 - ZOOM SOYINKA

Conversation téléphonique (1963)

Le prix semblait raisonnable, l’emplacement Indifférent. Le propriétaire jura qu’il vivait Hors des lieux. Il ne restait plus Qu’à me confesser. « Madame, » je préviens, « Je déteste un voyage inutile — je suis Africain. » Silence. Transmission silencieuse de Bonne éducation sous pression. La voix, quand elle vint, Lèvres peintes, longue cigarette dorée Tenue entre les doigts. J’étais pris, lamentablement.

« COMBIEN NOIR ? »… Je n’avais pas mal jugé la pause ; Voici la bonne éducation qui suintait au téléphone. « Êtes-vous clair ou très foncé ? » Bouton B. Bouton A. Stupide, j’attrapai mon verre d’eau.

« Vous voulez dire… comme chocolat au lait ou noir ? » Son assentiment fut clinique, écrasant dans sa légèreté D’impersonnalité. Rapidement, une voix onduleuse Informa. « QUOI ÇA ? » concédant « JE NE SAIS PAS CE QUE C’EST. » « Comme brunette. » « C’EST FONCÉ, N’EST-CE PAS ? » « Pas tout à fait. Faciale, je suis brunette, mais madame, vous devriez voir Le reste de moi. La paume de ma main, la plante de mes pieds Sont d’un blond peroxyde. Le frottement, causé — Bêtement madame — par le fait de s’asseoir, a rendu Mon derrière noir corbeau — Un instant madame ! » — sentant Son récepteur se dresser comme un coup de tonnerre Près de mes oreilles — « Madame, » je suppliai, « ne préféreriez-vous pas Voir par vous-même ? »

Source : Poetry Foundation – Wole Soyinka, Telephone Conversation



Un Linceul pour les Morts (1967)

Les morts ne sont pas partis, ils sont ici avec nous. Ils sont dans les arbres qui bruissent, les bois qui gémissent, L’herbe qui pleure et les rochers qui murmurent. Ils sont dans les portes qui grincent, les vents qui soupirent, Les murs qui chuchotent et les ruisseaux qui murmurent. Ils sont dans les ombres qui dansent au crépuscule, Les échos qui rient à midi.

Les morts ne sont pas partis, ils sont ici avec nous. Ils sont dans les chansons que nous chantons, les récits que nous racontons, Les rêves que nous rêvons et les peurs que nous craignons. Ils sont dans les larmes que nous versons, les joies que nous partageons, Les douleurs que nous portons et les espoirs que nous nourrissons. Ils sont dans le rire des enfants, la sagesse des anciens, La force de la jeunesse et la fragilité de l’âge.

Les morts ne sont pas partis, ils sont ici avec nous. Ils sont dans les graines que nous semons, les récoltes que nous moissonnons, Les feux que nous allumons et les cendres que nous gardons. Ils sont dans les chemins que nous foulons, les routes que nous bâtissons, Les ponts que nous traversons et les rivières que nous guéons. Ils sont dans le passé que nous nous souvenons, le futur que nous forgeons, Le présent que nous vivons et les instants que nous saisissons.

Les morts ne sont pas partis, ils sont ici avec nous. Ils sont dans le sang qui coule, le souffle qui souffle, Le cœur qui bat et l’âme qui sait. Ils sont dans l’amour que nous donnons, l’amour que nous recevons, L’amour que nous créons et l’amour que nous brisons. Ils sont dans le commencement et la fin, L’alpha et l’oméga, le premier et le dernier.

Source : Poem Hunter – Wole Soyinka, A Shroud for the Dead



Abiku (1967)

En vain tes bracelets jettent Des cercles charmants à mes pieds ; Je suis Abiku, appelant pour la première Et les fois répétées.

Dois-je pleurer pour les chèvres et les cauris, Pour l’huile de palme et la cendre éparpillée ? Les ignames ne germent pas dans le liquide amniotique. Et cette fois, je dois partir.

Les larmes de ma mère, comme des perles d’ambre, Me retiennent à ce monde. Et moi, À mon tour, je pleure sa douleur, Le fruit de son labeur, son ventre vide.

Mais le monde est un marché Où chaque homme marchande pour sa vie. J’ai payé mon passage, je dois partir. Le bateau attend sur la rive.

Source : Poetry Foundation – Wole Soyinka, Abiku





Nuit (1963)


La nuit est un temps de silence, Un temps de chuchotements et d’ombres, Un temps de secrets et de mystères. La nuit est un temps de peur, Un temps de rêves et de cauchemars, Un temps de fantômes et d’esprits.

La nuit est un temps d’attente, Un temps de désir et de passion, Un temps d’amour et de passion. La nuit est un temps de solitude, Un temps de réflexion et d’introspection, Un temps de paix et de tranquillité.

La nuit est un temps d’obscurité, Un temps d’étoiles et de clair de lune, Un temps de lucioles et de vers luisants. La nuit est un temps de magie, Un temps de sorts et d’enchantements, Un temps de merveilles et de miracles.

La nuit est un temps de mort, Un temps de fins et de commencements, Un temps de transitions et de transformations. La nuit est un temps de vie, Un temps de renouveau et de renaissance, Un temps d’espoir et de promesse.

Source : Poem Hunter – Wole Soyinka, Night




Idanre et autres poèmes (1967)

Idanre, colline aux mille mains, Rocher des murmures éternels, Où les dieux marchèrent jadis, Et où les esprits dansent encore.

Idanre, colline aux mille yeux, Rocher des secrets anciens, Où le passé est présent, Et le futur un rêve.

Idanre, colline aux mille voix, Rocher des chants sacrés, Où le vent porte les prières, Et la pluie apporte les bénédictions.

Idanre, colline aux mille pas, Rocher des grimpeurs fatigués, Où le voyage est long, Et la récompense est la paix.

Idanre, colline aux mille visages, Rocher de nombreuses histoires, Où les anciens racontent des légendes, Et les jeunes écoutent, émerveillés.

Source : Poetry Foundation – Wole Soyinka, Idanre and Other Poems





PRÉSENTATION



Wole Soyinka, né le 13 juillet 1934 à Abeokuta (Nigeria), est un dramaturge, poète, romancier, essayiste et militant politique nigérian, considéré comme l’une des figures majeures de la littérature africaine du XXe siècle. Premier Africain à recevoir le prix Nobel de littérature en 1986, il est célèbre pour son engagement en faveur de la justice sociale, de la liberté d’expression et des droits humains, ainsi que pour son œuvre riche et variée, qui mêle tradition yoruba, modernité et universalité.

Soyinka a étudié à l’Université d’Ibadan (Nigeria) et à l’Université de Leeds (Royaume-Uni), où il s’est formé au théâtre et à la littérature anglaise. Son œuvre, profondément ancrée dans la culture yoruba, explore des thèmes comme l’identité, la liberté, la résistance à l’oppression, la mémoire collective et la quête de sens dans un monde marqué par la violence et l’injustice. Il a écrit plus de trente pièces de théâtre, plusieurs recueils de poésie, des romans, des essais et des mémoires, tous marqués par une langue puissante, une imagination débordante et un engagement politique sans faille.

Son engagement contre les régimes autoritaires, notamment au Nigeria, lui a valu des persécutions, des emprisonnements et des exil. En 1967, pendant la guerre civile nigériane (guerre du Biafra), il a été emprisonné pour avoir tenté de négocier la paix entre les belligérants. Libéré en 1969, il a continué à dénoncer les abus de pouvoir et à défendre les droits humains, tout en poursuivant une carrière littéraire internationale.

Soyinka est également connu pour son travail de traducteur et d’adaptateur d’œuvres classiques, ainsi que pour ses essais sur la culture, la politique et l’art. Son style, à la fois lyrique et engagé, mêle des éléments de la tradition orale africaine, du théâtre occidental et d’une réflexion philosophique profonde. Il a enseigné dans plusieurs universités à travers le monde, notamment à Harvard, Yale et Cornell, et continue d’être une voix influente dans les débats sur la démocratie, la justice et la liberté en Afrique et au-delà.



BIBLIOGRAPHIE