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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

209 - ZOOM ALEIXANDRE - GÉNÉRATION 27

Vicente Aleixandre, le poète de la terre élémentaire et de la fusion cosmique.


Textes



1. Unité en elle (Extrait de La Destruction ou l'Amour)


« Corps joyeux qui s'ouvre entre mes mains, clarté qui m'emprisonne dans ses filets d'amour, je ne veux pas être moi, je veux être toi, fondre mon ombre dans ta lumière éclatante. Te posséder n'est pas te tenir, c'est mourir en toi, c'est se briser comme une vague sur le rocher de ta poitrine. Amour, destruction, fusion sacrée, le monde n'existe plus autour de nous, il n'y a plus que le battement de ton sang qui est le mien, qui est celui de la terre, qui est celui du soleil qui nous consume. »

https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/La-Destruction-ou-l-Amour




2. Le vieux et le soleil (Extrait de Poèmes de la Consommation)


« Il était là, assis sur son banc, laissant le soleil couler sur ses mains ridées comme une huile d'or et de silence. Il ne pensait à rien, il était simplement. Il se laissait dévorer par la lumière, douce morsure de la fin du jour. Et ses os devenaient transparents, et sa mémoire s'évaporait dans l'azur. Mourir n'est pas une chute, disait son visage, c'est une dilution dans l'immensité, un retour à la chaleur originelle d'où nous sommes tous sortis un matin de printemps. »

https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1255




3. Le poète (Extrait de Monde à part)


« Pour qui écris-tu ? Pour les pierres, pour le vent, pour les racines qui dorment sous la terre noire ? Le poète est celui qui écoute le cri des éléments, celui qui traduit le langage muet des choses. Il n'écrit pas avec de l'encre, mais avec du feu, avec l'eau des fleuves, avec la poussière des étoiles. Sa voix n'est pas la sienne, elle est celle de l'univers qui cherche à se dire à travers un cœur d'homme. Si personne ne t'écoute, poète, ne te plains pas : tu es le témoin de la lumière, et cela suffit. »

https://www.persee.fr/doc/hispa_0018-2176_1978_num_80_1_4260




4. Les Valseurs (Extrait de Épées comme des lèvres)


« On valse sur le bord de l'abîme, en smoking, en robe de soie blanche, parmi les lustres de cristal qui tremblent. Le sol n'est qu'un miroir de glace fragile, en dessous, le vide appelle les amants. Mais l'orchestre joue plus fort que le vertige, et les couples tournent, tournent sans fin, ignorant la tempête qui gronde à la porte. Le surréalisme n'est pas un rêve, c'est la réalité qui explose dans nos mains. »




5. L'Enfant et la Mer (Extrait de Ombre de Paradis)


« La mer était là, immense et bleue, étendant ses bras d'écume vers l'enfant nu. C'était le commencement du monde, avant le péché, avant la douleur, avant le temps. Tout était lumière et mouvement rythmé, une harmonie parfaite entre le ciel et l'eau. L'enfant courait sur le sable d'or, et chaque vague était un baiser de Dieu. Oh, paradis perdu que nous cherchons tous, ombre d'un bonheur dont nous gardons la trace dans le repli le plus secret de notre âme ! »




Présentation


Vicente Aleixandre (1898-1984), Prix Nobel de littérature en 1977, est le grand métaphysicien de la Génération de 27. Sa poésie est une quête de l'unité perdue entre l'homme et le cosmos. Dans ses premières œuvres (La Destruction ou l'Amour), il explore un surréalisme tellurique où l'amour est une force de destruction nécessaire pour fusionner avec la nature. Plus tard, sa poésie devient plus humaine et solidaire, se penchant sur la condition de l'homme et le mystère de la vieillesse. Resté en Espagne (« exilé de l'intérieur ») après la Guerre Civile pour des raisons de santé, il devint le guide spirituel des jeunes générations de poètes.



Bibliographie


  • Aleixandre, Vicente, La Destruction ou l'Amour, trad. par Roger Noël-Mayer, Gallimard, coll. « Poésie », 1975.
  • Aleixandre, Vicente, Ombre de Paradis, trad. par Claude Esteban, Gallimard, 1980.
  • Aleixandre, Vicente, Poèmes de la consommation, trad. par Jean-Baptiste Para, Éditions de la Différence, 1991.
  • Bousoño, Carlos, La poesía de Vicente Aleixandre, Gredos, Madrid, 1968.




La Génération de 27 est le nom donné à un groupe exceptionnel de poètes et d'artistes espagnols qui ont surgi sur la scène culturelle autour de l'année 1927. C'est sans doute l'apogée de la littérature espagnole du XXe siècle, souvent appelée l'« Âge d'Argent ».

Voici un zoom sur ce mouvement selon votre plan habituel.


Textes


1. Federico García Lorca - Gigue de la mort (Extrait de Poète à New York) « Le masque. Regardez le masque ! Comment il vient d'Afrique à New York. Ils sont partis les poivres, les petits cristaux et les lances. C'est le moment de la danse entre les gratte-ciel. Il n'y a pas d'autre chose que des têtes de mort et un ciel de soie noire pour les recouvrir. » https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Poete-a-New-York

2. Vicente Aleixandre - La valse (Extrait de Épées comme des lèvres) « Tu es la femme qui danse sous le lustre en cristal, parmi les baisers qui volent comme des oiseaux de nuit. Tout est faux : la musique, les robes, ton sourire. En dessous du parquet, il y a la mer qui gronde, il y a la terre qui attend ses amants de poussière. Dansons, car le monde va s'écrouler ce soir. » https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1255

3. Rafael Alberti - L'Ange des chiffres (Extrait de Sur les Anges) « Vierges avec des règles de craie et des compas, gardant les ardoises du ciel. Et l'ange des chiffres, pensif, sur un nuage, calculant la distance entre une larme et une étoile. On a perdu le chemin des fleurs, il ne reste que des équations de glace. » https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Sur-les-anges-suivi-de-Sermons-et-demeures

4. Luis Cernuda - Si l'homme pouvait dire (Extrait de La Réalité et le Désir) « Si l'homme pouvait dire ce qu'il aime, s'il pouvait lever son amour vers le ciel comme un nuage de lumière dans la nuit. Mais l'amour est une prison de silence, une ombre qui se cache derrière les regards, une liberté que l'on ne possède que dans le rêve. » https://www.editions-difference.fr/livre/la-realite-et-le-desir/

5. Pedro Salinas - La voix à toi due (Extrait) « Je ne te cherche pas dans les miroirs, ni dans les noms que l'on te donne. Je te cherche dans ce que tu es quand tu ne le sais pas, dans l'oubli de toi-même, dans le silence de tes mains. C'est là que je te trouve, nue et vraie, par-delà le monde et ses images. » https://www.poetes.com/salinas/voix.php


Présentation


La Génération de 27 tire son nom de l'hommage rendu à Madrid en décembre 1927 au poète baroque Luis de Góngora, pour le tricentenaire de sa mort. Ce groupe de jeunes intellectuels (Lorca, Alberti, Dalí, Buñuel, Aleixandre, etc.) se retrouve à la célèbre Résidence des Étudiants de Madrid.

Ce qui définit ce mouvement, c'est une volonté de synthèse :

  • Tradition et Modernité : Ils vénèrent les classiques du Siècle d'Or (Góngora, Garcilaso) tout en embrassant les avant-gardes européennes (surréalisme, futurisme).
  • Populaire et Savant : Ils réinventent le Romancero gitan ou les chansons de marins avec une technique poétique extrêmement raffinée.
  • L'Artiste Total : Le mouvement dépasse la littérature pour toucher la peinture (Salvador Dalí) et le cinéma (Luis Buñuel).

Leur destin est brisé par la Guerre Civile espagnole (1936) : Lorca est fusillé, tandis que la plupart des autres membres s'exilent (Alberti, Cernuda, Salinas), dispersant ainsi l'esprit de 27 à travers le monde.


Bibliographie


  • Aubrun, Charles-Vincent, La poésie espagnole des origines à nos jours, PUF, Paris, 1952.
  • Collectif, Anthologie de la poésie espagnole, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1994.
  • Esteban, Claude, Le partage des mots, Gallimard, Paris, 1990. (Sur la relation entre les poètes de 27).
  • Gibson, Ian, Federico García Lorca, Seuil, 1991. (Pour comprendre l'ambiance de la Résidence des Étudiants).