Le dépôt
227 - ZOOM SAPHO
Sapho, la « Dixième Muse », qui a inventé au VIIe siècle avant J.-C. le langage de la passion et du désir lyrique.
textes
- Ode à Aphrodite
Toi dont le trône est d'arc-en-ciel, immortelle Aphrodite, fille de Zeus, tisseuse de ruses, je t'en supplie, ne laisse pas, ô souveraine, les chagrins et les angoisses dompter mon cœur.
Mais viens ici, si jamais autrefois, entendant ma voix qui t'appelait de loin, tu m'as écoutée, et quittant la demeure de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d'or.
De beaux passereaux rapides t'emportaient sur la terre sombre, battant des ailes drues, du haut du ciel à travers le milieu de l'air.
Et toi, ô bienheureuse, souriant de ton visage immortel, tu me demandais ce que j'avais encore souffert, et pourquoi je t'appelais encore,
et ce que je désirais le plus dans mon âme folle : « Qui donc dois-je encore persuader de mener vers ton amour ? Qui donc, ô Sapho, te fait du mal ? »
https://fr.wikisource.org/wiki/Odes_de_Sapho/Ode_I
L'égale des dieux
Celui-là me semble l'égal des dieux, l'homme qui s'assoit en face de toi et qui écoute de près ta voix douce
et ton rire charmant ; cela, je le jure, a fait bondir mon cœur dans ma poitrine ; car si je te regarde un instant, je ne peux plus rien dire,
ma langue est brisée, un feu subtil a soudain couru sous ma peau, mes yeux ne voient plus rien, mes oreilles sont bourdonnantes,
une sueur glacée m'envahit, un tremblement me saisit tout entière, je suis plus verte que l'herbe, et je me sens presque mourante.
https://fr.wikisource.org/wiki/Odes_de_Sapho/Ode_II
Fragment 16 (Sur la beauté)
Les uns disent qu'une armée de cavaliers, les autres de fantassins, d'autres de navires, est ce qu'il y a de plus beau sur la terre noire ; moi je dis que c'est ce que l'on aime.
Et il est bien facile de faire comprendre cela à tout le monde ; car celle qui surpassait de loin tous les mortels en beauté, Hélène, abandonna son époux, le plus noble des hommes,
et s'en alla par mer vers Troie, sans plus se souvenir ni de sa fille, ni de ses parents chéris ; l'amour l'avait égarée.
https://www.leshommessansepaules.com/auteur-SAPHO-532-1-1-0-1.html
Fragment 31 (Le soir)
Étoile du soir, tu ramènes tout ce que l'aube brillante a dispersé : tu ramènes le mouton, tu ramènes la chèvre, tu ramènes l'enfant à sa mère.
La lune s'est couchée, les Pléiades aussi ; c'est le milieu de la nuit, l'heure passe, et moi, je couche seule.
L'Amour a secoué mon âme, comme le vent dans la montagne s'abat sur les chênes.
https://www.poetes.com/sapho/index.php
Fragment 94 (L'adieu)
Je voudrais vraiment être morte. Elle me quittait en pleurant beaucoup et elle me disait ceci : « Ah ! que nous avons souffert cruellement, Sapho ! je pars vraiment contre mon gré. »
Et je lui répondais ceci : « Va, sois heureuse, et souviens-toi de moi, car tu sais comme nous t'avons chérie.
Si tu l'oublies, moi je veux te rappeler nos heures belles et douces ; car auprès de moi, tu te couronnais de nombreuses guirlandes de roses. »
https://www.leshommessansepaules.com/auteur-SAPHO-532-1-1-0-1.html
présentation
Sapho (vers 630-570 av. J.-C.) est née sur l'île de Lesbos. Elle est la première voix féminine de la littérature occidentale et l'une des plus grandes poétesses de tous les temps. Platon la surnommait la « Dixième Muse ». Elle dirigeait à Mytilène un groupe de jeunes filles auxquelles elle enseignait la musique, la danse et la poésie, dans un cadre consacré au culte d'Aphrodite.
Son œuvre a presque totalement disparu lors de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie et sous l'effet des censures religieuses ultérieures ; il ne nous reste d'elle que des fragments, souvent sauvés par des citations d'autres auteurs antiques ou retrouvés sur des papyrus. Sapho a inventé une forme métrique particulière, la strophe saphique, et a déplacé le centre de la poésie du champ de bataille (Homère) vers l'intimité, le trouble du corps et la vérité du sentiment amoureux.
bibliographie
- Sapho, Fragments, traduction d'Édith Mora, Flammarion, collection Documents, 1966.
- Sapho, Poèmes et Fragments, traduction de Renée Vivien, à l'Enseigne du Pot cassé, 1934 (rééd. ErosOnyx, 2015).
- Yourcenar, Marguerite, La Couronne et la Lyre, Gallimard, collection Poésie, 1979.
- Mora, Édith, Sapho, Seghers, collection Poètes d'aujourd'hui, 1966.
- Meillier, Claude, Sapho et le monstre, l'anthropophagie dans la poésie archaïque, Les Belles Lettres, 1980.