Le dépôt
480 - ZOOM PLANTES ET FLEURS
POÈMES
Mary Oliver – The Wild Geese (extrait sur les fleurs sauvages) You do not have to be good. You do not have to walk on your knees for a hundred miles through the desert, repenting. You only have to let the soft animal of your body love what it loves. Tell me about despair, yours, and I will tell you mine. Meanwhile the world goes on. Meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain are moving across the landscapes, over the prairies and the deep trees, the mountains and the rivers. Meanwhile the wild geese, high in the clean blue air, are heading home again. Whoever you are, no matter how lonely, the world offers itself to your imagination, it calls to you like the wild geese, harsh and exciting — over and over announcing your place in the family of things.
Les coquelicots, les bleuets, les marguerites, et les herbes folles qui dansent dans le vent, ne vous demandent pas d’être parfait. Vous n’avez pas à marcher à genoux cent miles dans le désert, en vous repentant. Vous n’avez qu’à laisser l’animal doux de votre corps aimer ce qu’il aime. Parlez-moi de votre désespoir, et je vous parlerai du mien. Pendant ce temps, le monde continue. Pendant ce temps, le soleil et les cailloux clairs de la pluie traversent les paysages, les prairies et les arbres profonds, les montagnes et les rivières. Pendant ce temps, les coquelicots sauvages, sous le ciel bleu, s’inclinent encore. Qui que vous soyez, peu importe votre solitude, le monde s’offre à votre imagination, il vous appelle comme les coquelicots, tendres et excitants — encore et encore, annonçant votre place dans la famille des choses.
Pablo Neruda – Ode à la Tomate La rue se remplit de tomates, le midi, l’été, la lumière se casse en deux moitiés de tomate, la rue ruisselle de jus, de tomate.
La rue se remplit de tomates, midi, été, la lumière se brise en deux moitiés de tomate, la rue ruisselle de jus, de tomate.
Wisława Szymborska – Conversation avec une Pierre Je frappe à la porte de la pierre. — C’est moi, laissez-moi entrer. Je veux entrer dans votre intérieur, regarder de près ce qui se cache en vous, et respirer mon souffle dans votre souffle. — Allez-vous-en, dit la pierre. Je suis fermée même à moi-même, même mes fissures sont fermées. Même les grains de sable ne savent pas ce que je cache à l’intérieur.
Je frappe à la porte de la fleur. — C’est moi, laissez-moi entrer. Je veux entrer dans votre intérieur, voir de près ce que vous cachez, et respirer mon souffle dans votre parfum. — Entre, dit la fleur. Je suis ouverte à la lumière, mes pétales sont des portes, mes étamines sont des ponts. Je suis une maison pour les abeilles, un festin pour les papillons.
Ted Hughes – Daffodils Remember how we picked the daffodils? Nobody ever knew how, but we did. Your hands in the cold earth, parting the Blades of grass, your face averted, Concentrating, while your fingers felt For the swollen buds, the first shoots, The tight-wrapped secrets. Then the sharp tug, The gasp, the root’s white dangle, The slow unpeeling, the final prize Of golden light.
Souviens-toi comme nous avons cueilli les jonquilles ? Personne ne savait comment, mais nous l’avons fait. Tes mains dans la terre froide, écartant Les brins d’herbe, ton visage détourné, Concentré, tandis que tes doigts cherchaient Les bourgeons gonflés, les premières pousses, Les secrets bien enveloppés. Puis la secousse nette, Le souffle coupé, les racines blanches qui pendent, Le lent épluchage, le prix final De lumière dorée.
Marie-Claire Bancquart – Les Fleurs du Malheur Les fleurs du malheur ne sont pas des roses. Elles poussent dans les fissures des trottoirs, leurs pétales sont des lambeaux de nuit, leurs tiges, des fils de fer rouillés.
Elles ne sentent pas le miel, mais l’odeur âcre des villes, le goudron chaud, la sueur des usines. Elles sont les fleurs des sans-logis, des sans-papiers, des sans-espoir.
Elles ne fanent jamais. Elles résistent aux gelées, aux regards méprisants, aux semelles qui les écrasent.
Elles sont la beauté des laissés-pour-compte, la poésie des oubliés, la lumière des invisibles.
Les fleurs du malheur ne sont pas des roses. Elles poussent dans les fissures des trottoirs, leurs pétales sont des lambeaux de nuit, leurs tiges, des fils de fer rouillés.
PRÉSENTATION
Les plantes et les fleurs occupent une place centrale dans la poésie contemporaine, où elles deviennent des symboles de résilience, de beauté éphémère, de résistance ou de connexion avec la nature. Les poèmes sélectionnés ici illustrent la diversité des approches littéraires face au règne végétal : Mary Oliver y explore la liberté et la place de l’humain dans la nature, Pablo Neruda célèbre la simplicité et la sensualité des légumes, Wisława Szymborska aborde la fermeture et l’ouverture à travers le dialogue avec une pierre et une fleur, Ted Hughes capture la magie de la cueillette et la lumière des jonquilles, tandis que Marie-Claire Bancquart évoque la beauté des fleurs marginales, symboles de résistance et de dignité.
Les plantes et les fleurs, en poésie contemporaine, sont souvent utilisées pour aborder des thèmes universels comme la fragilité, la persévérance, la beauté cachée ou la connexion entre l’humain et la nature. Elles permettent aux poètes de questionner la condition humaine, de célébrer la vie ou de dénoncer les injustices sociales. Les végétaux deviennent ainsi des miroirs des émotions humaines, des témoins silencieux ou des acteurs de récits poétiques.
BIBLIOGRAPHIE
- Mary Oliver, Dream Work, Atlantic Monthly Press, 1986.
- Pablo Neruda, Odas Elementales, Editorial Losada, 1954.
- Wisława Szymborska, View with a Grain of Sand, Harcourt Brace, 1996.
- Ted Hughes, Season Songs, Faber and Faber, 1976.
- Marie-Claire Bancquart, Opus 11, Éditions Flammarion, 1982.