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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

478 - ZOOM ANIMAUX

POÈMES CONTEMPORAINS


Mary Oliver – The Swan (Le Cygne) Do you bow your head when you pray or do you look up into that blue space? Take your choice, prayers fly from all directions. And don’t worry about what language you use, God no doubt understands them all. Even when the swan, afloat on the pond, speaks only in silence, God is listening.

La penchez-vous, votre tête, quand vous priez, ou regardez-vous vers cet espace bleu ? À vous de choisir, les prières s’envolent dans toutes les directions. Et ne vous inquiétez pas de la langue que vous utilisez, Dieu les comprend sans doute toutes. Même quand le cygne, flottant sur l’étang, ne parle que par le silence, Dieu écoute.

(Lien vers le poème complet)


Pablo Neruda – Oda al Gato (Ode au Chat) Los animales fueron imperfectos, largos de cola, tristes de cabeza. Poco a poco se fueron componiendo, haciéndose paisaje, adquiriendo lunares, gracia, vuelo. El gato, solo el gato apareció completo y orgulloso: nació completamente terminado, camina solo y sabe lo que quiere.

Les animaux furent imparfaits, longs de queue, tristes de tête. Peu à peu ils se sont composés, devenant paysage, acquérant des taches, de la grâce, du vol. Le chat, seul le chat apparut complet et fier : il naquit entièrement terminé, il marche seul et sait ce qu’il veut.

(Lien vers le poème complet)


Wisława Szymborska – Le Chat dans un Appartement Vide Meurt – on ne peut pas faire autrement. Mais pourquoi juste lui ? Chaque stupeur est unique, l’incompréhensibilité du monde ne se répète jamais.

Il meurt – on ne peut faire autrement. Mais pourquoi lui, juste lui ? Chaque stupeur est unique, l’incompréhensibilité du monde ne se répète jamais.

(Lien vers le poème complet)



Ted Hughes – The Jaguar (Le Jaguar) The jaguar hurries on, as though a doctor Bent over him, putting a stethoscope To his chest. The crowd holds its breath. The jaguar’s hurrying power is a mountain Of blackness that flattens the sight to a spark.

Le jaguar se hâte, comme si un médecin Se penchait sur lui, posant un stéthoscope Sur sa poitrine. La foule retient son souffle. La puissance pressée du jaguar est une montagne De noirceur qui aplatit la vue en une étincelle.

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Marie-Claire Bancquart – Le Cheval Le cheval, dans la nuit, hennit. Son hennissement déchire l’ombre, et la lune, pâle, s’accroche à sa crinière. Il court, il court, il est la nuit même, il est le vent qui souffle dans les branches, il est le souffle du monde.

Le cheval, dans la nuit, hennit. Son hennissement déchire l’ombre, et la lune, pâle, s’accroche à sa crinière. Il court, il court, il est la nuit même, il est le vent qui souffle dans les branches, il est le souffle du monde.

(Lien vers le poème complet)


PRÉSENTATION

Les animaux occupent une place centrale dans la poésie contemporaine, où ils deviennent des symboles, des métaphores ou des personnages à part entière. Les poèmes sélectionnés ici illustrent la diversité des approches littéraires face au règne animal : Mary Oliver y explore la spiritualité et le silence, Pablo Neruda célèbre la perfection et l’autonomie du chat, Wisława Szymborska aborde la mort et l’absence à travers le regard d’un chat, Ted Hughes capture la puissance sauvage et la tension entre l’animal et le spectateur, tandis que Marie-Claire Bancquart évoque la liberté et la force vitale du cheval.

Les animaux, en poésie contemporaine, sont souvent utilisés pour aborder des thèmes universels comme la solitude, la liberté, la mort, la résilience ou la beauté. Ils permettent aux poètes de questionner la condition humaine, de critiquer les abus de pouvoir ou de célébrer la nature. Les animaux deviennent ainsi des miroirs des émotions humaines, des témoins silencieux ou des acteurs de récits poétiques.

BIBLIOGRAPHIE

  • Mary Oliver, New and Selected Poems, Beacon Press, 1992.
  • Pablo Neruda, Odas Elementales, Editorial Losada, 1954.
  • Wisława Szymborska, View with a Grain of Sand, Harcourt Brace, 1996.
  • Ted Hughes, The Hawk in the Rain, Faber and Faber, 1957.
  • Marie-Claire Bancquart, Opus 11, Éditions Flammarion, 1982.









POÈMES ANCIENS


Le Corbeau et le Renard – Jean de La Fontaine


Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l’odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. » À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard se saisit du fromage. « Eh bien ! lui dit-il, mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l’écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. » Le Corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

(Lien vers le poème complet)



**Le Chat – Charles Baudelaire


Dans ma cervelle se promène, Ainsi qu’en son propre domaine, Un beau chat, fort, doux et charmant. Quand il miaule, on l’entend à peine, Tant son timbre est tendre et flatteur ; Mais sa voix s’aigrit et s’éraille Quand commence son temps d’amour.

Les plus fiers animaux, les plus fiers et les plus forts, Comme les lions ou les tigres, Deviennent doux comme des agneaux Sous la main des femmes qui les caressent. L’homme a souvent besoin d’un plus petit que soi. Protéger en fait la douceur.

(Lien vers le poème complet)



**Le Buffle – Rudyard Kipling (traduction française)


C’est là, dans la jungle profonde, Où la lumière ne pénètre pas, Que le buffle, lourd et morose, Rumine en paix son repas.

Il n’a pas la grâce du cerf, Ni la rapidité du tigre, Mais il a la force tranquille, Qui fait trembler les plus agiles.

(Lien vers le poème complet en anglais)




**L’Albatros – Charles Baudelaire


Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! L’un agace son bec avec un brûle-gueule, L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

(Lien vers le poème complet)




**Le Loup et l’Agneau – Jean de La Fontaine


La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l’allons montrer tout à l’heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d’une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. — Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu’elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ; Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. — Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l’an passé. — Comment l’aurais-je pu faire ? Je n’étais pas alors né. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. — Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens : Car vous ne m’épargnez guères, Vous, vos berger, et vos chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge. Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l’emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

(Lien vers le poème complet)



PRÉSENTATION


Les animaux occupent une place centrale dans la poésie, souvent utilisés comme symboles, métaphores ou personnages à part entière. Les poèmes sélectionnés ici illustrent la diversité des approches littéraires face au règne animal : La Fontaine en fait des acteurs de fables morales, Baudelaire y explore la dualité entre beauté et souffrance, tandis que Kipling célèbre la force tranquille et la majesté des bêtes sauvages.

Les animaux, en poésie, sont souvent le miroir des émotions humaines, des travers sociaux ou des questionnements métaphysiques. Ils permettent d’aborder des thèmes universels comme la liberté, la domination, la fragilité ou la résilience. Les poètes utilisent les animaux pour évoquer la nature, la condition humaine, ou encore pour critiquer les abus de pouvoir et les injustices.



BIBLIOGRAPHIE


  • Jean de La Fontaine, Fables, Éditions Gallimard, 1668-1694.
  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Éditions Gallimard, 1857.
  • Rudyard Kipling, The Jungle Book, Éditions Macmillan, 1894.