Le dépôt
482 - ZOOM VAILLANT-COUTURIER
Paul Vaillant-Couturier, La Guerre
Des cadavres de fer dans des linceuls de boue Et le cri des métaux qui déchirent le ciel Le monde est une roue où la mort se secoue En versant sur nos fronts son breuvage de fiel Nous marchons dans la nuit vers un but invisible Sous la pluie de l'acier et le vent du canon Le malheur est présent et l'horreur est lisible Sur les visages nus qui n'ont plus de nom On a mis dans nos mains une arme de misère Pour tuer des enfants qui nous ressemblent tant Et nous creusons ainsi notre propre litière Dans le sang de la terre et le deuil du couchant.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f92.item
Paul Vaillant-Couturier, Pain blanc
Il viendra le temps de la grande espérance Où chaque homme aura droit à sa part de clarté Nous briserons enfin les murs de la souffrance Pour bâtir la cité de la fraternité Le pain sera plus blanc et la terre plus libre Sous les doigts du travail qui ne sera plus peur On entendra partout un nouveau genre de fibre Faire chanter la vie au milieu du labeur Les enfants de demain ne sauront plus la guerre Ils riront au soleil sans crainte du canon Et nous ferons enfin de notre vieille terre Un jardin de bonheur qui portera leur nom.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440632v/f45.item
Paul Vaillant-Couturier, L'Usine
La bête de métal respire dans le soir Elle avale les corps et recrache la nuit On voit briller au loin le reflet du charbon noir Et l'on entend monter un immense bruit Les hommes sont des points dans la vapeur de soufre Ils luttent contre l'ombre et le poids du destin Et chaque jour qui passe est un nouveau gouffre Où l'on perd sa jeunesse en cherchant le matin Mais le fer qui nous lie et qui nous emprisonne Sera demain l'acier de notre liberté Quand la voix du réveil enfin nous emprisonne Pour marcher ensemble vers la vérité.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440632v/f12.item
Paul Vaillant-Couturier, Le Chant du Travail
Ma main est une force et mon cœur est un cri Je forge le futur dans l'ardeur du brasier Le monde que je veux n'est pas un monde gris Mais un champ de lumière et un ciel de laurier Le marteau sur l'enclume écrit notre victoire Et la faux dans le blé prépare le festin Nous ne voulons plus être les jouets de l'histoire Mais les maîtres joyeux de notre propre destin Travaillez mes amis car l'heure est à la fête Le fruit de notre peine appartient à nos mains Et déjà le soleil qui se lève sur la tête Annonce le repos des nouveaux lendemains.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440632v/f28.item
Paul Vaillant-Couturier, Aux Enfants de demain
Ne pleurez pas sur nous et sur notre misère Nous avons fait le pont pour vous mener plus loin Nous avons accepté la boue et la poussière Pour que vous puissiez vivre au milieu du foin Gardez en votre cœur le souvenir des luttes Et le nom de ceux-là qui sont tombés pour vous Ne laissez plus jamais de nouvelles chutes Reverser la fureur des maîtres parmi nous Soyez fiers et soyez libres comme le vent du large Regardez l'horizon avec des yeux d'espoir La vie est devant vous ainsi qu'une belle charge Que vous porterez haut dans l'éclat du soir.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f98.item
Présentation
Paul Vaillant-Couturier incarne la figure du poète engagé du début du vingtième siècle, mêlant indissociablement l'action politique à la création littéraire. Survivant de la Première Guerre mondiale, cette expérience traumatique devient le moteur de son écriture, marquée par un pacifisme radical et une volonté de justice sociale. Fondateur du mouvement de l'Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires, il met sa plume au service de l'idéal communiste et de la cause ouvrière. Sa poésie se veut directe, accessible et porteuse d'un lyrisme de combat qui célèbre le travail et l'espoir d'un monde nouveau. Journaliste brillant et député, il utilise le verbe comme une arme pour dénoncer l'oppression et chanter la fraternité universelle. Son œuvre, bien qu'ancrée dans son époque, demeure un témoignage puissant sur la capacité de la poésie à se faire l'écho des souffrances et des aspirations collectives.
Bibliographie
Vaillant-Couturier, Paul, La Guerre des soldats, Flammarion, Paris, 1919. Vaillant-Couturier, Paul, Lettres à mes amis, Flammarion, Paris, 1920. Vaillant-Couturier, Paul, Le Malheur d'être jeune, Nouvelles Éditions Internationales, Paris, 1935. Vaillant-Couturier, Paul, Enfance d'un ouvrier, Éditions Sociales Internationales, Paris, 1937. Vaillant-Couturier, Paul, Poèmes, Éditions de la Revue Commune, Paris, 1938.