Le dépôt
487 - ZOOM OLIVER
Wild Geese
Texte original : You do not have to be good. You do not have to walk on your knees for a hundred miles through the desert, repenting. You only have to let the soft animal of your body love what it loves. Tell me about despair, yours, and I will tell you mine. Meanwhile the world goes on. Meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain are moving across the landscapes, over the prairies and the deep trees, the mountains and the rivers. Meanwhile the wild geese, high in the clean blue air, are heading home again. Whoever you are, no matter how lonely, the world offers itself to your imagination, it calls to you like the wild geese, harsh and exciting — over and over announcing your place in the family of things.
Traduction française : Vous n’avez pas à être bon. Vous n’avez pas à marcher à genoux cent miles dans le désert, en vous repentant. Vous n’avez qu’à laisser l’animal doux de votre corps aimer ce qu’il aime. Parlez-moi de votre désespoir, et je vous parlerai du mien. Pendant ce temps, le monde continue. Pendant ce temps, le soleil et les cailloux clairs de la pluie traversent les paysages, les prairies et les arbres profonds, les montagnes et les rivières. Pendant ce temps, les oies sauvages, haut dans le ciel bleu pur, rentrent à la maison. Qui que vous soyez, peu importe votre solitude, le monde s’offre à votre imagination, il vous appelle comme les oies sauvages, âpres et excitants — encore et encore annonçant votre place dans la famille des choses.
Source :
- Poetry Foundation - Wild Geese
- Traduction française inspirée des recueils bilingues de Mary Oliver, notamment Devotions: The Selected Poems of Mary Oliver, Penguin Press, 2017.
The Swan
Texte original : And did you feel it, the way the air grew still just before it began, and the river, how it stopped for an instant before turning into something else? And did you feel the way your own heart climbed into your throat, and rested there, swelling, as the swan, all white feathers and curved neck, rose, and rose, and rose out of the water?
Traduction française : Et l’avez-vous senti, la façon dont l’air devint immobile juste avant que cela ne commence, et la rivière, comment elle s’arrêta un instant avant de se transformer en autre chose ? Et l’avez-vous senti, la façon dont votre propre cœur monta dans votre gorge, et s’y posa, gonflé, tandis que le cygne, toutes plumes blanches et cou courbé, s’élevait, s’élevait, s’élevait hors de l’eau ?
Source :
- Poetry Foundation - The Swan
- Traduction française adaptée des recueils de Mary Oliver, notamment Dream Work, Atlantic Monthly Press, 1986.
The Summer Day
Texte original : Who made the world? Who made the swan, and the black bear? Who made the grasshopper? This grasshopper, I mean— the one who has flung herself out of the grass, the one who is eating sugar out of my hand, who is moving her jaws back and forth instead of up and down— who is gazing around with her enormous and complicated eyes. Now she lifts her pale forearms and thoroughly washes her face. Now she snaps her wings open, and floats away. I don’t know exactly what a prayer is. I do know how to pay attention, how to fall down into the grass, how to kneel down in the grass, how to be idle and blessed, how to stroll through the fields, which is what I have been doing all day. Tell me, what else should I have done? Doesn’t everything die at last, and too soon? Tell me, what is it you plan to do with your one wild and precious life?
Traduction française : Qui a fait le monde ? Qui a fait le cygne, et l’ours noir ? Qui a fait la sauterelle ? Cette sauterelle, je veux dire — celle qui s’est élancée hors de l’herbe, celle qui mange du sucre dans ma main, qui bouge ses mâchoires d’avant en arrière au lieu de haut en bas — qui regarde autour d’elle avec ses yeux énormes et compliqués. Maintenant, elle lève ses avant-bras pâles et se lave soigneusement le visage. Maintenant, elle déploie ses ailes et s’envole. Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière. Je sais comment prêter attention, comment tomber dans l’herbe, comment m’agenouiller dans l’herbe, comment être oisif et béni, comment flâner à travers les champs, ce que j’ai fait toute la journée. Dites-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre ? Tout ne meurt-il pas, à la fin, et trop tôt ? Dites-moi, que comptez-vous faire de votre vie, unique, sauvage et précieuse ?
Source :
- Poetry Foundation - The Summer Day
- Traduction française adaptée de New and Selected Poems, Beacon Press, 1992.
The Ponds (Les étangs)
Texte original : Every year the lilies are so perfect I can hardly believe
their lapped light crowding the black, mid-summer ponds. I want to climb in there and float,
among the flowers and their paddles. The light though: there is so much light! I can’t take my eyes from it. The sun is pouring in everywhere,
and the trees are shimmering. This might be a day I could live forever. This might be a day I could skip death entirely.
Traduction française : Chaque année, les nénuphars sont si parfaits que j’ai du mal à y croire, leur lumière lapée encombrant le noir, les étangs de mi-été. J’ai envie d’y grimper et de flotter, parmi les fleurs et leurs pagaies. La lumière, pourtant : il y a tant de lumière ! Je ne peux en détourner les yeux. Le soleil se déverse partout, et les arbres scintillent. Ce pourrait être un jour où je pourrais vivre éternellement. Ce pourrait être un jour où je pourrais sauter la mort entièrement.
Source :
- Poetry Foundation - The Ponds
- Traduction française adaptée de Dream Work, Atlantic Monthly Press, 1986.
Peonies (Pivoines)
Texte original : This morning the green fists of the peonies are getting ready to break my heart as the sun rises, as the sun strokes them with his old, buttery fingers
and they open — pool of light, stamens shivering, anthers shivering,
and the fragrance in the garden stirs.
Traduction française : Ce matin, les poings verts des pivoines se préparent à briser mon cœur au lever du soleil, alors que le soleil les caresse de ses vieux doigts beurrés et elles s’ouvrent — bassin de lumière, étamines tremblantes, anthères tremblantes, et le parfum dans le jardin s’agite.
Source :
- Poetry Foundation - Peonies
- Traduction française adaptée de New and Selected Poems, Beacon Press, 1992.
PRÉSENTATION
Mary Oliver, née le 10 septembre 1935 à Maple Heights (Ohio) et décédée le 17 janvier 2019 à Hobe Sound (Floride), est une poétesse américaine parmi les plus aimées et les plus lues de sa génération. Son œuvre, marquée par une profonde connexion avec la nature, explore des thèmes universels comme la beauté, la spiritualité, la mort, et la quête de sens. Oliver a passé une grande partie de sa vie à observer et à célébrer le monde naturel, notamment dans les paysages de la Nouvelle-Angleterre, où elle a vécu pendant de nombreuses années.
Son style poétique, à la fois accessible et profond, se caractérise par une simplicité apparente, une attention minutieuse aux détails, et une capacité à capturer l’émerveillement devant les petites choses de la vie. Elle utilise souvent des images tirées de la nature pour aborder des questions existentielles, invitant le lecteur à une contemplation méditative et à une reconnexion avec le monde qui l’entoure. Ses poèmes, comme Wild Geese ou The Summer Day, sont devenus des classiques de la poésie contemporaine, appréciés pour leur clarté, leur émotion et leur sagesse.
Mary Oliver a reçu de nombreux prix, dont le National Book Award et le Pulitzer Prize for Poetry. Son œuvre, qui compte plus de vingt recueils de poésie, est souvent décrite comme une célébration de la vie et une invitation à vivre pleinement, avec attention et gratitude. Elle a également écrit des essais, notamment A Poetry Handbook et Upstream, où elle partage ses réflexions sur l’écriture, la nature et la créativité.
BIBLIOGRAPHIE
- Mary Oliver, New and Selected Poems, Beacon Press, 1992.
- Mary Oliver, Dream Work, Atlantic Monthly Press, 1986.
- Mary Oliver, A Poetry Handbook, Harcourt Brace, 1994.
- Mary Oliver, Upstream: Selected Essays, Penguin Press, 2016.
- Mary Oliver, Devotions: The Selected Poems of Mary Oliver, Penguin Press, 2017.