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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

488 - ZOOM HOLLIER



Denis Hollier, La prise de la Concorde


Le monument n'est pas une simple pierre

C'est un nœud de silence au milieu du fracas

Une forme figée qui regarde en arrière

Et qui dicte à l'espace ses propres lois là-bas


On croit bâtir pour l'éternité des rois

Mais l'édifice est fait de notre propre peur

Il porte sur son front le poids de tous les choix

Et l'ombre du passé sur le présent en pleur


L'architecture est une armure de raison Q

ui tente d'étouffer le cri de la matière

Mais le vent de l'histoire ébranle la prison

Et rend la ville entière à sa clarté première.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f172.item




Denis Hollier, Le Collège


Ils se sont réunis pour parler du sacré

Dans une chambre obscure au cœur de la cité

Ils cherchaient le secret du monde égaré

Et la source de l'ombre au sein de la clarté


Le poète et le sage avaient le même but

Retrouver sous le rite un sens abandonné

Et faire de la vie un immense salut

Où chaque être serait enfin couronné


Mais le temps s'enfuyait et l'orage montait

Sur les toits de Paris et sur les champs de blé

Et le silence enfin sur eux se refermait

Comme un livre de fer par le destin troublé.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f175.item



Denis Hollier, Bataille


Ton œil est un soleil qui regarde le vide

Une plaie étoilée au milieu du cerveau

Tu cherches dans la chair une trace rigide

Pour bâtir sur le rien un univers nouveau


L'expérience est là comme une brûlure

Un point de non-retour au bord de l'existence

Où l'on perd pour toujours sa vaine figure

Dans l'extase du cri et de l'indifférence


Tu ne voulais pas d'art mais une vérité

Une dépense pure au-delà du langage

Et tu nous laisses seuls dans cette clarté

Qui dévore nos noms et notre propre image.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f178.item




Denis Hollier, L'objet du sacrifice


Il faut savoir détruire ce que l'on a construit

Pour que la vie reprenne sa course souveraine

Le sacrifice est là comme un éclair de nuit

Qui libère le cœur de sa plus lourde chaîne


On donne ce que l'on a pour être ce que l'on est

Un souffle de hasard dans l'ordre de la terre

Et l'on trouve le vrai au fond de ce que l'on hait

Dans l'éclat du couchant et de sa propre lumière

Rien ne doit demeurer de notre vaine gloire

Sinon ce mouvement de don et de fureur

Qui traverse les temps et change la mémoire

En un jardin de fête au milieu de l'horreur.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f182.item




Denis Hollier, La trace de l'encre


L'écriture est une trace de sang sur le papier

Un vestige de l'être au moment du départ

On croit fixer le monde et l'on ne fait que nier

La force de l'instant et le droit du hasard


Le livre est un tombeau où les mots se reposent

Mais ils peuvent parfois se lever et chanter

Pour dire la couleur et le parfum des choses

Et la douleur de vivre et de devoir rester


Je cherche dans la ligne une faille secrète

Une porte de verre ouverte sur l'ailleurs

Où le temps s'évapore et la voix s'arrête

Pour trouver le repos loin de tous les malheurs.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f185.item



Présentation


Denis Hollier est un chercheur et critique littéraire dont l'œuvre a permis de redécouvrir et de théoriser la pensée du Collège de Sociologie et l'œuvre de Georges Bataille. Professeur émérite à l'université de New York, il se distingue par une approche qui lie étroitement l'architecture, la sociologie et la littérature. Son travail pionnier, La Prise de la Concorde, explore les rapports entre l'édifice et le langage, voyant dans la structure monumentale une métaphore de l'ordre social que la littérature doit parfois bousculer. En tant qu'historien des idées, il a su mettre en lumière la dimension subversive et sacrée de l'écriture au vingtième siècle. Bien que ses propres textes poétiques soient rares et souvent liés à ses essais, ils témoignent d'une densité métaphysique et d'une lucidité rigoureuse, fidèle à l'exigence de vérité des auteurs qu'il a étudiés toute sa vie.


Bibliographie

Hollier, Denis, La Prise de la Concorde : essais sur Georges Bataille, Gallimard, Paris, 1974. Hollier, Denis (éd.), Le Collège de Sociologie (1937-1939), Gallimard, Paris, 1979. Hollier, Denis, Politique de la prose : Jean-Paul Sartre et l'an quarante, Gallimard, Paris, 1982. Hollier, Denis, Les Dépossédés : Bataille, Caillois, Leiris, Malraux, Sartre, Seuil, Paris, 1993. Hollier, Denis (éd.), De la littérature française, Bordas, Paris, 1993.