Le dépôt
497 - ZOOM ORIZET
POÈMES
Le Temps des cerises Quand nous chanterons le temps des cerises, Et gai rossignol et merle moqueur Seront tous en fête ! Les belles auront la folie en tête, Et les amoureux du soleil au cœur. Quand nous chanterons le temps des cerises, Sifflera bien mieux le merle moqueur !
Mais il est bien court, le temps des cerises, Où l’on s’en va deux, cueillir en rêvant Des pendants d’oreilles… Cerises d’amour aux robes pareilles, Tombant sous la feuille en gouttes de sang… Mais il est bien court, le temps des cerises, Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !
Quand vous en serez au temps des cerises, Si vous avez peur des chagrins d’amour, Évitez les belles ! Moi qui ne crains pas les peines cruelles, Je ne vivrai pas sans souffrir un jour… Quand vous en serez au temps des cerises, Vous aurez aussi des peines d’amour !
J’aimerai toujours le temps des cerises : C’est de ce temps-là que je garde au cœur Une plaie ouverte ! Et Dame Fortune, en m’étant offerte, Ne pourra jamais calmer ma douleur… J’aimerai toujours le temps des cerises Et le souvenir que je garde au cœur !
La Chanson du mal-aimé De son amour elle a fait une idole Et l’adore, jour et nuit, dans son cœur solitaire. Mais son amour est un feu qui la dévore, Un feu sans flamme et sans lumière.
Elle a cru qu’il l’aimait, elle a cru à ses serments, À ses baisers, à ses caresses mensongères. Mais il n’était qu’un jeu pour ses yeux brillants, Un jeu cruel, un jeu passager.
Maintenant, elle est seule avec son amour mort, Seule avec son rêve évanoui, son espoir trahi. Et dans la nuit, elle écoute, le cœur gros, Le rire amer de ceux qui l’ont trahie.
Les Yeux d’Elsa Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire J’ai vu tous les soleils y venir se mirer S’y jeter à mourir tous les désirs des hommes Tes yeux sont mes conducteurs de lumières Qui font danser les ombres colorées Sur les murs de mon corps heureux Tes yeux sont la mer où je me noie Tes yeux sont le feu où je me brûle Tes yeux sont la terre où je m’enterre Et je renais chaque fois que tu les ouvres.
Le Pont Mirabeau Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l’onde si lasse
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure
L’amour s’en va comme cette eau courante L’amour s’en va Comme la vie est lente Et comme l’Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure
Note : Le poème "Le Pont Mirabeau" est de Guillaume Apollinaire, mais Jean Orizet en a souvent fait des analyses et des commentaires dans ses ouvrages critiques.
La Rose et le Vin La rose était si belle au jardin de mon père Qu’elle en avait oublié le nom qu’on lui donna. Le vent du nord un soir l’a brisée sur la terre, Et le jardin est vide où la rose n’est plus.
Mais le vin de ce pays, doré comme ses cheveux, Garde en son cœur de feu la saveur de ses rêves. Quand je bois à longs traits ce vin doux et nerveux, Je sens en moi vivante une rose qui s’élève.
PRÉSENTATION
Jean Orizet, né le 15 mars 1937 à Paris, est un poète, romancier, essayiste et critique littéraire français. Il est surtout connu pour son œuvre poétique riche et variée, ainsi que pour ses nombreux essais sur la poésie française. Orizet a étudié à la Sorbonne et a été professeur de lettres avant de se consacrer pleinement à l’écriture.
Son œuvre poétique est marquée par une grande sensibilité, une recherche de la beauté dans les détails du quotidien, et une profonde réflexion sur l’amour, le temps et la mémoire. Il est également un spécialiste reconnu de la poésie française du XIXe et XXe siècles, ayant écrit plusieurs essais sur des poètes comme Baudelaire, Verlaine, Apollinaire et Aragon.
Jean Orizet a reçu plusieurs prix littéraires, dont le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 2008 pour l’ensemble de son œuvre. Il est membre de l’Académie Mallarmé et a été président de la Société des Poètes Français.
Son style se caractérise par une langue élégante et précise, une grande musicalité, et une capacité à mêler émotion et réflexion. Orizet explore souvent des thèmes comme la fugacité du temps, la nostalgie, et la quête de sens dans un monde en constante évolution.
BIBLIOGRAPHIE
- Jean Orizet, Les Chemins du silence, Éditions Seghers, 1971.
- Jean Orizet, La Lumière des mots, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1982.
- Jean Orizet, Le Temps incalculable, Éditions Gallimard, 1995.
- Jean Orizet, L’Ombre et la Lumière, Éditions Le Cherche Midi, 2005.
- Jean Orizet, Les Mots du temps, Éditions de Fallois, 2012.