Le dépôt
491 - ZOOM L'ANSELME
Jean l'Anselme, La naissance du monde
Au commencement il n'y avait rien pas même un petit morceau de pain pas même une miette de poussière pour faire la terre entière. Dieu s'ennuyait dans son coin il a frotté ses mains avec soin et de l'étincelle est né le soleil qui nous sort chaque jour du sommeil. Puis il a fait les arbres et les fleurs pour mettre un peu de couleur et les oiseaux pour faire du bruit dans le grand silence de la nuit. Enfin il a fait l'homme avec de la boue et lui a donné une tape sur la joue en disant : Allez va mon petit débrouille-toi avec la vie.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f222.item
Jean l'Anselme, Le petit train de la vie
Le petit train de la vie roule sur des rails de pluie il traverse des gares de chagrin et des paysages de beau matin. Le conducteur est un aveugle qui ne sait pas où il va mais il siffle et il beugle pour faire croire qu'il est là. Les voyageurs sont des ombres qui lisent des journaux d'hier et qui comptent leurs décombres en attendant la fin de l'hiver. On descend tous à la fin sans avoir compris le voyage avec un peu de sable dans la main et de l'ombre sur le visage.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102831r/f160.item
Jean l'Anselme, Dialogue avec un caillou
Petit caillou sur le chemin pourquoi restes-tu là sans rien dire ? Est-ce que tu attends demain pour enfin te mettre à rire ? Le caillou m'a répondu avec une voix de silex : Je ne suis pas un être perdu ni un objet au destin complexe. Je suis simplement la pierre qui regarde passer les gens avec leur allure fière et leurs soucis exigeants. Moi je n'ai pas besoin d'espoir ni de chaussures ni de chapeau je m'endors chaque soir sous la caresse de l'eau.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3413144h/f165.item
Jean l'Anselme, L'inventaire du bonheur
Une paire de vieux souliers pour aller courir dans les bois. Un morceau de fromage d'ouvrier et un peu de vin pour la voix. Le rire d'une fille qui passe et qui ne reviendra jamais. Un rayon de soleil qui embrasse le sommet des genêts. Une chanson qui trotte en tête sans savoir d'où elle vient. Le repos après la tempête et la main d'un vieil ami qui tient. C'est tout ce qu'il faut sur la terre pour se croire un peu plus riche que le roi dans sa misère sous sa couronne d'affiche.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f228.item
Jean l'Anselme, Le testament du poète
Je laisse mon rire aux enfants pour qu'ils en fassent des ballons. Je laisse mes pleurs aux étangs pour faire boire les grillons. Mes mots je les jette au vent pour qu'ils s'envolent n'importe où. Mon cœur je le donne au vivant qui saura rester un peu fou. Ne me mettez pas dans un trou avec une pierre sur le nez. Laissez-moi courir le dégoût de ceux qui n'ont pas su aimer. Je m'en vais comme je suis venu avec une fleur à la boutonnière nu comme un ver et plus que nu dans la paix de la lumière entière.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1519725h/f232.item
Présentation
Jean l’Anselme, de son vrai nom Jean-Marc Minot, est un poète français dont l'œuvre se distingue par une simplicité désarmante et un refus constant du sérieux académique. Souvent associé à la poésie dite « naïve » ou à l'art brut littéraire, il cultive une langue proche de l'enfance et du quotidien pour dire les vérités les plus profondes sur la vie, la mort et le bonheur simple. Grand voyageur et animateur de revues, il a œuvré toute sa vie pour une poésie populaire, accessible à tous, loin des cercles intellectuels fermés. Son style, fait de vers libres ou de rimes faciles assumées, cache un regard lucide et parfois tendre sur la fragilité humaine. Proche de l'esprit de Raymond Queneau ou de Jacques Prévert, il a su créer un univers où le merveilleux naît de la banalité, faisant de lui l'un des "poètes de l'immédiat" les plus attachants du vingtième siècle.
Bibliographie
L'Anselme, Jean, Le Tambour de ville, Rougerie, Mortemart, 1948. L'Anselme, Jean, Histoire de l'adjudant, Seghers, Paris, 1953. L'Anselme, Jean, L'Enfant chéri de la victoire, Rougerie, Mortemart, 1961. L'Anselme, Jean, Anthologie de la poésie naïve, Stock, Paris, 1962. L'Anselme, Jean, La vie est une belle femme, Rougerie, Mortemart, 1980.