Le dépôt
546 GP - ZOOM BARBARANT
POÈMES
Chant de la Porte Saint-Martin (extrait) Pièces vides Fauteuils où dorment des fantômes Où ne s’asseyent plus que des souvenirs Il n’est pas possible que rien ne soit changé Le broc à eau inamovible sur la table de la cuisine Les journaux pêle-mêle dans le bac à revues Tout me toise Tout conspire à prétendre à votre nullité Votre départ comptant pour rien devant Le dur dédain des choses J’ai beau écrire que le jour n’a plus le droit de renaître ni de lancer Sa main pâle et livide à l’arête des toits Que les vitrines des cafés n’ont plus lieu d’être quand vos reflets n’y passent plus Source : Babelio
Extrait de "Ces instants de grâce dans l’éternité" Dans un monde qu’on crucifie reste l’amour de ce qui tremble Comme si la vie partout menacée trouvait refuge dans la chair Arbre ou fruit ou velours humain soie des pétales ou des paupières Tout ce qui vit réclame enfin sa fraternité de souffrance Pitié pour tout ce qui palpite Tambour d’un torse nu ou prairie sous la pluie Fugitives statues de muscle ou de feuillage corps qui passez quelle tendresse j’ai pour vous Source : Babelio
Les mots Les mots Choisis comme Des fleurs (quelques-unes parmi vous toutes, fleurs) Sont choisies Pour devenir Bouquet Et être jetées À la face du temps Qui nous rend seuls quand on est plusieurs Et qui est Quelquefois La mort C’est-à-dire L’absence de réponse Quand une question Troué L’espace Et Nous Source : Recours au poème
Extrait de "Odes dérisoires" Quand je sortis de l’hôpital Un odieux soleil m’accueillit Faisait... Source : Babelio
Extrait de "Un grand instant" Or qu’est-ce que la vie entière perdue dans l’océan de l’éternité, sinon « un grand instant » ? Source : Champ Vallon
PRÉSENTATION
Olivier Barbarant, né le 5 mars 1966 à Bar-sur-Aube, est un poète, essayiste et enseignant français. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de lettres modernes, il a enseigné en classes préparatoires littéraires, notamment au lycée Lakanal de Sceaux. Il vit aujourd’hui à Saint-Quentin, en Picardie.
Son œuvre poétique, marquée par une recherche de l’instant et de la présence, explore la mémoire, l’amour, la perte et la résilience. Il a publié plusieurs recueils, dont "Odes dérisoires" (prix Tristan-Tzara), "Un grand instant" (prix Apollinaire), et "Séculaires". Il a également édité les œuvres complètes de Louis Aragon pour la Pléiade.
Barbarant est reconnu pour sa capacité à mêler quotidienneté et mystique, élan lyrique et ironie, dans une langue à la fois précise et sensible. Ses poèmes, souvent longs et en vers libres, s’attachent à capter l’intensité des moments éphémères, tout en interrogeant la place de l’individu face à l’éternité.
BIBLIOGRAPHIE
- Odes dérisoires, Champ Vallon, 1998 (prix Tristan-Tzara)
- Un grand instant, Champ Vallon, 2019 (prix Apollinaire)
- Séculaires, Gallimard, 2022
- Odes dérisoires et autres poèmes (anthologie), Gallimard, 2016
- Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes (édition), Gallimard, 2007
Pour plus de références et de poèmes, voir Babelio, Champ Vallon, et Recours au poème.
Si vous souhaitez des poèmes supplémentaires ou des précisions sur un recueil en particulier, n’hésitez pas à me le demander.
21:25
je voudrais un ou deux poèmes supplémentaires suffisamment longs pour bien saisir la poésie de l'auteur
21:29
Travail effectué pendant 10s
Voici deux poèmes suffisamment longs pour saisir la poésie d’Olivier Barbarant, respectant vos exigences de transprose classique, sans mise en forme superflue, et avec les espaces typographiques préservés :
POÈMES
Ode au métro Simplon (extrait)
Ce vieux sourire qui lui fut offert, et que sa mort a gercé.
Un ciel que l’hiver ébrèche mettant au bleu très pâle ses couteaux transparents Et le soleil qui se faufile à la surface du premier café
Voilà pour le décor pendant ce temps à la radio Hurlant pour rien on s’interroge sur le sexe des dinosaures Qui ferait paraît-il énigme un nouveau grand débat Et le savant ou apprenti dont la langue fourche On ne sait pas si c’est un mâle ou un squelette
Joli lapsus que la journaliste courtoise ne relève pas Mais le ciel est pareil nul ne sait Est-ce un œil ou des ossements
Pour ne rien dire aussi du statut un peu ambigu des anges Qui ne le peuplent plus Sauf de nuages qui sont peut-être leurs débris d’ailes agglomérés
Mais je m’éloigne au début je voulais décrire la ville Son silence quelquefois l’arbre malingre que le passage des trains agite Et la maison grise et blanche en face faisant sous les lumières déversées un long miroir éblouissant
Chaque matin on voit sur le même morceau d’espace une nuance de temps Faut-il alors parler de la vie qui passe quand elle fuit Avec le compte à rebours des réveils et de fil en aiguille comme on dit Le tissu ça et là qui s’en désagrège Un tulle déchiré j’ai appris récemment qu’on parlait en couture Pour le plus délicat d’un tulle illusion
Tout ça qui ne va pas ensemble les dinosaures et les rubans Comme ces linges discrets dans le ciel et la peur qui vous prend juste à réception d’une lettre Avec en vert mauvais l’adresse où peut-être à la fin on vous emportera
Étrange lever où l’aube s’étiole finalement dans une lueur de peinture Encore un matin que l’ennemi n’aura pas et qui du coup souriant s’alanguit Tandis que scintille sur les pavés l’eau sale du petit jour
On dirait qu’au matin je vis dans mon grenier à hauteur d’aquarelle À ras du faux printemps Au point que tombe de mes lèvres un cliquetis d’astres rouillés Que je ne suis pas loin de prendre pour du grand art ou presque
Plus tard sous terre je crois que je regretterai les épaules Et surtout le goût du café C’est curieux de penser qu’il n’y a guère dans la vie que des étreintes et des aurores
D’ailleurs cette chanson c’est pareil on la fredonne simplement pour s’y glisser Et puis dormir comme autrefois avec aux quatre coins du lit un bouquet de pervenches Jusqu’à ce qu’un plus beau matin sur du papier mâché déplie ses anémones
En ai-je fini nom de dieu avec ces jolies pensées de fleuriste Il faudra bien un jour en finir avec tout Mais quand même plus tard je me demande quand il sera question est-ce qu’on saura Quand j’imagine le savant doucement dénouant l’invraisemblable tapisserie des corps encore enchevêtrés Nos squelettes mâles ou femelles ?
Extrait de "Essais de voix malgré le vent"
L’ombre dit : Cette neige odorante tendue à bout de bras Dans le vernis des feuilles et le velours du ciel ne servira de rien L’avenir véritable est tapi parmi les racines
L’ombre dit : Ton printemps brûle des erreurs Et ses flocons d’aurore pour moitié traînent déjà sur le sol gris Très vite la rosée les tache et le vent les soulève et le soleil les racornit
L’ombre ajoute : Les fleurs les plus fières sont des étoffes à flétrir Dès que fanées paraissant les cotons salis d’une infirmerie dans les branches À tant défier la lumière on devient source tôt tarie
L’ombre dit : Toute beauté comme la tienne est en attente du bourreau Dans l’arène les fins tissus servent à irriter la bête Le sel ainsi que tu répands prend des airs de provocation
On ne s’expose pas longtemps à la corne du temps qui passe La terre est patiente et froide sous tes étoiles suspendues Tremble dans chaque transparence une promesse de tombeau
L’ombre dit : Celui qui plonge son visage dans ton petit jour en morceaux A toujours cru en la splendeur comme de plus sages aux idoles Les yeux fermés dans ta douceur il oublie d’abord qu’il s’aveugle
Il aura beau quand redressé tresser des phrases et des guirlandes Faire ongles d’anges les pétales ou bien des paupières d’enfant Dans tes frais et pâles soleils il se détourne du grand feu
L’ombre dit : Ton écume percée de safran n’est qu’une illusion de regard Tu ne sais rien de ton secret et voilà pourquoi tu fleuris Sitôt reconnue ta candeur ferait spectacle d’elle-même
C’est d’ailleurs bien trop s’épuiser pour un fragile candélabre Une brève averse suffit à ruiner tout ton édifice Ce rien de givre pour un dément seul forme abri
Que diras-tu de ton malheur devant tes larmes renversées Cette espérance que tu fus n’était qu’un mensonge de plus Voilà tes branches crucifiées portant l’absence au lieu de fleurs
L’oranger : – Si je n’ai brillé qu’un instant J’ai du moins décoré l’horreur.
Pour plus de références et de poèmes, voir Recours au poème.