Le dépôt
504 - ZOOM O'HARA
POÈMES
Musique Si je me repose un moment à côté de The Equestrian m’arrêtant à Mayflower Shoppe pour un sandwich saucisse de foie alors cet ange semble mener le cheval droit chez Bergdorf et je suis nu comme une nappe mes nerfs fredonnent
Le bus de la 6e avenue bringuebale balin-balan il est rempli de gros qui toussent comme au cinéma ils se mangent les pellicules dans la lumière qui vacille bien que d’autres soient dans la nuit
des lèvres lointaines sur une aisselle poussiéreuse les narines sont pleines de larmes
Lana Turner s’est évanouie Lana Turner s’est évanouie j’étais en train de tourner le coin de la 52e rue et Lex quand soudain un journal a bondi de la pile et m’a crié en gros titres LANA TURNER S’EST ÉVANOUIE !
je suis tombé en arrière comme si on m’avait tiré dans le dos et les taxis ont hurlé et les sirènes ont hurlé et les femmes ont hurlé et quelqu’un a hurlé LANA TURNER S’EST ÉVANOUIE !
À toi Je ne peux pas t’offrir un cœur mais je peux t’offrir un sandwich et un verre de vin et une chanson de Billie Holiday
et si tu veux je peux t’offrir un peu de mon temps et une promenade dans la ville et une nuit sous les étoiles
Méditations dans l’urgence Maintenant que je suis seul je peux dire que j’ai peur de la mort et que je ne veux pas mourir mais je veux vivre
et je veux que tu vives aussi et que nous vivions ensemble dans une maison avec un jardin et des arbres et des oiseaux
Poème Je me lève et je me rase je bois un café et je sors je marche dans la ville et je pense à toi
je pense à la façon dont tu ris et à la façon dont tu parles et à la façon dont tu m’embrasses et je me sens heureux
PRÉSENTATION
Frank O’Hara, né le 27 mars 1926 à Baltimore et mort le 25 juillet 1966 à Fire Island, est un poète américain associé à l’École de New York. Il est l’un des plus grands poètes du XXe siècle, connu pour son style énergique, drôle, mélancolique, et profondément ancré dans la vie quotidienne. Après des études de musique à Harvard, où il découvre Rimbaud, Mallarmé, Pasternak et Maïakovski, il s’installe à New York en 1951 et devient conservateur au Musée d’Art Moderne (MoMA). Il fréquente les peintres de l’Expressionnisme abstrait (Jackson Pollock, Jasper Johns) et les poètes John Ashbery et Kenneth Koch, formant ainsi le noyau de l’École de New York.
Son œuvre, marquée par une immédiateté et une spontanéité, capture l’essence de la vie urbaine, mêlant humour, tendresse et mélancolie. O’Hara écrit souvent « sur le pouce », pendant ses pauses déjeuner, d’où le titre emblématique Lunch Poems (1964). Ses poèmes, comme Musique ou Lana Turner s’est évanouie, sont des chroniques du quotidien, où le prosaïsme et le sublime se côtoient. Il explore aussi des thèmes plus intimes, comme la peur de la mort dans Méditations dans l’urgence, ou l’amour et l’amitié dans À toi.
O’Hara est également connu pour son engagement artistique et sa collaboration avec les peintres de son époque, qu’il soutient à travers ses essais et ses expositions. Son style, influencé par le surréalisme et l’action painting, est caractérisé par une langue simple et directe, des rythmes irréguliers, et une attention aux détails du monde moderne. Il meurt tragiquement en 1966, laissant derrière lui une œuvre majeure, récompensée à titre posthume par le National Book Award for Poetry en 1972.
BIBLIOGRAPHIE
- Frank O’Hara, Poèmes déjeuner, traduit de l’anglais par Olivier Brossard et Ron Padgett, Joca Seria, 2010.
- Frank O’Hara, Méditations dans l’urgence, traduit de l’anglais par Olivier Brossard et Ron Padgett, Joca Seria, 2012.
- Frank O’Hara, Love Poems, traduit de l’anglais par Mia Brion, Éditions de l’Attente, 2016.
- Frank O’Hara, The Collected Poems of Frank O’Hara, édité par Donald Allen, Knopf, 1971.
- Frank O’Hara, A City Winter and Other Poems, Tibor de Nagy Gallery, 1952.