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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

500 - ZOOM TEXTE

TEXTE


on ne sait pas trop pourquoi ni comment

mais dans sa cuisine un poète s’emmerde 

dans sa cuisine où le silence grince

le monde est un tumulte et le monde est un bruit 

le poète ferme la fenêtre

le poète s'emmerde et sa parole coince 

il regarde la pluie tomber sur le balcon 

le poète s'emmerde et sa parole fond

ça se voit à la monotonie de ses mots 

ça s’entend à la monotonie de ses propos 

ça se sent à l’impuissance de sa parole 

à sa chiante cadence palabreuse

mais dans la rue un poète s’éveille 

ça se voit à la fureur de ses pas

là dans le choc des machines et dans le mouvement

aucune autre surprise jusqu'à la fin du texte

et ce soir je m'emmerde au milieu de mes draps


Pierre Lamarque





ON SE LÈVE TÔT AU LOGIS, OU NI MORSE NI PHOQUE MAIS POISSON D'AVRIL


mais dans la rue un poète s’éveille ça se voit à la fureur de ses pas là dans le choc des machines et dans le mouvement aucune autre surprise jusqu'à la fin du texte et ce soir je m'emmerde au milieu de mes draps


le poète s'emmerde et sa parole fond dans le creux de l'assiette et le bruit du foyer il n'a plus de courage et n'a plus de plafond pour abriter l'espoir qu'il voudrait déployer la cuisine est une cage où le temps se lamente où chaque mot nouveau devient un mot trop vieux il regarde passer la fortune et la pente sans pouvoir y poser l'éclat de ses deux yeux tout est gris tout est sourd et tout est monotone dans ce petit réduit où l'âme se réduit à n'être qu'un écho que le silence donne au milieu du brouillard du hasard et son fruit 


mais voici que la rue appelle son enfant le poète se lève et déchire ce soir il laisse le silence et le monde étouffant pour retrouver sa force et le goût de savoir son pas fait sa fureur qui bat sur le bitume une musique brute au milieu des moteurs il oublie sa fatigue et il oublie l'enclume pour devenir enfin le plus grand des chanteurs la machine est son rythme et le choc sa clarté il n'a plus de fenêtre à fermer sur le vrai il marche tout entier vers la vraie liberté sans jamais regarder le chemin du regret comme orphée


c'est une chiante cadence et c'est un mot de trop qui pèse sur sa lèvre et qui bloque l'esprit le poète est un homme au bord de son bleu flot qui regarde mourir ce que sa main écrit il faut sortir de là et courir vers la foule vers le bruit de la vie et son flux père manant car c'est dans ce tue m'ulte où la substance grise roule roule roule que l'on trouve le sens sang saon tsoin tsoin du monde maintenant ne restez pas assis au milieu de vos draps à compter les instants qui ne reviendront plus mais ouvrez votre porte et tendez vos deux bras vers l'azur qui attend bien bien au-dessus du superflu


Pierre Lamarque