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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

657 - ZOOM SAMAIN

POÈMES




1. Au Jardin de l’Infante (poème complet)

(Un poème emblématique de son premier recueil, où Samain mêle mélancolie, rêve et musicalité.)

Le Jardin de l’Infante

le jardin de l’infante est un rêve d’orient, où les roses sont pâles comme un teint de vierge, où les lys, en leur calice, ont un parfum si vierge qu’on dirait qu’il s’exhale d’un encensoir fumant.

les bassins, où l’eau dort sous les marbres tremblants, reflètent les cyprès, les ifs noirs, les grands arbres dont les branches, penchées, effleurent les marbres et bercent les reflets des cieux étoilés.

les fontaines y pleurent en des urnes de marbre, et leur chant monotone, où le rêve s’attarde, semble un sanglot lointain, une plainte qui s’éteint.

et parfois, quand la lune argente les pelouses, on croit voir, dans un coin des allées silencieuses, l’ombre d’une infante errer en son jardin.




2. Aux flancs du vase (extrait long)

(Un poème où Samain explore la beauté éphémère et la mélancolie, avec une imagerie symboliste riche.)

Aux flancs du vase

le vase est un cœur qui garde un secret, un cœur de porcelaine où dort un souvenir, où les parfums anciens, les rêves, les désirs s’éveillent et s’éteignent comme un feu discret.

les fleurs qui s’y fanent, en leur languissant, semblent des âmes qui s’en vont en pleurant, et leur dernier soupir est un parfum mourant qui monte vers le ciel, léger et tremblant.

je suis comme ce vase, où les rêves s’effeuillent, où les espoirs s’envolent, où les chagrins s’accumulent, où les souvenirs pâles s’éteignent un à un.

et toi, qui passes sans voir ma douleur, tu ne sais pas que mon cœur est un vase plein de fleurs, et que chaque fleur qui tombe est un peu de mon âme.




3. Polyphème (extrait long)

(Un drame lyrique où Samain revisite le mythe de Polyphème, symbole de l’amour impossible et de la souffrance.)

Polyphème

polyphème, géant aux yeux de braise, regarde la mer où galope la barque, où la nymphe aux cheveux d’or, la belle galatée, s’éloigne en riant, sans un regard en arrière.

il tend ses bras immenses vers l’horizon lointain, il appelle, il supplie, il maudit son destin, mais la mer est sourde, et le vent emporte les cris du géant, perdus dans l’infini.

il reste seul, avec son amour immense, son cœur brisé, son rêve inassouvi, et la mer, indifférente, continue de chanter.

la nuit tombe, et polyphème, épuisé, s’assied sur un rocher, face à l’océan, et pleure son amour, qui n’aura jamais de réponse.




4. Symphonie héroïque (extrait long)

(Un poème où Samain célèbre l’héroïsme et la beauté, avec une langue à la fois épique et lyrique.)

Symphonie héroïque

les héros sont partis, leurs armures brillent comme des étoiles dans la nuit des siècles, leurs épées sont des éclairs, leurs boucliers des miroirs, et leurs noms résonnent comme des hymnes solennels.

ils ont marché vers l’inconnu, vers la gloire, vers ces sommets où l’âme se purifie, où le cœur se dégage des chaînes du monde, où l’esprit s’élève, libre et triomphant.

et nous, restés dans l’ombre des vallées, nous écoutons leur chant, nous suivons leur trace, nous rêvons de les rejoindre, un jour, là-haut.

car l’héroïsme n’est pas une légende, c’est une flamme qui brûle en chaque cœur, une étincelle qui attend son heure pour s’allumer.




5. Ce soir, ta chair malade (poème complet)

(Un poème d’amour et de souffrance, où Samain exprime une tendresse poignante.)

Ce soir, ta chair malade

ce soir, ta chair malade est comme une fleur fanée, un lis qui s’incline sous le poids de l’automne, une rose qui perd ses pétales, une à une, et qui garde encore, au cœur, un peu de parfum.

tes yeux, autrefois si clairs, si pleins de lumière, sont comme des lacs où la nuit s’est posée, où les étoiles ne se reflètent plus, où la lune elle-même a perdu son éclat.

mais je t’aime, même ainsi, même pâle et souffrante, car ton âme, sous cette enveloppe lasse, brille comme un feu qui ne s’éteint jamais.

et quand tu fermeras les yeux pour toujours, je garderai ton dernier souffle en mon cœur, comme un trésor plus précieux que l’or.




PRÉSENTATION

Albert Samain, né le 3 avril 1858 à Lille et mort le 18 août 1900 à Magny-les-Hameaux, est un poète symboliste français, souvent considéré comme l’un des plus grands lyriques de la fin du xixᵉ siècle. issu d’une famille modeste, il doit interrompre ses études après la mort de son père et travailler comme employé de commerce. en 1880, il s’installe à paris, où il fréquente les cercles littéraires et artistiques, notamment le Chat Noir et le Mercure de France, dont il est l’un des fondateurs.


Un poète entre mélancolie et idéal

Samain est avant tout un poète de la nostalgie, de la beauté éphémère, et de la quête de l’idéal. ses thèmes de prédilection sont :

  • l’amour, souvent teinté de mélancolie et de fatalité ;
  • la nature, comme reflet des états d’âme ;
  • la mort, abordée avec une douceur résignée ;
  • le rêve, comme échappatoire à la réalité.

son style se caractérise par :

  • une musicalité subtile, avec des rythmes fluides et des sonorités riches ;
  • une imagerie symboliste, où les objets et les paysages deviennent des symboles ;
  • une sensibilité extrême, qui transparaît dans chaque vers.

Un héritage littéraire

Samain a marqué la poésie française par :

  • l’invention du sonnet à quinze vers, une forme poétique originale ;
  • une influence majeure sur les poètes post-symbolistes ;
  • une œuvre qui a inspiré de nombreux compositeurs (Fauré, Debussy, Ravel).

malgré une vie courte et une carrière littéraire brève, son œuvre a connu un succès immédiat et a été rééditée à de nombreuses reprises. il reste un maître du lyrisme mélancolique, dont la poésie continue de toucher par sa profondeur et sa beauté.




BIBLIOGRAPHIE

  • Au Jardin de l’Infante (1893)
  • Aux flancs du vase (1898)
  • Le Chariot d’or (1901, posthume)
  • Polyphème (drame lyrique, 1904, posthume)
  • Symphonie héroïque (1901, posthume)