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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

593- ZOOM DE BERTIN

ANTOINE DE BERTIN

Les Amours (Élégie I)

Il est donc vrai, le bonheur m’est rendu ! Je vois le jour, je respire la vie ; Et dans tes bras, ô ma douce Eugénie, Je trouve enfin tout ce que j'ai perdu. Qu'un autre vante une gloire étrangère, Des rois, des dieux le pouvoir absolu ; Moi, je ne veux qu'un regard pour me plaire, Et mon empire est un cœur que j'ai lu. Ah ! laisse-moi, sur ta lèvre fidèle, Puiser l'oubli de mes anciens malheurs ; L'amour est là qui nous prête son aile, Et sous ses pas il fait naître les fleurs. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15104449/f25.item




Le Voyage d'Auvergne (Extrait)


Que j’aime à voir ces montagnes lointaines, Dont les sommets se perdent dans les cieux ! L'œil s'y repose, et les plaines prochaines Offrent partout des objets gracieux. Ici la source en tombant du rocher, Va dans le val porter la fraîcheur vive ; Le voyageur s'y vient avec plaisir coucher, Et le troupeau s'égare sur la rive. La nature a, dans ces lieux écartés, Gardé son calme et sa noble innocence ; Loin du tumulte et des vaines cités, On y retrouve enfin sa propre essence. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15104449/f87.item




À une jeune personne (Stances)


Vous avez l'âge où la rose s'éveille, Où le zéphyr vient caresser son sein ; De la nature admirons la merveille, Et du destin redoutons le dessein. Le temps s'envole, et la beauté s'efface ; Le jour qui brille est un jour de moins ; De vos appas ne gardez point la trace Pour de futurs et d'inutiles soins. Aimez, croyez que c'est là le seul bien, Le seul trésor que la vie nous accorde ; Le reste passe et ne nous laisse rien, Pas même un nom que le temps ne déborde. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15104444/f42.item




L'Inconstance (Élégie)


Tu me trahis, et je t'adore encore ! Cruelle amie, ainsi tu m'as trompé ? Un nouveau feu dans ton âme s'éclore, Et de tes vœux un autre est occupé. Je vois tes yeux chercher une autre trace, Je sens ton cœur battre pour un intrus ; De nos serments tu n'as plus la menace, Et mes soupirs ne sont plus entendus. Va, fuis ces lieux où j'ai connu tes charmes, Va vers celui qui possède ta foi ; Il ne verra point couler mes larmes, Mais il craindra d'être aimé comme moi. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15104449/f63.item



Épître à Parny


Ô mon ami, mon frère d'espérance, Toi qui connais les secrets de mon cœur, Vois-tu l'amour, dans sa douce imprudence, Nous préparer des jours de pur bonheur ? Sous le ciel bleu de notre île lointaine, Nous avons cru que tout serait constant ; Mais nous portons aujourd'hui notre chaîne Sous un climat qui change à chaque instant. Qu'importe enfin, si la muse nous reste, Si nous pouvons encore chanter nos feux ; La poésie est un présent céleste Qui nous console et nous rend plus heureux. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15104449/f112.item



PRÉSENTATION


Antoine de Bertin né en 1752 à l'île Bourbon actuelle Réunion et mort en 1790 à Saint-Domingue est un poète français dont l'œuvre marque l'apogée de l'élégie au XVIIIe siècle. Ami intime d'Évariste de Parny il forme avec lui le groupe des poètes "créoles" qui insufflent un renouveau de sensibilité et de naturel dans les lettres françaises. Son recueil Les Amours publié en 1780 connaît un immense succès par sa fluidité sa grâce et son expression sincère des sentiments amoureux. Influencé par les poètes latins Properce et Tibulle il s'éloigne de la préciosité pour une poésie de l'émotion directe préfigurant par certains aspects le romantisme. Voyageur et officier il meurt prématurément de la fièvre jaune laissant une œuvre brève mais d'une grande unité stylistique.


BIBLIOGRAPHIE

Les Amours, Hardouin, 1780.

Œuvres complètes, Gattey, 1785.

Voyage d'Auvergne, Hardouin, 1788.

Poésies diverses, Didot, 1791.

Épîtres et autres poésies, Belin, 1802.