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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

635 - ZOOM GOETHE

JOHANN WOLFGANG VON GOETHE




Prométhée (extrait des Odes)


Couvre ton ciel, ô Zeus, de vapeurs de nuages ! Et tel qu’un enfant qui décapite des chardons, Exerce-toi sur les chênes et sur les cimes des monts ! Tu dois pourtant me laisser ma terre, Et ma cabane que tu n’as pas bâtie, Et mon foyer, dont la flamme Te fait envie. Je ne connais rien de plus pauvre sous le soleil que vous, ô dieux ! Vous nourrissez misérablement de sacrifices et de parfums de prières Votre majesté ; Et vous seriez affamés, si les enfants et les mendiants N’étaient des fous pleins d’espérance. Ici je suis assis, je forme des hommes à mon image, Une race qui me ressemble, Pour souffrir, pour pleurer, pour jouir et se réjouir, Et ne point t’honorer, Comme moi ! https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2021582/f45.item




Le Roi des Aulnes (Ballade)


Qui chevauche si tard à travers le vent et la nuit ? C’est le père avec son enfant. Il tient le petit garçon dans son bras, Il le serre avec précaution, il le tient au chaud. Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage avec peur ? Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ? Le Roi des Aulnes avec sa couronne et sa traîne ? Mon fils, c’est un brouillard qui traîne. Cher enfant, viens, pars avec moi ! Je jouerai à de très beaux jeux avec toi ; Il y a maintes fleurs colorées sur le rivage, Ma mère a maints vêtements d’or. Mon père, mon père, et n’entends-tu pas Ce que le Roi des Aulnes me promet tout bas ? Sois calme, reste calme, mon enfant ; C'est le vent qui murmure dans les feuilles sèches. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2021582/f112.item




Faust (extrait du Prologue dans le Ciel)


Le soleil résonne, selon sa coutume ancienne, Dans le concert fraternel des sphères, Et sa course prescrite, il l'achève Avec un pas de tonnerre. Son aspect donne de la force aux anges, Bien que nul ne puisse le pénétrer ; Les œuvres hautes et inconcevables Sont magnifiques comme au premier jour. Et rapide, avec une rapidité inconcevable, Tourne la splendeur de la terre ; Elle change la clarté du paradis Contre une nuit profonde et terrible. L’océan s’agite à larges vagues, Contre la base profonde des rochers, Et les rochers et la mer sont emportés Dans l’éternelle et rapide course des sphères. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2045610/f23.item




Élégie de Marienbad (extrait)


Maintenant je suis loin ! À l'instant qui sépare, Qu'est-ce que le présent ? Un monde qui s'efface. Le cœur, entre la crainte et l'espoir qui s'égare, Cherche en vain du bonheur la fugitive trace. Il nous reste pourtant ce souvenir céleste, Ce regard, ce sourire, et cette voix si chère, Tout ce que l'âme garde et tout ce qui nous reste Pour éclairer encore notre route éphémère. Adieu, plaisirs du monde et vaines espérances, La douleur est la loi de mon destin nouveau ; Je porte en moi le poids de toutes mes absences, Et je marche en silence vers le bord du tombeau. Pourtant, béni soit Dieu qui permit cette flamme, Et qui, dans le déclin d'un âge sans clarté, Vint ranimer encore la jeunesse de l'âme Par le divin reflet de la pure beauté. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2021582/f184.item



Le Divan oriental-occidental (extrait de Hegire)


Nord et Ouest et Sud se brisent, Les trônes éclatent, les empires tremblent : Fuis donc vers l'Orient pur, Pour goûter l'air des patriarches ! Là, dans l'amour, le chant et le vin, La fontaine de Chidher te rajeunira. Là, dans la pureté et le droit, Je veux remonter jusqu'à l'origine de la race humaine, Où ils recevaient encore de Dieu L'instruction céleste dans les langues terrestres, Et ne se rompaient point la tête. Où l'on vénérait les pères, Où l'on écartait tout service étranger. Je veux m'enfermer dans l'étroite limite, Pour que ma pensée, libre et vaste, S'étende comme le monde. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2021582/f235.item




PRÉSENTATION

Johann Wolfgang von Goethe né en 1749 à Francfort et mort en 1832 à Weimar est le génie universel de la littérature allemande. Poète dramaturge romancier scientifique et homme d'État il a embrassé tous les savoirs de son temps. Chef de file du Sturm und Drang avec Les Souffrances du jeune Werther il a ensuite incarné le Classicisme de Weimar après son voyage en Italie. Son chef-d'œuvre Faust commencé dans sa jeunesse et achevé peu avant sa mort est une somme métaphysique sur la quête de connaissance et le salut de l'âme humaine. Son œuvre poétique d'une variété prodigieuse va de la ballade populaire à l'élégie antique et au lyrisme mystique d'inspiration orientale. Il reste le symbole de la culture européenne cherchant sans cesse l'équilibre entre la passion et la raison entre la nature et l'art.




BIBLIOGRAPHIE

Les Souffrances du jeune Werther, 1774.

Iphigénie en Tauride (drame), 1787.

Élégies romaines, 1795.

Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister, 1795-1796.

Hermann et Dorothée, 1797.

Faust (Partie I), 1808.

Le Divan oriental-occidental, 1819.

Mémoires (Poésie et Vérité), 1811-1833.