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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

600 - DIOP BIRAGO

BIRAGO DIOP




Le Souffle des Ancêtres (extrait de Leurres et Lueurs)


Ecoute plus souvent Les Choses que les Etres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglot : C’est le Souffle des Ancêtres.


Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire Et dans l’ombre qui s’épaissit ; Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans l’Arbre qui frémit, Ils sont dans le Bois qui gémit, Ils sont dans l’Eau qui coule, Ils sont dans l’Eau qui dort, Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule : Les Morts ne sont pas morts. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item





Les Contes d'Amadou Koumba (extrait de l'Introduction)


Le conte est le miroir où chacun peut regarder son image ; mais c'est un miroir qui ne ment pas. Il nous vient de loin, porté par la voix des anciens, pour nous apprendre que la sagesse n'a pas d'âge et que la vérité se cache souvent sous les traits de l'animal ou du vent. Amadou Koumba, mon griot, m'a donné ces paroles comme on donne des semences. Je les ai plantées dans le papier pour qu'elles ne s'envolent pas, mais leur racine reste là-bas, dans la terre rouge, là où la parole est un acte et le silence une prière. https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/birago-diop





Souffles (autre extrait de Leurres et Lueurs)


Ceux qui sont morts ne sont jamais partis Ils sont dans le sein de la femme, Ils sont dans l’enfant qui vagit Et dans le tison qui s’enflamme. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans le Feu qui s’éteint, Ils sont dans les Herbes qui pleurent, Ils sont dans le Rocher qui geint, Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, Les Morts ne sont pas morts. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item





Sarzan (extrait des Contes d'Amadou Koumba)


Sarzan était revenu de France avec des médailles et des certitudes. Il voulait civiliser son village, abattre les bois sacrés, faire taire les génies de la brousse. Il riait des vieux qui sacrifiaient aux ancêtres. Mais la brousse est patiente. Elle l'a regardé faire. Et un soir, le vent a soufflé plus fort que sa raison. Sarzan a commencé à entendre des voix que ses livres n'expliquaient pas. Il est devenu le "Sénile", celui qui danse avec les ombres, car on ne brise pas impunément le lien qui nous rattache à la source du monde. https://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-de-birago-diop




Viatique (extrait de Leurres et Lueurs)


Dans l’eau qui va, dans l’eau qui vient Il faut laver son cœur et ses mains. Dans le vent qui passe et qui revient Il faut purifier son dessein. La vie est une calebasse que l’on porte sur la tête ; Elle est pleine de lait, elle est pleine de miel, Mais elle est fragile comme une fête Sous un orage tombé du ciel. Il faut marcher avec prudence sur le chemin de la lumière Pour ne pas heurter la pierre où dorment nos pères. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item




PRÉSENTATION


Birago Diop né en 1906 à Dakar et mort en 1989 est un écrivain et poète sénégalais figure majeure de la Négritude. Vétérinaire de formation son métier l'amène à parcourir les campagnes d'Afrique de l'Ouest où il recueille la tradition orale auprès des griots notamment Amadou Koumba. Son œuvre est un pont magistral entre l'oralité africaine et l'écriture française. À travers ses célèbres Contes d'Amadou Koumba il a su restituer la sagesse l'humour et le merveilleux de la culture wolof. Son poème Souffles est devenu l'hymne spirituel de toute une génération affirmant la permanence des ancêtres dans le monde visible. Diplomate et académicien il a œuvré toute sa vie pour que la parole africaine retrouve sa dignité et sa place universelle.




BIBLIOGRAPHIE


Les Contes d'Amadou Koumba, Fasquelle, 1947.

Leurres et Lueurs (poèmes), Présence Africaine, 1960.

Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba, Présence Africaine, 1958.

Contes et Lavanes, Présence Africaine, 1963.

La Plume raboutée (mémoires), Présence Africaine, 1978.