Le dépôt
587 - ZOOM BIANU
POÈMES
1. Infiniment proche (extrait long)
même sombre même nocturne ma musique vient du jour elle est un hommage à la lumière du jour le jour en révèle tous les pigments je tombe dans le jour et je vois le reflet tremblant des lampions dans les flaques de néant je crois comme Trakl qu’il faut habiter la lumière par un long questionnement sans réponse je crois à Zoran Music dessinant ses fagots de cadavres sur de mauvais papiers trouvant encore la vie au fond du désarticulé au fond de l’incarné au fond de l’éprouvé exorciste vertical je crois aux cassures de fièvre aux sursauts de nuit aux césures de nerf je crois qu’il faut prendre appui sur le vent s’agenouiller en mer et se vouer à l’infini
Référence : Infiniment proche, Gallimard, 2000.
2. Jimi Hendrix (Aimantation) (extrait long)
et je nage dans cette eau d’avant tous les ciels en haute et douce écume et je nage là où tous les deltas commencent à remonter vers leurs sources et je nage dans cette eau si eau qu’elle en devient rêve liquide offrande de silence mille siècles de vie
Référence : Jimi Hendrix (Aimantation), Le Castor Astral, 2014.
3. Haïkus d’automne et d’hiver (extrait)
Naima c’est impossible impossible de surgir de si loin Naima d’écouter si profond d’entrer à ce point dans le cœur du monde Naima d’entrer dans le grain de la voix le grain de la Voie lactée d’entrer dans tout ce qui me noie Naima c’est le sang de ta voix ma pulsation précieuse
Référence : Haïkus d’automne et d’hiver, Gallimard, 2007.
4. La Danse de l’effacement (extrait long)
je descends dans le silence des mots je descends dans le vide des phrases je descends dans l’absence des images je danse sur le fil des sons je danse sur le bord des ombres je danse sur la crête des rêves je m’efface dans la lumière des mots je m’efface dans la nuit des silences je m’efface dans l’aube des possibles
Référence : La Danse de l’effacement, Brandes, 1990.
5. Bleu fauve (extrait long)
le bleu est une porte une porte qui s’ouvre sur l’infini une porte qui s’ouvre sur le silence une porte qui s’ouvre sur la lumière le bleu est un souffle un souffle qui traverse les mots un souffle qui traverse les corps un souffle qui traverse les mondes le bleu est une blessure une blessure qui saigne en silence une blessure qui guérit en chantant une blessure qui devient étoile
Référence : Bleu fauve, Le Castor Astral, 2017.
PRÉSENTATION
Zéno Bianu (1950–2026) est un poète, dramaturge, essayiste, orientaliste et traducteur français d’origine roumaine, figure majeure de la poésie contemporaine francophone. Signataire du Manifeste électrique en 1971, il a marqué la scène littéraire par une œuvre multiforme, à la croisée de la poésie, du théâtre, du jazz et des spiritualités orientales. Son écriture, lyrique et métaphysique, explore les seuils entre le visible et l’invisible, le souffle et le silence, la musique et le verbe.
Caractéristiques de sa poésie
- Une poésie du souffle : Bianu conçoit le poème comme une respiration, une vibration, une incantation. Ses textes sont rythmés par des répétitions, des échos, des silences, comme une partition musicale.
- Une quête de l’infini : Son œuvre est traversée par une recherche de l’absolu, de l’illumination, de la transcendance. Il puise dans les traditions orientales (bouddhisme, taoïsme) et dans le jazz pour créer une poésie universelle et intemporelle.
- Une écriture de la lumière : Ses poèmes célèbrent la lumière, le bleu, l’éclat, mais aussi les ombres, les blessures, les métamorphoses. Il utilise des images fluides, des métaphores organiques, pour dire l’indicible.
- Une polyphonie poétique : Bianu est aussi un passeur : il traduit des poètes indiens, chinois, tibétains, et crée des anthologies pour faire dialoguer les cultures.
Parcours et influences
- Fondateur du Manifeste électrique : Il a participé au renouvellement de la poésie française dans les années 1970, aux côtés de Michel Bulteau et Matthieu Messagier.
- Voyages et rencontres : Ses séjours en Inde, au Tibet, en Chine ont profondément marqué son écriture, notamment dans Mantra (1984) et La Montagne vide (1987).
- Collaborations artistiques : Il a travaillé avec des musiciens (Denis Lavant, Jean-Marc Barr) et des peintres, pour des performances et des lectures publiques.
- Prix et distinctions : Il a reçu le Prix Robert Ganzo pour l’ensemble de son œuvre en 2017.
BIBLIOGRAPHIE
- Œuvres poétiques majeures :
- Infiniment proche, Gallimard, 2000.
- La Danse de l’effacement, Brandes, 1990.
- Bleu fauve, Le Castor Astral, 2017.
- Jimi Hendrix (Aimantation), Le Castor Astral, 2014.
- Haïkus d’automne et d’hiver, Gallimard, 2007.
- Anthologies et traductions :
- La Montagne vide (poésie chinoise classique), Albin Michel, 1987.
- L’Abeille turquoise (poèmes du VIe dalaï-lama), Seuil, 1996.
- Poèmes à dire (anthologie de poésie francophone), Gallimard, 2002.
- Études critiques :
- Zéno Bianu ou la polyphonie poétique, Serge Martin, Le Français aujourd’hui, 2005.
- La Poésie comme souffle : Zéno Bianu et ses contemporains, collectifs, Éditions de l’Attente, 2020.