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658 - ZOOM MORÉAS
POÈMES
1. Les Syrtes (poème complet)
(Un poème emblématique de son premier recueil, où Moréas mêle mélancolie, rêve et musicalité.)
Les Syrtes
les syrtes sont des sables où l’on s’engouffre et meurt, où les vents tourbillonnent en des danses de fous, où les nuits sont des draps noirs tendus sur des linceuls, où les jours sont des suaires déchirés par les clous.
les syrtes sont des lieux où l’âme se perd, où les rêves s’effilochent comme des haillons, où les espoirs s’enfoncent dans des sables mouvants, où les souvenirs ne sont plus que des frissons.
je suis passé par là, j’ai vu les mirages, j’ai entendu les chants des sirènes d’effroi, j’ai senti le souffle brûlant des simooms, j’ai vu les ombres danser sous le ciel noir.
et j’ai marché, et j’ai marché, sans fin, sans but, sans espoir, sans raison, comme un fou qui cherche une étoile, comme un mort qui cherche sa tombe.
2. Cantilènes (poème complet)
(Un poème où Moréas explore la musicalité et la simplicité des formes poétiques médiévales.)
Cantilènes
je chante comme un oiseau dans la nuit, je chante comme un enfant qui s’éveille, je chante comme un ruisseau qui s’enfuit, je chante comme un vent qui se réveille.
je chante l’amour qui passe et qui fuit, je chante la joie qui naît et qui s’envole, je chante la douleur qui reste et qui s’accumule, je chante la vie qui danse et qui s’effondre.
et mes chants sont des rires et des pleurs, des éclats de rire, des sanglots, des murmures, des cris, des silences, des chants d’espoir, des chants de désespoir.
je chante, et mes chants s’envolent, comme des oiseaux dans le ciel, comme des feuilles dans le vent, comme des rêves dans la nuit.
3. Le Pèlerin passionné (extrait long)
(Un poème où Moréas exprime sa quête spirituelle et son rejet des influences romantiques et germaniques.)
Le Pèlerin passionné
je suis un pèlerin qui marche vers l’orient, vers les terres où le soleil se lève, vers les lieux où les dieux antiques vivent encore, vers les pays où l’âme trouve sa paix.
je ne veux plus des brumes du nord, je ne veux plus des forêts sombres, je ne veux plus des chants lugubres, je ne veux plus des rêves obscurs.
je veux la lumière des cieux grecs, je veux la clarté des matins romains, je veux la pureté des temples antiques, je veux la beauté des marbres anciens.
je suis un pèlerin qui cherche la vérité, qui cherche la lumière, qui cherche la paix, qui cherche l’harmonie, qui cherche l’équilibre, qui cherche l’éternel dans l’éphémère.
4. Stances (poème complet)
(Un poème où Moréas revient à une esthétique classique, inspirée de la poésie antique.)
Stances
les dieux sont morts, les héros sont partis, les temples sont en ruines, les autels sont vides, les chants se sont tus, les prières se sont éteintes, les rêves se sont envolés, les espoirs se sont enfuis.
mais la beauté reste, éternelle et pure, comme un marbre qui défie le temps, comme une statue qui brave les siècles, comme un chant qui résonne dans l’éternité.
et moi, je suis là, comme un dernier poète, comme un dernier rêveur, comme un dernier fou, qui cherche la beauté dans un monde sans dieux, qui cherche l’éternel dans un monde éphémère.
je chante la beauté qui ne meurt jamais, je chante la lumière qui ne s’éteint pas, je chante l’amour qui ne finit pas, je chante l’espoir qui ne s’évanouit pas.
5. Autant en emporte le vent (poème complet)
(Un poème où Moréas exprime la fugacité de la vie et la puissance du destin.)
Autant en emporte le vent
autant en emporte le vent, les rêves, les espoirs, les amours, autant en emporte le vent, les rires, les pleurs, les jours.
autant en emporte le vent, les chants, les murmures, les cris, autant en emporte le vent, les souvenirs, les regrets, les frissons.
et nous, nous restons là, comme des arbres dans la tempête, comme des rochers dans la mer, comme des ombres dans la nuit.
et nous écoutons le vent, qui emporte nos vies, qui emporte nos rêves, qui emporte nos espoirs.
PRÉSENTATION
Jean Moréas, de son vrai nom Ioánnis A. Papadiamantópoulos, est né le 15 avril 1856 à Athènes et mort le 31 mars 1910 à Saint-Mandé. il est un poète symboliste grec d’expression française, une figure majeure de la fin du xixᵉ siècle, souvent associé à la naissance du mouvement symboliste.
Un poète entre deux cultures
issu d’une famille distinguée d’athènes, fils de magistrat, Moréas reçoit une éducation française et s’installe à paris en 1875 pour y faire des études de droit. il fréquente rapidement les cercles littéraires, notamment les hydropathes et le chat noir, où il se lie d’amitié avec des poètes comme paul verlaine et stéphane mallarmé.
en 1886, il publie dans le figaro le manifeste du symbolisme, un texte fondateur qui rejette le naturalisme de zola et le parnasse, et revendique une poésie suggestive, mystérieuse, et musicale. il y défend une esthétique où le poème doit évoquer plutôt que décrire, suggérer plutôt qu’affirmer.
Une œuvre entre symbolisme et école romane
son œuvre poétique est marquée par plusieurs phases :
- les débuts symbolistes : ses premiers recueils, les syrtes (1884) et cantilènes (1886), sont fortement influencés par verlaine et le mouvement décadent, mais moréas rejette cette étiquette pour revendiquer le terme de symboliste.
- le pèlerin passionné : en 1891, il publie le pèlerin passionné, où il rejette les influences romantiques et germaniques pour se tourner vers les modèles antiques (grecs et romains). ce recueil marque le début de son engagement en faveur de l’école romane, un mouvement qui prône un retour à la clarté et à la simplicité classiques.
- les stances : en 1899, il publie stances, un recueil où il atteint une pureté classique, inspirée d’andré chénier et des poètes antiques.
Un héritage littéraire
moréas a joué un rôle central dans la définition du symbolisme, mais il a aussi été un passeur entre les cultures grecque et française. son œuvre, bien que moins connue aujourd’hui, a influencé des générations de poètes, notamment les surréalistes et les poètes de l’école romane.
il reste un théoricien du symbolisme, un artisan de la modernité poétique, et un poète dont l’œuvre, à la fois mélancolique et luminueuse, continue de fasciner par sa musicalité et sa profondeur.
BIBLIOGRAPHIE
- Les Syrtes (1884)
- Cantilènes (1886)
- Le Pèlerin passionné (1891)
- Stances (1899)
- Ériphyle (1894)