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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

599 - ZOOM DADIÉ

BERNARD DADIÉ




La complainte du nègre (extrait de l'ouvrage Afrique debout !)


Je vous remercie mon Dieu de m'avoir créé Noir. Le blanc est une couleur de circonstance Le noir, la couleur de tous les jours Et je porte le Monde depuis l'aube des temps. Et mon rire sur le Monde, dans la nuit, Crée le Jour. Je vous remercie mon Dieu de m'avoir créé Noir. Le blanc est une couleur de circonstance Le noir, la couleur de tous les jours. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item





Le Pagne noir (extrait du conte éponyme)


Il y avait une fois une jeune orpheline appelée Aiwa. Sa marâtre la détestait et l'accablait de travaux. Un jour, elle lui remit un pagne noir en lui disant : va le laver à la rivière, et ne reviens pas tant qu'il ne sera pas devenu blanc comme du lait. Aiwa s'en alla, le cœur lourd. Elle frotta, elle frotta le pagne contre les pierres, mais le noir restait noir. Elle pleura, et ses larmes se mêlèrent à l'eau du fleuve. Les poissons s'arrêtèrent pour l'écouter chanter sa détresse, car elle savait que seule la magie ou la mort pourrait blanchir ce que la nuit avait teinté. https://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-de-bernard-dadie




Je vous remercie mon Dieu (extrait de La Ronde des jours)


Je vous remercie mon Dieu de m'avoir créé Noir, D'avoir fait de moi La somme de toutes les douleurs, Mis sur ma tête, Le Monde. J'ai la forme du monde, Fut façonnée par Vous, Pour que Vous m'ayez reconnu entre tous. Je porte le Monde depuis le premier matin. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item




Un Nègre à Paris (extrait)


Le métro est une sorte de boyau de fer où les gens se pressent, s’écrasent, se dévorent du regard sans jamais se parler. C’est là que l’on mesure toute la solitude de ces grandes villes de pierre. On court après le temps comme si on pouvait le rattraper, comme si le bonheur était une station que l'on a peur de rater. Moi, je regarde ces visages pâles et je cherche un sourire, une étincelle, quelque chose qui me rappelle la palabre sous le baobab. Mais ici, le temps est une machine et les hommes sont des rouages qui grincent. https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/bernard-dadie




Le miroir (extrait de La Ville où nul ne meurt)


La ville est un miroir où chacun cherche son image. Mais le miroir est brisé. On ne voit que des fragments, des éclats de vie qui ne se rejoignent jamais. On construit des murs toujours plus hauts pour se protéger des autres, sans comprendre que les murs les plus difficiles à abattre sont ceux que nous portons en nous. La véritable ville est celle que l'on bâtit avec des mots de paix, avec des gestes d'accueil, celle où personne n'est étranger parce que tout le monde est un hôte. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3326117p/f1.item




PRÉSENTATION


Bernard Binlin Dadié né en 1916 à Assinie en Côte d'Ivoire et mort en 2019 à Abidjan est considéré comme le père de la littérature ivoirienne moderne. Écrivain prolifique poète romancier dramaturge et conteur il a traversé le siècle en témoignant de l'éveil de l'Afrique. Son œuvre est marquée par un humanisme universel et une défense ardente de la dignité noire au sein du mouvement de la Négritude. Après avoir été emprisonné pour ses activités politiques lors de la lutte pour l'indépendance il a occupé de hautes fonctions ministérielles. Des recueils de contes traditionnels comme Le Pagne noir aux chroniques satiriques telles que Un Nègre à Paris il a su allier l'humour à la gravité pour dénoncer le colonialisme et les travers de la société moderne tout en célébrant la fraternité entre les peuples.




BIBLIOGRAPHIE


Afrique debout !, Éditions Pierre Seghers, 1950.

Le Pagne noir, Présence Africaine, 1955.

La Ronde des jours, Présence Africaine, 1956.

Un Nègre à Paris, Présence Africaine, 1959.

Patron de New York, Présence Africaine, 1964.