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679 - ZOOM MYSTICISME
POÉSIE MYSTIQUE OCCIDENTALE
1. Sélection de textes sources
Textes de Jean de la Croix (1542–1591)
1. La Nuit obscure
Par une nuit obscure,
Brûlant d'un amour plein de désirs,
Ô l'heureux sort !
Je sortis sans être vu,
Ma maison étant déjà paisible.
Dans les ténèbres et en sûreté,
Par l'escalier secret, sous un déguisement,
Ô l'heureux sort !
Dans les ténèbres et en cachette,
Ma maison étant déjà paisible.
Dans la nuit heureuse,
En secret, car personne ne me voyait
Et je ne regardais rien,
Sans autre lumière ni guide
Que celle qui brûlait dans mon cœur.
Celle-ci me guidait,
Plus sûre que la lumière du midi,
Là où m'attendait
Celui que je connaissais bien,
En un lieu où personne ne paraissait.
Ô nuit qui m'as guidé !
Ô nuit plus aimable que l'aurore !
Ô nuit qui as uni
L'Aimé avec son aimée,
L'aimée en son Aimé transformée !
Sur mon sein fleuri,
Qui pour lui seul se gardait entier,
Là il resta endormi,
Et moi je le caressais,
Et le vent des cèdres donnait du frais.
Le vent de l'imminence,
Quand je m'éparpillais dans ses cheveux,
De sa main sereine
Mon cou il blessait,
Et tous mes sens suspendaient leur cours.
Je restai et je m'oubliai,
Le visage recliné sur l'Aimé ;
Tout cessa et je me quittai,
Laissant mon souci
Parmi les lys oublié.
https://www.poesie-francaise.fr/saint-jean-de-la-croix/
2. Cantique spirituel
Où t'es-tu caché,
Mon Aimé, me laissant avec des gémissements ?
Comme le cerf tu t'es enfui,
M'ayant blessée ;
Je suis sortie en criant après toi, et tu étais parti.
Bergers, vous qui allez
Là-haut par les bergeries au sommet de la montagne,
Si par aventure vous voyez
Celui que j'aime le plus,
Dites-lui que je souffre, que je meurs et que je languis.
En cherchant mes amours,
J'irai par ces montagnes et ces rivages ;
Je ne cueillerai pas les fleurs,
Je ne craindrai pas les bêtes feroces,
Et je franchirai les forts et les frontières.
Ô forêts et épaisseurs
Plantées par la main de l'Aimé !
Ô pré de verdure,
Émaillé de fleurs,
Dites si par vous il a passé !
Répandant mille grâces,
Il est passé par ces bosquets en hâte,
Et les regardant,
Par sa seule figure,
Il les a laissés revêtus de sa beauté.
https://www.poesie-francaise.fr/saint-jean-de-la-croix/
Textes d'Angélus Silesius (1624–1677)
3. Le Pèlerin chérubinique (Livre I, extraits)
La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit,
Elle ne prend garde à elle-même, ne désire pas être vue.
Dieu est un si pur Rien, que jamais le Maintenant ni le Ici
Ne le touchent : plus tu veux le saisir, plus il échappe à toi.
Arrête : où cours-tu donc ? Le ciel est en toi-même ;
Si tu cherches Dieu ailleurs, tu le manques à jamais.
Je suis aussi grand que Dieu, il est aussi petit que moi ;
Il ne peut sans moi être, ni moi sans lui être.
L'abîme de mon esprit appelle sans cesse
L'abîme de Dieu : dis-moi, lequel est le plus profond ?
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1280590x
4. Le Pèlerin chérubinique (Livre II, extraits)
L'amour est comme un feu, il brûle sans cesser ;
Il consomme le bois, le fer et le rocher.
Rien n'est haut ni profond, rien n'est large ni étroit,
Si ce n'est toi-même qui te rends ainsi tout droit.
L'âme où Dieu repose est un ciel assuré,
Un trône de gloire, un jardin désiré.
Sois transformé en Dieu, si tu veux le connaître ;
La lumière ne voit que ce qui est lumière en son être.
L'homme qui ne veut rien, ne sait rien, ne possède rien,
A trouvé la perle unique et le souverain bien.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1280590x
Texte de Thérèse d'Avila (1515–1582)
5. Que rien ne te trouble
Que rien ne te trouble,
Que rien ne t'effraie,
Tout passe,
Dieu ne change pas.
La patience
Tout obtient ;
Qui possède Dieu
Ne manque de rien :
Dieu seul suffit.
Élève ta pensée,
Au ciel monte,
Pour rien ne t'inquiète,
Rien ne te trouble.
Suis Jésus-Christ
D'un grand cœur,
Et quoi qu'il arrive,
Que rien ne t'effraie.
https://www.poesie-francaise.fr/sainte-therese-d-avila/
Présentation de la poésie mystique
La poésie mystique constitue un genre littéraire et spirituel axé sur l'expression de l'expérience directe, intime et ineffable de l'union avec le Divin ou le Sacré. Historiquement présente dans la plupart des grandes traditions religieuses (le christianisme, le soufisme islamique, le judaïsme cabbalistique ou le hindouisme), elle cherche à surmonter les limites du langage humain ordinaire en recourant au symbolisme, à la métaphore amoureuse, au paradoxe et aux images de l'ombre et de la lumière. Dans la tradition occidentale européenne, la poésie mystique connaît son apogée aux XVIe et XVIIe siècles, portée par la mystique espagnole (Sainte Thérèse d'Avila, Saint Jean de la Croix) et la théologie négative germanique (Angélus Silesius). Elle aborde les thèmes de la dépouillement intérieur, du désir de l'Ame-épouse vers l'Époux divin, du passage par la nuit obscure des sens et de l'abolition du soi dans l'infini.
Bibliographie
- Baruzi, Jean. Saint Jean de la Croix et le problème de l'expérience mystique. Paris : Félix Alcan, 1924.
- Dagens, Jean. Bérulle et les origines de la restauration catholique (1575-1611). Paris : Desclée de Brouwer, 1952.
- Deprun, Jean. La poésie mystique française du XVIIe siècle. Paris : Armand Colin, 1966.
- Orcibal, Jean. La rencontre du Carmel thérésien avec les mystiques du Nord. Louvain : Publications universitaires, 1959.
- Snyders, Georges. La Poésie chrétienne en France au XVIIe siècle. Paris : Presses Universitaires de France, 1955.
Nota bene : Les textes et références rassemblés ci-dessus sont issus de fonds documentaires publics et de numérisations de la Bibliothèque nationale de France (Gallica).
POÉSIE MYSTIQUE PERSANNE
1. Sélection de textes sources
Textes de Djalâl ad-Dîn Rûmî (1207–1273)
1. Masnavî (Livre I, Chant du Roseau)
Écoute le roseau raconter son histoire,
Il se plaint de la séparation :
Depuis qu'on m'a coupé de la roseraie,
Mes gémissements font pleurer les hommes et les femmes.
Je cherche un cœur déchiré par la séparation
Pour lui confier la douleur du désir.
Quiconque reste éloigné de sa source
Cherche toujours le temps de sa réunion.
Je me suis lamenté dans toutes les assemblées,
J'ai été compagnon des heureux et des malheureux.
Chacun est devenu mon ami selon sa propre pensée,
Mais nul n'a cherché les secrets au fond de mon âme.
Mon secret n'est pourtant pas loin de ma complainte,
Mais l'œil et l'oreille manquent de la lumière pour le voir.
Le corps n'est pas caché à l'âme, ni l'âme au corps,
Pourtant nul n'a la permission de voir l'âme.
Le feu du roseau est un feu, ce n'est pas du vent ;
Que celui qui n'a pas ce feu soit compté pour rien.
C'est le feu de l'amour qui est tombé dans le roseau,
C'est la ferveur de l'amour qui a agité le vin.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065181
2. Odes mystiques (Diwan-i Shams-i Tabrizi)
Ô mon âme, qui est cet Être qui habite dans mon cœur ?
Puisque je suis ivre de Lui, de quoi pourrais-je avoir peur ?
Il est la lumière de mon œil, il est le repos de mon esprit,
Il est la vie de mon âme, il est le jardin de ma joie.
Quand il s'approche, ma douleur s'enfuit et disparaît,
Quand il me parle, le silence absolu règne en moi.
Je suis devenu comme une ombre devant son soleil,
Disparu en sa lumière, effacé dans sa splendeur.
Ce n'est pas moi qui parle, c'est Lui qui parle en moi,
Je ne suis que la flûte, et Il est le souffle qui chante.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065181
Textes de Farid al-Din Attar (v. 1145–v. 1221)
3. Le Cantique des oiseaux (Mantiq al-Tayr)
Venir à Soi est la condition pour aller à Lui ;
Tant que tu es toi-même, tu restes séparé.
Les trente oiseaux arrivèrent au terme du voyage,
Épuisés, sans plumes et sans ailes sur la montagne.
Ils cherchaient le Simorgh, le Roi d'une splendeur immense,
Mais en se regardant, ils virent qu'ils étaient le Simorgh.
Ils contemplèrent le Roi, et ce Roi était eux-mêmes ;
Ils se contemplèrent eux-mêmes, et ils étaient le Roi.
Lorsqu'ils regardaient les deux à la fois,
Le Roi et eux-mêmes n'étaient qu'une seule réalité.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54506822
4. Le Livre des Secrets (Asrar-Nama)
L'amour est le feu qui brûle la demeure du soi,
Il efface l'existence de celui qui s'abandonne.
L'homme éveillé est celui qui meurt à lui-même
Afin de vivre éternellement dans l'Unique.
Ne cherche pas la lumière en dehors de ton être ;
La source de toute vie jaillit au centre du cœur.
Ce monde n'est qu'un miroir de la beauté suprême,
Regarde avec l'œil de l'esprit pour voir le Vrai.
Quitte la poussière de l'illusion terrestre,
Et prends ton envol vers l'espace sans limites.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54506822
Texte de Hafiz Shirazi (v. 1325–1390)
5. Divan (Ghazals)
Dans le banquet de l'Éternité, le verre de vin tourne toujours,
L'amoureux boit la coupe et s'affranchit du temps.
Ne demande pas au sage la voie du véritable Amour,
Demande-la au poète ivre qui a perdu son nom.
Mon cœur est le miroir où se reflète la face de l'Aimé,
Si la poussière ne vient pas en troubler la pureté.
Rien ne reste de moi quand monte la clarté du Matin ;
Je suis la nuit qui s'efface devant le rayon divin.
Ô Hafiz, ne te plains pas de la blessure de la séparation,
Car c'est par cette fissure que la lumière est entrée.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065181
Présentation de la poésie mystique persane
La poésie mystique persane représente l'un des sommets de la littérature soufie et du patrimoine spirituel mondial. Élaborée principalement entre le XIe et le XIVe siècle dans l'aire culturelle iranienne, elle utilise la langue persane comme véhicule privilégié de l'amour divin et de la quête d'union mystique (fana ou anéantissement du soi en Dieu). Des figures majeures comme Attar, Rûmî et Hafiz ont développé une symbolique d'une grande richesse, où le vin représente l'ivresse spirituelle, le tavernier le maître initiateur, le roseau la nostalgie de l'âme séparée de sa source, et la rose l'irradiante beauté divine. Au travers du ghazal (ode lyrique) ou du masnavî (couplets rimés), cette tradition poétique enseigne que le monde visible n'est qu'un reflet de l'Éternel et que seul l'Amour permet de franchir le voile de l'illusion pour réaliser l'unité fondamentale de l'être.
Bibliographie
- Corbin, Henry. L'Homme de lumière dans le soufisme iranien. Paris : Éditions Présence, 1971.
- Corbin, Henry. En Islam iranien : aspects spirituels et philosophiques. Paris : Gallimard, 1971.
- Massignon, Louis. La Passion de Husayn Ibn Mansûr Hallâj. Paris : Gallimard, 1975.
- Vitray-Meyerovitch, Eva de. Rûmî et le soufisme. Paris : Éditions du Seuil, 1977.
- Vitray-Meyerovitch, Eva de. La poésie mystique en Islam. Paris : Desclée de Brouwer, 1985.
Nota bene : Les textes et références rassemblés ci-dessus sont issus de fonds documentaires publics et de numérisations de la Bibliothèque nationale de France (Gallica).
AUTRES POÉSIES MYSTIQUES ANCIENNES
1. Sélection de textes sources
1. Rābiʿa al-ʿAdawiyya (v. 714–801) — Tradition arabe soufie
Je T'aime de deux amours :
Un amour tout d'inclination,
Et un amour parce que Tu es digne de l'être.
Le premier, c'est que je m'occupe à me souvenir de Toi,
Et à écarter ce qui n'est pas Toi.
Le second, c'est que Tu lèves les voiles
Afin que je Te voie.
Aucun mérite pour moi ni dans l'un ni dans l'autre,
Mais à Toi la louange dans l'un et dans l'autre.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54506822
2. Kabir (XVᵉ siècle) — Tradition indienne bhakti
Je riais quand on me disait
Que le poisson dans l'eau a soif.
Tu ne vois pas que le Divin est dans ta maison,
Et tu erres de forêt en forêt !
La vérité est ici ; où que tu ailles,
À Varanasi ou à La Mecque,
Si tu ne trouves pas ton âme, le monde te reste invisible.
Reste chez toi, et cherche en toi-même :
C'est là que se trouve le Maître.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065181
3. Salomon ibn Gabirol (1021–1058) — Tradition hébraïque kabbalistique
Tu es Un, le commencement de tout compte,
Le fondement de toute structure.
Tu es Un, et dans le mystère de ton Unité,
Les plus sages des hommes s'égarent.
Tu es Vivant, mais non point fixé par un temps
Ni limité par un terme.
Tu es Grand, et devant ta grandeur
Toutes les puissances s'inclinent et tremblent.
Tu es la Lumière, et l'œil pur
Ne peut Te contempler sans s'éblouir.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1280590x
4. Han Shan (IXᵉ siècle) — Tradition chinoise bouddhiste Chan / Zen
Mon esprit est comme la pleine lune,
Brillant, pur dans le lac de jade.
Rien ne peut se comparer à lui ;
Comment pourrais-je l'expliquer ?
Je suis assis seul au sommet de la montagne,
La lune monte à travers les nuages.
L'univers entier est plongé dans le silence,
Et la lumière resplendit au cœur du monde.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54506822
5. Mirabai (v. 1498–1547) — Tradition indienne bhakti
J'ai attaché les grelots à mes pieds et je danse !
Les gens disent que Mira est devenue folle,
La famille dit qu'elle a ruiné la lignée.
Mais j'ai bu la coupe de poison envoyée par le Roi,
Et elle s'est changée en nectar dans ma gorge.
Mon corps et mon esprit appartiennent au Seigneur,
Je me suis abandonnée à la grâce de Krishna.
Mira a trouvé le Très-Haut pour maître,
Et rien ne pourra plus jamais briser son lien.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1065181
Présentation des poésies mystiques d'Orient et de la Bhakti
Cette sélection illustre l'universalité du langage poétique mystique à travers des aires linguistiques et des traditions spirituelles diverses. De l'Arabie médiévale à l'Inde de la Bhakti, en passant par l'Espagne judaïque et la Chine médiévale, ces œuvres partagent le rejet des intermédiaires institutionnels au profit d'une expérience directe du Sacré. Chez Rābiʿa al-ʿAdawiyya ou Mirabai, l'abandon à la divinité prend la forme d'un amour absolu et subversif qui brise les conventions sociales. Chez Kabir, Han Shan et Salomon ibn Gabirol, la poésie se fait méditation sur l'immanence et la transcendance, utilisant des images naturelles simples (la lune, l'eau, la montagne, la lumière) pour traduire le dépouillement de l'égocentrisme et la découverte de la réalité suprême au centre de l’être.
Dans l'Inde (Tradition bhakti et sikhisme)
- Kabir (XVᵉ siècle) : Tisserand et poète itinérant, il dépasse les clivages entre hindouisme et islam pour chanter un Dieu sans forme (Nirguna), accessible uniquement par la dévotion directe du cœur.
- Mirabai (XVIᵉ siècle) : Princesse rajput devenue sainte itinérante, ses poèmes lyriques (bhajans) expriment un amour mystique absolu et exclusif pour le dieu Krishna.
- Lalleshwari / Lal Ded (XIVᵉ siècle) : Poétesse du Cachemire rattachée au shivaïsme mystique, ses vers courts (vakhs) célèbrent le détachement et l'union intérieure avec le Divin.
Dans le monde arabo-musulman (Tradition soufie pré-persane et maghrébine)
- Rābiʿa al-ʿAdawiyya (VIIIᵉ siècle) : Poétesse de Bassora, pionnière de la mystique de l'Amour pur et désintéressé (Al-Hubb), rejetant la peur de l'enfer ou le désir du paradis au profit du seul Aimé.
- Ibn Arabi (1165–1240) : Né à Murcie (Andalousie), ce grand penseur et poète a formulé la doctrine de l'Unité de l'Être (Wahdat al-Wujud) à travers des recueils poétiques comme L'Interprète des désirs.
- Ibn al-Fāriḍ (1181–1235) : Surnommé le « Sultan des amoureux », ce poète égyptien a composé des odes épiques sur l'ivresse spirituelle et le vin mystique.
Dans le judaïsme (Traditions kabbalistique et hassidique)
- Salomon ibn Gabirol / Avicebron (XIᵉ siècle) : Poète et philosophe andalou dont les hymnes spirituels, notamment le Keter Malkhout (La Couronne du Royaume), méditent sur l'infinité divine et la petitesse de l'homme.
- Juda Halévi (1075–1141) : Également issu de l'Espagne médiévale, il exprime dans ses Sionides la nostalgie spirituelle et l'amour divin à travers la métaphore de la terre sainte.
Dans la Chine taoïste et le bouddhisme Chan / Zen
- Lao Tseu et Chuang Tzu (Antiquité chinoise) : Bien que rédigés sous forme de maximes ou de paraboles, les versets du Tao Töh King s'apparentent à de la poésie mystique célébrant la fusion avec le Voie (le Tao) et le non-agir.
- Han Shan / « Montagne Froide » (IXᵉ siècle) : Hermite bouddhiste de la dynastie Tang, ses poèmes décrivent la solitude des montagnes comme métaphore du dépouillement et de l'éveil spirituel.
Bibliographie
- David-Néel, Alexandra. Les Enseignements secrets dans les sectes bouddhistes tibétaines. Paris : Adyar, 1951.
- Vaudeville, Charlotte. Kabir Granthavali : Traduction et notes. Pondichéry : Institut français d'indologie, 1957.
- Scholem, Gershom. Les Grands Courants de la mystique juive. Paris : Payot, 1950.
- Massignon, Louis. Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane. Paris : Vrin, 1954.
- Renou, Louis. L'Hindouisme : les textes essentiels. Paris : Payot, 1951.
Nota bene : Les textes et références rassemblés ci-dessus sont issus de fonds documentaires publics et de numérisations de la Bibliothèque nationale de France (Gallica).
POÉSIE MYSTIQUE CONTEMPORAINE
1. Sélection de textes sources
1. Pierre Emmanuel (1916–1984) — Extrait de Tu (1978)
Je te cherche dans l’ombre où tu te caches
Et c’est mon propre cœur qui te fait ombre.
Tu es si près de moi que je ne puis
Te voir sans me perdre de vue.
Laisse-moi ne plus être afin que tu sois,
Oublie-moi dans l’immensité de ton être,
Car tu es le Vivant et je ne suis
Que le silence où ton Nom va naître.
https://www.poesie-francaise.fr/pierre-emmanuel/
2. Christian Bobin (1948–2022) — Extrait de La Présence pure (1999)
Le monde est rempli de lumière
Mais nous ne voyons que le bruit qu'il fait.
Il suffit d'un oiseau sur une branche,
D'une goutte d'eau sur la vitre,
Pour que le ciel s'ouvre brusquement
Et que l'éternité traverse le temps.
Dieu n'est pas un grand secret caché au loin,
Il est la simplicité même de ce qui est,
La clarté d'un regard sans attente,
La grâce d'un instant qui ne demande rien.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/La-presence-pure
3. Roberto Juarroz (1925–1995) — Extrait de Poésie verticale (1958)
Il y a des moments où l'on voudrait
Créer un silence si profond
Que Dieu lui-même vienne s'y asseoir
Sans rien dire.
Regarder une chose jusqu'à ce qu'elle s'efface
Et qu'il ne reste que la lumière
Qui la maintenait debout.
La poésie ne cherche pas le ciel,
Elle creuse la terre jusqu'à trouver
L'autre côté du vide.
https://www.jose-corti.fr/titres/poésie-verticale.html
4. Jean-Pierre Lemaire (né en 1948) — Extrait de L'Intérieur du monde (1995)
Nous marchons dans la poussière du jour
Sans savoir que chaque pas
Laisse une empreinte de clarté
Sur le sol du royaume.
Il y a une voix sous les voix,
Un murmure qui n'interrompt rien
Mais qui remet chaque chose à sa place
Dans le dessin du silence.
Ouvre la main sans rien retenir :
Ce que tu perds aujourd'hui
Est déjà rendu au soleil.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/L-Interieur-du-monde
5. Kathleen Raine (1908–2003) — Extrait de La Présence (1987)
Je suis le vent qui passe dans les herbes,
Je suis la pierre oubliée sur le chemin,
Je suis l'eau vive qui descend des collines
Et le regard qui contemple le monde.
Rien n'est séparé de l'unique Esprit :
La feuille qui tombe rejoint la terre
Comme une prière dite à voix basse
Dans la grande maison du silence.
https://www.arbre-a-paroles.be/kathleen-raine/
Présentation de la poésie mystique contemporaine
La poésie mystique du XXᵉ et du XXIᵉ siècle se détache des cadres ecclésiaux pour explorer le sacré à travers la nudité du langage, la présence au monde et l'expérience de l'instant. Chez Pierre Emmanuel, la quête spirituelle conserve la ferveur métaphysique du christianisme, où l'homme lutte avec Dieu dans le secret de son âme. Chez Christian Bobin et Jean-Pierre Lemaire, la mystique devient une célébration du quotidien, une écoute attentive des failles légères et de la grâce cachée dans la simplicité des choses. Roberto Juarroz déploie quant à lui une mystique épurée et métaphysique, centrée sur le vide et l'invisible, tandis que Kathleen Raine s'inscrit dans une tradition cosmologique où la nature tout entière révèle la présence de l'esprit universel.
Bibliographie
- Bident, Christophe. Pierre Emmanuel ou la ferveur de la parole. Paris : Éditions du Seuil, 1998.
- Leclair, Yves. Christian Bobin, l'émerveillé. Paris : Éditions du Rocher, 2003.
- Maulpoix, Jean-Michel. La Poésie française contemporaine. Paris : Armand Colin, 2004.
- Starobinski, Jean. La poésie de Roberto Juarroz et l'expérience du vertige. Paris : José Corti, 1993.
- Tadié, Jean-Yves. La Littérature française du XXe siècle. Paris : Presses Universitaires de France, 2007.
Nota bene : Les références bibliographiques et les mentions d'éditeurs ci-dessus sont issues des catalogues d'éditions contemporaines et des fonds documentaires de la Bibliothèque nationale de France.