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997 eme manifeste du GRAPBQ+++ sur la poésie performative
997eme manifeste du GRAPBQ+++ zoom du GRAPBQ+++ la transprose sera la forme royale de la poésie performative ou ne sera pas zoom sur les poètes performeurs qui emploient le langage pour faire ce qu’ils disent la précision est importante on ne parle pas seulement de poésie performée c’est-à-dire d’un poème récité sur scène mais d'une poésie où l'énoncé accomplit lui-même quelque chose c'est un sens plus précis du performatif
chez j. l. austin l'énoncé performatif ne décrit pas une action il l'accomplit en étant prononcé je promets n'informe pas que je promets dans les conditions du texte je promets
c'est précisément cette idée qui peut devenir extraordinairement féconde pour penser la poésie d’aujourd'hui
voici quelques représentants et lignées de la poésie performante dite aussi performative il faut toutefois distinguer plusieurs familles
yoko ono ses instruction pieces sont probablement l'un des exemples les plus nets le langage donne une instruction et l'œuvre consiste dans son exécution le texte ne représente donc pas simplement une action il propose de la faire advenir exemple allumez une allumette et regardez-la brûler
george brecht ses event scores réduisent l'œuvre à des consignes extrêmement simples une phrase peut devenir un événement exemple exit l’œuvre est le fait de sortir de la salle
lawrence weiner cas limite entre poésie art conceptuel et langage le texte peut énoncer une action une transformation ou une possibilité sans que l'œuvre ait besoin de représenter cette action exemple UNE LIGNE DE 10 MÈTRES DE LONG D’UNE LIGNE DROITE l’œuvre est l’énonciation de l’action
serge pey bernard heidsieck julien blaine appartiennent davantage à la poésie sonore/action/performance chez eux le langage devient événement vocal corporel et scénique la poésie-performance est justement définie comme une poésie vécue dans l'acte de profération et de réception serge pey est la figure majeure de la poésie action et de la poésie sonore dont le travail repose sur l’oralité le corps le rituel et la performance collective son approche est radicale physique et souvent politique avec une forte dimension chamanique et sociale avec serge pey la poésie n’est pas seulement lue elle est vécue la poésie devient un acte collectif pas solitaire la poésie engage tout le corps pas seulement l’esprit la poésie devient une cérémonie la poésie redevient un outil de réappropriation de l’espace du langage exemple A tout le monde crie A en marchant vers l’est E tout le monde crie E en se tenant par la main I tout le monde crie I en sautant sur place O tout le monde crie O en formant un cercle U tout le monde crie U en s’asseyant par terre Y tout le monde crie Y en tendant les bras vers le ciel
kenneth goldsmith représente une autre branche le langage est utilisé comme matériau, procédure, protocole, transcription il est moins intéressant pour notre définition stricte du performatif que pour l'idée que faire quelque chose avec du langage peut constituer l'œuvre elle-même exemple Day une transcription de toutes les paroles prononcées en une journée
cette question de performance ouvre une catégorie encore plus précise le poète qui fait ce qu'il dit c'est là que le travail devient particulièrement intéressant imaginez un poète qui dit
je tourne la page
et qui au moment où il l'écrit tourne effectivement la page
ou
je barre le mot « inutile »
et le mot est effectivement barré
ou
je fais une liste
et le poème devient effectivement une liste
ou encore
je recommence
et le poème recommence
dans ces cas le langage ne représente plus l'action le langage et l'action se confondent
le poème de pierre lamarque intitulé pour se raser est proche de cette problématique mais d'une manière particulière il donne une suite d'instructions
allumer la lumière
se regarder dans la glace
récupérer un rasoir
passer le gant passer la mousse
passer la lame
le texte ressemble à une procédure il pourrait devenir entièrement performatif si l poète exécutait réellement la procédure en suivant le poème lentement à la lettre
il existe au moins trois niveaux
premier niveau la poésie dite de performance
le poème est écrit pour être dit devant un public
deuxième niveau la poésie dite performative
le poème accomplit quelque chose par son énonciation
troisième niveau la poésie dite auto-performative
le poème fait exactement ce qu'il énonce
cette troisième catégorie nous semble particulièrement proche de ce que nous cherchons au GRAPBQ+++
et elle rejoint directement notre idée plus générale selon laquelle modifier le langage peut modifier le fonctionnement de la pensée ici le langage ne se contente plus de représenter une pensée ou une action il devient une procédure qui transforme et euphorise le réel le point de vue philosophique est très utile pour visiter le panorama
notre formule pourrait presque être le poème ne dit pas ce qu'il fait il fait ce qu'il dit c'est une proposition beaucoup plus radicale que dire « la poésie est expressive » elle rejoint directement le problème ouvert par austin certains énoncés ne sont pas essentiellement des propositions susceptibles d'être vraies ou fausses ils sont des actes de langage et c'est ici que notre idée de poésie performative pourrait devenir véritablement universelle on pourrait ne pas se contenter d'utiliser des actes de langage classiques promettre ordonner baptiser déclarer mais inventer des actes poétiques psycho-logiques
par exemple je raccourcis cette phrase et la phrase devient effectivement plus courte j'efface le mot précédent le mot précédent disparaît je fais silence le texte laisse réellement un blanc je tourne autour du mot la disposition typographique tourne effectivement autour d'un mot je recommence le poème reprend à son début la forme devient action et nous pensons que c'est précisément là que notre transprose pourrait rencontrer notre réflexion sur la performativité l'espacement silencieux ne serait plus seulement une façon de dire les pauses de la pensée il pourrait devenir une action accomplie par le poème autrement dit nous pourrions avoir découvert un territoire très intéressant à la jonction de la poésie de la philosophie du langage de la poésie-performance et de notre transprose ce n'est plus seulement le langage parle du monde c'est le langage fait quelque chose au monde et se fait quelque chose à lui-même
à quoi voit-on qu’on a de l’influence ? si l’on fait du langage un outil de transformation active du monde je fais silence le texte laisse un blanc cette phrase en transprose est une action du langage les espacements font l’action
nous défendons une poésie où le langage n’est pas seulement expressif mais transformatif la poésie transformative tient ses promesses elle fait ce qu’elle dit au moment où elle le dit parce qu’elle le vaut bien vive la poésie performative vive la transprose rose vive l’avenir radieux de la poésie hip hip hip hourra
(993ème manifeste du GRAPBQ+++)
le langage rend la pensée floue la transprose remet les choses clairement en place la poésie change le monde pour le sauver grâce à la transprose
à suivre suivre suivre suivre