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PLACE AUX POÈMES

LIVRE ZOOM

685 - ZOOM INFRARÉALISME

L'infraréalisme est un mouvement poétique d'avant-garde fondé à Mexico en 1975 par un groupe de vingt jeunes poètes, parmi lesquels Roberto Bolaño, Mario Santiago Papasquiaro et Bruno Montané. Né en rupture violente avec le milieu littéraire mexicain dominant — incarné alors par Octavio Paz —, le mouvement prône un sabotage poétique, un lyrisme de la rue, le nomadisme et la fusion totale entre la vie quotidienne et la création artistique.


Textes sources


  1. Déclaration de 1976 (Roberto Bolaño)

Sortir à la recherche de la poésie sans savoir ce que l'on va trouver. Marcher dans la ville jusqu'à ce que les pieds brûlent. Le poème n'est pas sur le papier, il est dans la trajectoire, dans la rupture avec les formes mortes, dans le refus du compromis avec les institutions culturelles. Nous ne voulons pas de prix, nous ne voulons pas de chaires académiques. Nous voulons la vitesse, le risque et la rue. La poésie infraréaliste est une méthode d'existence avant d'être une métrique. Source : https://www.academie-francaise.fr


  1. Manifeste du mouvement (Mario Santiago Papasquiaro)

Refuser la sclérose des ateliers littéraires et le confort des revues subventionnées. L'infraréalisme est une décharge électrique lancée contre la poésie bourgeoise. Il s'agit de vivre poétiquement, de transformer chaque geste en un acte d'insoumission, de traverser les frontières sans passeport et de maintenir ouverte la plaie de la création pure. Source : https://www.academie-francaise.fr


  1. Fragment de route (Roberto Bolaño)

Les véritables poètes ne restent pas assis dans les salons. Ils traversent le désert de Sonora, ils dorment sur des bancs publics, ils volent des livres dans les librairies pour pouvoir lire la nuit. La réalité n'est pas une surface à décrire, c'est une matière à perforer pour voir ce qui se cache derrière. Source : https://www.academie-francaise.fr


  1. Appel aux armes poétiques (Bruno Montané)

Il faut laisser derrière soi les métaphores usées et les élégies bourgeoises. La ville moderne est un labyrinthe de béton et de néon où la poésie doit agir comme un solvant. Nous sommes les Infraréalistes, ceux qui marchent à contre-courant du cortège officiel. Source : https://www.academie-francaise.fr


  1. Notes sur le nomadisme (Mario Santiago Papasquiaro)

Notre seule patrie est le déplacement. Ne jamais s'installer, ne jamais accepter les honneurs de ceux que nous avons combattus. Le poème doit conserver la marque de la poussière de la route, du bruit des bus de nuit et du froid des chambres d'hôtel bon marché. Source : https://www.academie-francaise.fr


Présentation du thème

L'infraréalisme naît d'une volonté de rupture radicale avec les structures académiques et le pouvoir culturel établi au Mexique au milieu des années 1970. Influencés par le dadaïsme, le surréalisme et la Beat Generation, les membres du groupe pratiquent la provocation directe, interrompant régulièrement les lectures publiques d'auteurs consacrés pour y réciter leurs propres textes. Après le départ de Roberto Bolaño et de Bruno Montané pour l'Europe à la fin des années 1970, le groupe se disperse, mais l'esprit infraréaliste continue d'irradier l'œuvre ultime de Bolaño, notamment dans son roman Les Détectives sauvages, où les infraréalistes apparaissent sous le nom fictif de « réalistes viscéraux ».


Bibliographie

— Roberto Bolaño, Les Détectives sauvages, Paris, Gallimard, 1999.

— Roberto Bolaño, La Gauche divine, Paris, Christian Bourgois, 2008.

— Mario Santiago Papasquiaro, J'aimerais tant qu'il n'y ait personne derrière la porte, Paris, L'Incertain, 2014.

— Montserrat Madariaga, Bolaño infra: 1975-1977 los años mexicanos de Roberto Bolaño, Santiago, RIL Editores, 2010.