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687 - ZOOM FINITUDE
notule du GRPBQ+++ finitude zoom sur la finitude la philosophie de la finitude et les philosophes de la finitude
la finitude désigne la condition d'être limité dans le temps l'espace ses capacités sa connaissance loin d'inscrire la finitude comme une tare ou une faiblesse face à la maladie la mort et l'infini la philosophie moderne et contemporaine en a fait la notion fondamentale de l'existence humaine voici quelques philosophes face à la problématique de la finitude
rené descartes conçoit la finitude par contraste l'homme prend conscience de son doute qui est sa finitude parce qu'il possède culturellement en lui l'idéal préalable de l'infiniment parfait l’idée de dieu
emmanuel kant déplace le problème vers la connaissance la finitude humaine réside pour lui dans la sensibilité humaine nous ne pouvons connaître le monde et sa finitude qu'à travers les formes du temps de l'espace et des catégories de l’entendement et des sens notre esprit ne crée pas la réalité mais une réalité il conçoit la réalité de manière limitée
martin heidegger fait de la finitude le cœur de l'existence (qu’il nomme dasein) l'être humain est un « être-pour-la-mort » (Sein zum Tode) La finitude n'est pas le simple fait biologique ultime mais la forme temporelle que prend notre liberté c'est parce que notre temps est compté que nos choix prennent une valeur authentique
jean-paul sartre lie la finitude à la contingence et à la liberté exister c'est être « condamné à être libre » dans une situation donnée
platon perçoit la finitude comme le propre du monde sensible et du corps (sôma) véritable prison ou tombeau (sêma) de cette chose nommée âme la chose nommée âme étant pour le GRPBQ+++ la trace du pas de l’homme l'existence matérielle marquée par le changement l'imperfection et le devenir par opposition au monde intelligible des idées éternelles inaltérables et infinies hauteurs vers lesquelles « l'âme » de l’homme cherche à monter par la dialectique
aristote ancre la finitude dans la nature même du réel à travers la notion de substance (ousia) tout être fini est un composé de matière et de forme défini par sa fin (telos) et son accomplissement (en télécheia) pour lui l'infini absolu n'existe pas en acte dans la nature seulement en puissance d’après aristote la finitude est la condition pour qu'une chose possède une identité et une essence déterminées
thomas d'aquin pense la finitude par la distinction entre l'être et l'essence seul dieu est l'être infini et créateur (actus purus) les créatures sont fondamentalement finies car leur essence est distincte de leur existence elles reçoivent leur être et leur essence de dieu leur finitude n'est pas une tare mais le signe d'une essence dépendante de dieu et d’une existence ontologique et féconde
pascal blaise parle de la finitude humaine par la figure du « roseau pensant » suspendu entre deux infinis l'infiniment grand et l'infiniment petit l'homme est un néant à l'égard de l'infini un tout à l'égard du néant un milieu entre rien et tout sa finitude est à la fois sa misère son insignifiance physique et sa grandeur sa conscience réflexive
friedrich nietzsche refuse la finitude comme manque ou regret d'un arrière-monde idéal à travers la pensée de l'éternel retour et la figure du surhomme il propose d'embrasser pleinement le devenir finiment terrestre sans espoir d'éternité céleste en affirmant la finitude du présent dans une intensité absolue (amor fati)
hans jonas pense la finitude à l'ère technologique sous l'angle de la vulnérabilité face à la puissance d'anéantissement acquise par l'humanité il formule le principe que la finitude n'est pas seulement la limite individuelle de notre propre vie mais la précarité de la vie sur terre qu'il convient de préserver pour les générations futures
bruno latour recadre la finitude à travers la notion de « terrestre » il prône le retour des pieds sur terre L'illusion moderniste d'une croissance et d'une maîtrise infinies s'effondre face aux limites de la zone critique de la planète être fini c'est reconnaître nos attachements et nos dépendances matérielles avec les non-humains dans un monde clos aux ressources comptées
siddhartha gautama (le bouddha) fonde son enseignement sur l'impermanence (anicca) et l'absence de soi perrenne (anatta) la finitude est l'étoffe même de l'existence vouloir saisir la finitude qui est intrinsèquement éphémère et limitée cause la souffrance (dukkha) l'extinction de cet attachement à la finitude mène à la libération (nirvana)
søren kierkegaard situe la finitude au cœur de l'angoisse existentialiste le soi est une synthèse dialectique de l'infini et du fini du temporel et de l'éternel l'angoisse naît de cette tension constante ue à la finitude l'individu s'effondre s'il se perd dans le pur imaginaire infini tout comme il se pétrifie s'il s'abandonne à la banalité du fini seul le saut de la foi permet d'assumer cette finitude en la rattachant à l'infiniment autre
simone de beauvoir pense la finitude à travers la notion d'ambiguïté de la condition humaine l'être humain est à la fois sujet conscient (qui tend vers la liberté et le projet) et objet matériel (limité par son corps, sa mortalité et sa situation historique) accepter cette finitude ambiguë interdit les fuites dans la mauvaise foi ou l'illusion d'une transcendance absolue pour imposer une morale de la responsabilité et de l'engagement concret auprès d'autrui
gaston bachelard aborde la finitude par la dialectique de l'imagination et de la raison face à la rigidité des formes finies de la matière l'esprit humain déploie une poétique de la rêverie qui transcende les limites du donné sur le plan épistémologique la finitude de l'esprit scientifique se manifeste par les « obstacles épistémologiques » la connaissance n'est jamais définitive ni illimitée elle procède par rectifications et ruptures successives
gilles deleuze radicalise la critique du manque en faisant de la finitude non pas une délimitation passive mais une force d'expression et d'immanence il refuse la finitude tragique ou négative issue de l'existentialisme pour lui le monde est un champ d'immanence pure parcouru d'intensités et de devenirs les formes finies sont simplement des pliures des « expressions » singulières et provisoires d'un flux de vie impersonnel et créateur il n’y a pas de finitude la finitude n’existe pas pour deleuze
jacques derrida déconstruit la finitude à travers la notion de « clôture » et de trace la finitude humaine est intrinsèquement liée à la répétition et à la « différance » nous ne pouvons jamais accéder à une présence pure ou absolue de nous-mêmes car tout sens passe par l'écriture et le signe lesquels nous survivent la mortalité et le deuil ne sont pas de simples accidents mais la structure cachée et première de l'expérience du langage et de toute expérience
georges didi-huberman envisage la finitude à travers la précarité des images et de la mémoire l'image n'est pas une totalité maîtresse d'elle-même mais une « étincelle » fugitive marquée par le manque et le déchirement face à la disparition et à la destruction l'image est ce qui survit malgré tout une survivance (Nachleben) fragile qui témoigne de la finitude de notre histoire et de nos traces
jean-luc nancy repense la finitude comme « être-singulier-plural ». La finitude n'est pas une délimitation fermée sur un soi isolé mais le lieu même du contact et du partage nous n'existons qu'à la limite en bordure des autres mourir ou naître c'est toucher la limite qui nous expose la finitude est ainsi la condition de la communauté sans substance commune autre que ce partage de la limite
ludwig wittgenstein dessine la finitude aux frontières du langage dans le Tractatus logico-philosophicus « les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde » La finitude humaine réside dans l'impossibilité de dire le mystique l'éthique ou le sens de la vie depuis l'intérieur du langage usuel ce qui touche et dépasse cette limite ne peut être énoncé mais seulement montré imposant le silence au philosophe
jacques lacan ancre la finitude dans la structure du sujet divisé par le langage l'entrée dans l'ordre symbolique marque une perte originelle le sujet est irrémédiablement marqué par un manque à être (objet petit a) le réel passant au statut de symbole la finitude n'est pas une simple limite biologique mais cette faille constitutive du désir humain qui tourne indéfiniment autour d'un vide qu'aucun objet même symbolique même imaginaire ne peut combler
stanley cavell (philosophie américaine) analyse la finitude sous l'angle du « scepticisme ordinaire » la finitude n'est pas un problème théorique à résoudre mais une condition tragique et quotidienne à accepter l'impossibilité de garantir notre accès au monde ou à l'esprit d'autrui autrement que par la reconnaissance le doute et le soin apporté à nos formes de vie partagées
clément rosset aborde la finitude à travers son ontologie du réel et du tragique pour rosset la finitude n'est pas un concept abstrait ou une étape dialectique mais la caractéristique fondamentale d'un réel « idiot » (au sens étymologique grec unique particulier singulier sans double) rosset lie l'unicité des choses à leur finitude toute chose est irremplaçable et n'existe que sous sa forme singulière immédiate et éphémère la tentation humaine face à cette finitude (la mort, la souffrance, le hasard) est de fabriquer des « doubles » des idéologies des métaphysiques des arrières-mondes ou des sens cachés pour se consoler le réel est « cruel » parce qu'il est fini muet sans justification ni recours possible la finitude exige de renoncer aux illusions pour accéder à une approbation inconditionnelle de ce qui est la joie tragique proche du concept d'amor fati chez nietzsche et proche du réel euphorique chez lamarque pierre
dans l'éthique (livre I définition 2) spinoza définit la chose finie ainsi est fini ce qui peut être limité par une autre chose de même nature un corps est fini parce qu'il rencontre d'autres corps qui l'arrêtent ou le modifient une pensée est finie parce qu'elle est limitée par une autre pensée en revanche la substance (ou la nature ou dieu) est infinie car rien ne peut la limiter de l'extérieur il n'y a rien en dehors d'elle pour spinoza nous ne sommes pas des « empires dans un empire » (nous n'avons pas un statut magique hors de la nature) être fini c'est être une simple partie de la nature
parce que nous sommes une partie au milieu d'une infinité d'autres nous sommes constamment soumis à des causes extérieures plus puissantes que nous c'est la source directe de notre vulnérabilité et de notre servitude passionnelle
être fini ne veut pas dire être passif ou inexistant chaque chose finie est animée par le conatus l'effort persévérant pour maintenir et accroître sa propre puissance d'être
la finitude se traduit par une tension d’un côté une force interne (notre essence) qui cherche à s'affirmer de l'autre des obstacles extérieurs qui réduisent cette force (tristesse) ou la favorisent (joie)
le conatus cherche toujours à détruire ce qui nous nuit la mort ou la destruction d'un être fini ne vient jamais de sa propre nature intérieure la finitude implique que la fin de notre existence physique est toujours causée par la rencontre avec une force extérieure plus puissante si notre corps et notre imagination sont strictement finis et soumis au temps notre esprit a la capacité d'atteindre une forme d'éternité dès cette vie
en comprenant les choses par la raison (sous l'aspect de l'éternité sub specie aeternitatis) l'esprit fini s'unit à la nécessité infinie de la nature il comprend sa place exacte dans le tout ce qui transforme la résignation en joie intellectuelle (amor dei intellectualis)