Le dépôt
Daté d'hier soir
Toute feuille est une feuille qui est une feuille. Tout crayon est une feuille car tout crayon se donne la feuille pour destin. Le crayon est une mine de charbon portée par une branche. La branche du crayon casse comme la branche de l'arbre. Le crayon est un arbre qui écrit. La crayon est une branche sans sève, dont on a échangé la sève contre du charbon. Dans le crayon coule une sève de charbon. On écrit avec la sève de charbon, car le crayon est une branche cassée non-reliée à un arbre. L'arbre, dans lequel coule une sève de sève, n'écrit rien sur une feuille c'est donc qu'il n'écrit qu'en lui-même. L'arbre, pourtant, dispose de nombreuses feuilles. Mais l'arbre n'écrit pas sur ses propres feuilles. Les feuilles des arbres sont des pages-blanches de couleur verte. Quand ils ne parviennent plus à rien écrire, les écrivains exposent leurs pages blanches A4 au soleil et se revigorent. Les feuilles du cahier de l'écrivain sont des pages-blanches blanches. Quand il a bien écrit, l'écrivain trempe sa page dans un verre de lait et la page redevient blanche. L'écrivain n'a pas de crayon car le crayon est dans son œil et dans son doigt. La feuille de l'écrivain n'est pas attaquée par les chenilles. Un écrivain qui mange sa feuille est une chenille. Les écrivains noircissent une page blanche, la nuit noircit le jour, les oiseaux noircissent les feuilles vertes. Les oiseaux écrivent des livres sur les feuilles vertes de l'arbre. Les chants d'oiseaux sont des notes et les feuilles d'arbres leurs partitions. Les oiseaux lisent les partitions des feuilles d'arbre en chantant. La forêt est un opéra.
Daté d'hier soir, écrit à la manière de Serge Pey ou d'Olivier Cadiot :)