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NOTES CRITIQUES, LIENS, DÉBATS, ESSAIS

NOTES DE LECTURE DE BÉATRICE NIZZA

D'ANISE KOLTZ

d'Anise Koltz


 


Soleils chauves


 


Je ne possède rien –


 


Je suis pleine de néant


vide comme le ciel


 


Ne m’appelez pas


 


Chaque fois


que mon nom est prononcé


il perd


de sa substance


    _____


 


J’existe –


le monde me traverse


je le traverse


 


Constellations


et glaise


s’affrontent en moi


 


Mon sang se jette


dans la mer


d’où jadis je suis sortie


unicellulaire


 


 


Un mot


peut signifier le monde


sans être le monde


 


Il n’est que signe


sonorité


 


le mot n’éclaircit pas


ne signifie rien en soi


 


Le poème le fait exister


    _____


 


Mon cerveau est agile


dangereux comme un guépard


 


Est-il mon assassin


ou suis-je le sien ?


 


L’un tremble


devant l’autre


 


 


Sept fois sept marches


descendent


jusqu’à mon subconscient


 


Les couloirs


sont à peine éclairés


 


Des paroles jamais prononcées


sont suspendues au plafond


comme des chauves-souris


 


Le silence pèse


devant sept portes


verrouillées


 


 


Qui me dit


que mon destin


m’était destiné ?


 


Je tournais jour par jour


dans l’univers


comme une planète inconnue


 


Chaque fois


le soleil me massacrait


alors j’ai fait alliance


avec la terre


    _____


Je voyage en moi


la terre m’est trop étroite


 


Tout me ressemble


et je ne ressemble à rien


 


Enfant d’Eve


damnée comme elle


je crache mes poèmes


avec le feu de l’enfer


 


 


Le temps a perdu


son présent


 


Je suis née


il y a mille ans


 


Mon sang me fait mal


il a coulé dans les veines


de mes ancêtres


 


Il est usé


comme les os


de ma carcasse


 


Une couche épaisse


de culture m’enveloppe


et ternit ma vie


 


 


Un vide infranchissable


enveloppe ma voix


 


Vie et mort sont contenues


dans ma parole


 


Je la crache


comme un cracheur de feu


jusqu’à ce que ma salive


tourne au noir


    _____


J’avance dans le désert


ouvert à tous les chemins


de l’errance


 


Je ne connais pas


le code des constellations


 


Je me confonds


dans cet univers


de silence de cette éternité


qui ne s’ennuie pas


 


 


Mes rêves conspirent


contre moi


 


Je n’échappe pas


à leur pillage


 


Ils brûlent


les mêmes terres


que la vie


    _____


Poussant le langage


à l’extrême


 


Nous perdons les questions


à travers nos réponses


 


Comment savoir


ce que nous oublions ?


 


 


Chaque création


chaque reproduction


demande son tribut :


 


La mort de son auteur


    _____


 


Je rappelle ma voix


des quatre points cardinaux


pour proclamer :


 


Aujourd’hui le destin de Dieu


dépend des hommes


 


Celui des hommes


ne dépend plus de Lui


 


 


Que suis-je venue faire


en ce monde


dont j’ignore


l’origine et le sens


 


Quelle réalité se dissimule


derrière les apparences


 


Personne ne trouve refuge


en l’autre


    _____


Mes poèmes


végètent parmi vous


sans antennes visibles


mais avec des tentacules


souterrains


qui creusent dans vos terres


de multiples galeries


 


 


Un mot venu


de je ne sais où


résonne en moi


comme un coup de canon


 


Un mot bloqué


emmuré


qui soudainement


s’écroule


comme la tour de Babel


    _____


Ma parole est un entrepôt


où j’ai engrangé


mes pensées


 


Qui a provoqué ma naissance


prescrit mon chemin ?


 


D’où suis-je venue


pour supporter l’obscurité


sans être armée, ?


 


 


Dans chacune de mes paroles


traîne le silence


 


Je vis caché


sous ma langue


 


En mentant


je dis la vérité


 


En disant la vérité


je mens


    _____


Nous évoluons


dans un géographie


que nous ne saisissons pas


la lumière règne la nuit


les ténèbres obscurcissent le jour


 


Aveugles au réveil


nous voyons en dormant


 


Tout est faux


dans sa vérité


 


 


Je me détourne du possible


j’interroge le possible


 


Tout est dans tout –


comme la fin


dans le commencement


    _____


Est-ce que je sais


qui je suis ?


 


Ou suis-je


celle que je ne suis pas ?


 


J’ai contourné le soleil


plus de 83 fois


 


Je connais la route


sans la connaître


faisant partie


de ce labyrinthe


 


 


A René


 


Je t’aime toujours


même si tu es mort


 


Je te bats


avec les battements


de mon cœur


pour te réveiller


 


 


Je rentre de plus en plus profondément


dans le paysage des autres


 


Je possède en moi


toutes les directions


 


Je marche sur la terre sèche


 


Au loin j’entends des paroles


prononcées des siècles plus tôt


 


Leurs échos ayant traîné


dans l’univers


avant de m’atteindre


 


 


J’ai traversé ton amour


comme une mauvaise saison


 


Nous ne nous complétions


que lorsque nous étions séparés


 


    _____


Tandis que les migrateurs


s’envolent vers le sud


les corbeaux répètent


la noirceur


de leurs plumes


 


Les nuages s’émiettent


le soleil devient chauve


 


 


 


A René


 


Je me pose sur ta tombe comme un rapace


dépliant mes ailes noircies


je t’apporte ma proie


comme une pitance


 


Soleils chauves


Editions Arfuyen, 2012



De la même autrice :


Un monde de pierres (I) (08/11/2021)


Un monde de pierres (II) (07/05/2022)


Galaxies intérieures (I) (08/11/2022)


Galaxies intérieures (II) (07/05/2023)


Je renaîtrai (1) (07/05/2024)


Je renaîtrai (2) (08//11/2024)


Le cirque du soleil (07/05/2025)


Le cri de l’épervier (08/11/2025)


L’ailleurs des mots (07/05/2026)