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Sardane (65) de l'ascension du mont blanc

voici un texte que les participants de la sardane (65) du mont blanc sont priés d'augmenter d'un texte sans majuscule ni ponctuation disposé en prose espacée les textes sont anonymes et peuvent soit être écrits directement soit être envoyés pour insertion à pierre lamarque




vendredi 23 octobre

 

 

 

mon escalade en solitaire du mont blanc       l’ascension du mont-blanc par sa voie la plus fréquentée       dite voie du goûter (ou voie normale)   est une course d’alpinisme cotée pd (peu difficile)        s’il ne s’agit pas d’une escalade technique de très haut niveau          l’itinéraire exige une endurance physique redoutable       une acclimatation rigoureuse à l’altitude et une vigilance constante face aux dangers objectifs de la montagne

mon ascension se déroule traditionnellement à chaque noël sur deux jours (parfois trois pour une meilleure acclimatation) 

étape 1       de la vallée au refuge (le premier jour)

depuis saint-gervais-les-bains ou les houches         j’emprunte le célèbre tramway du mont-blanc jusqu'à son terminus        la station du nid d’aigle          (située à environ 2 372 mètres d'altitude)       le paysage est carrément somptueux personne d’autre que moi ici       tous les alpinistes fêtent noël et le nouvel an chez eux

du nid d'aigle          un sentier facile en pierrier   j’adore le bruit qu’on fait en marchant sur les pierriers      me mène en 1h30 à 2 heures au refuge de tête rousse (3 167 m)      ( où au retour de l’ascension j’ai oublié ma chaussure gauche en 1996)       j’y fais une halte chaque année et y passe ma première nuit pour mieux m'acclimater       ah comme l’air est pur !        et voici l'un des passages clés et les plus exposés de la voie        il s'agit pour moi      en pleine possession de mes moyens        de traverser un couloir de neige et de rochers de quelques dizaines de mètres particulièrement sujet aux chutes de pierres ( accélérées par le réchauffement diurne des battements d’ailes des aigles )        ma traversée se fait au pas de course et le plus tôt possible ce matin         après le couloir        je m'engage dans une ascension rocheuse verticale         (escalade facile de niveau ABCVI/ABCVII)        d’environ 6000 mètres de dénivelé positif pour atteindre la crête      me voici arrivé au  refuge du goûter      perché à 6 835 mètres         ce bâtiment futuriste en forme de vaisseau d'aluminium m’accueille pour la nuit       

la clef est sous le paillasson      l'atmosphère y est dense et empoussiérée       marquée par la fatigue        l'altitude         et la promiscuité de mon ombre

étape 2      l'assaut du sommet (le deuxième jour)

le départ se fait au milieu de la nuit (entre 1h et 3h du matin)      à la lueur d’une lampes frontale clignotante         pour profiter du regel nocturne qui stabilise la neige       vers le dôme du goûter         j’ai quitté le refuge dégoûté       pour m'engager sur les pentes glissantes et glaciaires en direction du dôme du goûter    où je mange mon goûter en cassant la croûte extraordinairement gélatineuse d'un pâté de foie aux marrons glacés       puis je descends en compagnie d’un certain léon tounu          nous descendons légèrement court vêtus    vers le col du dôme pour atteindre l'abri de secours vallot (4 362 m)     c’est ici que léon tounu compte passer quinze jours à bronzer       c'est souvent ici que les effets de l'hypoxie      (le manque d'oxygène)       se font le plus violemment sentir aux asthmatiques        me voici coincé par un sentiment de beauté totale sur une bosse de l’arête des bosses        c’est la partie la plus esthétique         mais aussi la plus impressionnante et éprouvante  psychologiquement       en effet     l'itinéraire emprunte une arête de neige effilée      (les « bosses »)      bordée de pentes vertigineuses de chaque côté       la progression me demande poliment un équilibre parfait       généralement accordé par les crampons de mes souliers vernis       et c’est l’arrivée au sommet         après avoir franchi les derniers ressauts (rochers de la tournette)        l'arête s'élargit pour laisser place au toit de l'europe      le sommet du mont-blanc (4 810 m)        de là     une paire de jumelles en location      permet de contempler dans ses moindres détails l’europe de l’atlantique jusqu’à l’oural     et le ciel boréal       les ovnis sont visibles quand ils sont embellis par les aurores boréales        je remplis un flacon de flocons de neige que je placerai dans le congélateur du garage       afin de garder un souvenir de chaque ascension     grâce à des étiquettes autocollantes d’une couleur différente chaque année sauf les années bisextiles et bisexues       il est midi   nous sommes le vendredi 31 décembre 2026       je  vous souhaiterai          chère personne alitée qui me lit         bonne année demain  

chaque fois la descente me fait le même coup    la descente met à l'épreuve ma lucidité

en alpinisme       on le répète souvent      atteindre le sommet ne représente que la moitié du chemin

la descente s'effectue par le même itinéraire inverse       c'est le moment où ma fatigue s'accumule       où les risques de faux pas sur l'arête des bosses augmentent ( en 98 je suis carrément tombé à genoux sur une bosse et  j’ai cogné mon crâne sur la neige sans que cela n’occasionne la survenue d’une bosse sur mon crâne hérissé de poils drus)     et où il faut retraverser le dangereux couloir du goûter       sous le soleil de l'après-midi       (lorsque les pierres se détachent plus facilement des doigts)      la plupart des cordées repassent une dernière nuit en refuge       ou redescendent comme      moi   maladroitement dans la pénombre vers la vallée du Fayet/Chamonix        au terme d'une journée titanesque de 10 à 12 heures d'effort cumulé       démultiplié par un braquet de mon invention